#2 The Interview : le football anglais et la tactique (1ere partie)


Pour le second volet de notre nouvelle chronique, nous allons passer des statistiques à la tactique. Face aux vives critiques des observateurs contre les clubs anglais, nous voulons proposer quelques pistes de réflexions. Nous avons choisi de développer la première partie ainsi :

  • Les connaissances tactiques en Angleterre sont-elles suffisantes pour associer la science tactique à la Premier League ?
  • De nouvelles pistes sur les raisons de l’échec anglais en Europe…
  • Chelsea : le titre et le cas Fabregas
  • Manchester City : le rôle de Silva, l’influence de Yaya Touré, l’arrivée de Bony et le mystère Mangala

Pour cela, nous accueillons le chroniqueur tactique du site Arseblog, fin admirateur des différents ressorts qui articulent l’analyse dans ce domaine précis.


Les connaissances tactiques en Angleterre sont-elles suffisantes pour associer la science tactique à la Premier League ? 

Je pense que nous le pouvons [associer la tactique et la Premier League]. Le fait que chaque année, à ce moment de la saison, les équipes anglaises semblent se “dévoiler” complètement en Europe n’aide pas. Toutefois, je pense que cela relève d’un excès de “romantisme” : il y a une certaine manière dont nous pensons que le football doit être joué – une idée vague en fait, pensons par exemple à Manchester United et son football ultra-offensif, tout le monde vers l’avant et des joueurs qui dévalent les ailes – que cela ressemble à une trahison du passé si nous ne le faisons pas, le tout mélangé avec un peu d’arrogance.

J’ai lu un article de Guillem Balague qui disait que les Anglais n’entraînaient pas assez les mouvements offensifs, au lieu de cela, ils se focalisent trop sur le conditionnement et la forme physique. Alors que d’un coté je suis d’accord par rapport aux équipes qui ne peuvent pas prétendre aux places européennes, je pense que d’autre part, c’est une généralisation injuste pour les équipes de têtes “établies”. Surtout si vous prenez en compte que Manchester City, Tottenham et maintenant Manchester United ont pris des coaches spécifiquement pour leur méticulosité. Concernant Manuel Pellegrini et Manchester City qui se sont fait sortir finalement plutôt “humblement”, son idéologie réside dans l’idée d’avoir constamment un positionnement efficace, avec des milieux entre les lignes. Mais dans le même temps, c’est un idéaliste qui refuse d’équilibrer et de trouver un compromis à son style offensif – ce qui vient renforcer ce que j’ai déjà dit auparavant.

Pour être honnête, parfois, je suis agacé par le manque de sophistication des équipes du bas du classement mais je pense que c’est à peu près pareil pour tous les championnats. Ces matchs tendent à être ennuyeux, pourtant, avec les droits TV, les équipes anglaises ont plus de visibilité. En revanche, même si le championnat est moins rigoureux tactiquement, je pense que nous avons la meilleure diversité dans les différents styles d’attaque puisque le football anglais a tendance à mettre en valeur l’individu beaucoup plus qu’ailleurs en Europe.

De nouvelles pistes sur les raisons de l’échec anglais en Europe… 

Les statistiques dans les matchs européens montrent que l’on court plus, que l’intensité est plus forte, qu’il y a plus de passes et plus de tirs cadrés. Cela vous dit immédiatement que vous ne pouvez pas jouer ces matchs avec la même approche qu’en Premier League. D’une certaine manière, Arsenal a été puni au match aller parce que l’équipe s’est crue supérieure à Monaco. Mais pour comprendre les matchs de Ligue des Champions, vous devez vous y intéresser du point de vue de Monaco. Ce n’est pas une équipe de « l’élite » mais ils ont d’excellents joueurs qui ressentent qu’ils sont de ce niveau. Cela veut dire qu’ils jouent chaque match comme si c’était une finale – tactiquement parlant – bien entraînés et focalisés sur leur plan de jeu. C’est la clé en Ligue des Champions, on doit toujours rester en éveil. Autrement, on est puni.

Pour Manchester City et Chelsea, non seulement ils ont été battus par deux des meilleurs équipes en Europe, mais ils sont coupables de ne pas avoir fait preuve de plus de subtilité dans l’approche du match. Chelsea en particulier s’est exposé à cela parce qu’en étant très réaliste, ils sont du même niveau que le PSG, mais quand les événements faisaient qu’ils devaient garder le ballon et tuer le match, ils n’ont pas pu le faire. A l’inverse, le PSG, à 10, l’a fait et a pris sa chance quand il le fallait. Par rapport aux deux buts – deux coups de têtes superbes – ils ont montré une détermination supérieure et dans ces moments-là, c’est peut-être la clé qui fait chuter Chelsea.

Je ne pense pas qu’il faille être trop inquiet pour la détresse du football anglais en Europe après ces défaites cependant, cela a montré qu’ils étaient en dessous du tout meilleur niveau. Au final, le football est fait de cycles, et quand les clubs anglais dominaient dans la dernière partie des années 2000, il y avait une réalité physique qui régnait, ce qui permettait aux « enforcers » et « destroyers » de proliférer au milieu de terrain. Ainsi, ils poussaient les meneurs de jeu en retrait (des joueurs comme Guardiola par exemple) en dehors du jeu. Tout partait d’une « spécialisation » et les clubs anglais faisaient cela à merveille quand on prend en compte une équipe comme le Chelsea de José Mourinho qui avait au milieu un « destroyer » (Makelele), appuyé par un récupérateur endurant (Essien) et un meneur de jeu (Lampard). Ils étaient rapides, physiques et techniques quand la situation le leur demandait.

Un peu plus tôt, Guardiola est revenu, comme coach cette fois, pour révolutionner le jeu, jouant avec une approche technique supérieure à toutes les autres. La possession était roi mais à ce moment-là, ils avaient également surpassés tout le monde en termes de « forme physique », et cela a pris 4-5 ans pour que quiconque les rattrape.

Maintenant, le condition physique est à son « apogée » – pourtant Guardiola est toujours le meilleur dans la capacité de ses équipes à garder le ballon – et cela veut dire que les joueurs doivent être « universalistes ». Le jeu migrant vers la « complétude », l’exhaustivité, les joueurs de transitions sont maintenant mis en avant – ces joueurs qui sont aussi bons pour aller de l’avant que pour revenir et qui peuvent passer de l’un à l’autre en un clin d’œil. Je ne pense pas que les clubs anglais ont trouvé l’équilibre jusqu’à maintenant, ce qui, au plus haut niveau, leur a montré qu’ils étaient un peu simplistes tactiquement.

Crédits : Sportinglife
Crédits : Sportinglife

Chelsea : le titre et le cas Fabregas

C’est l’équipe la plus complète. En-cela, je veux dire qu’ils ont le plan de jeu le plus robuste. Cela veut dire qu’ils bossent ensemble, « as a unit », qu’il n’y a que des petites faiblesses à exploiter même si cela les rend un peu « ennuyeux » dans les gros matchs. Mourinho est un entraîneur et un meneur d’hommes fantastique, sous-estimé techniquement aussi car il a fait progresser beaucoup de joueurs offensifs. Son « génie » réside peut-être dans le fait qu’il refuse de changer quand on avance l’argument « moral » qu’ils doivent jouer. Il n’y a aucune obligation et cela veut dire qu’il peut s’en tenir à défendre bas et détruire les équipes qui se livrent trop à eux, alors que dans le même temps ils ont assez de force et de créativité offensivement pour ne pas les considérer comme une équipe défensive (la plupart du temps). Je pense que de les forcer à sortir de leur « moule », comme Tottenham l’a fait lors de sa victoire 5-3, peut mettre en lumière certains défauts mais c’est incroyablement difficile à faire car Mourinho ne les laissera pas passer. Par là, je veux dire qu’il y aussi une limite pour Mourinho sauf s’il trouve un moyen pour ajouter de nouvelles armes en gardant une solidité défensive. Il a déjoué à cause de cela au Real Madrid mais les gens oublient qu’ils étaient une très très bonne équipe. Les équipes arrivent parfois à les embêter mais n’arrive jamais vraiment à être assez incisifs.

Concernant Fabregas, pour être honnête je n’avais jamais remarqué sa baisse de forme en seconde partie de saison à Arsenal parce que pendant longtemps, je voulais laisser de côté la moindre faiblesse. Mais en y repensant, je crois me souvenir qu’il a eu quelques blessures à ce moment de la saison, en 2010/2011 notamment où il pouvait aller encore plus loin. La pression doit certainement l’affecter. Il court plus que n’importe quel autre joueur mais la fraîcheur d’esprit qu’il a en début de saison lui permet peut-être d’être plus efficace. A Arsenal, il faisait partie d’une succession d’équipes aux failles mentales notables (principalement parce que les joueurs étaient jeunes), susceptibles de s’effondrer quand la pression devenait trop forte. J’ai toujours pensé que c’était un peu basique mais peut-être qu’il y a une certaine vérité là-dedans.

Manchester City : le rôle de Silva, l’influence de Yaya Touré, l’arrivée de Bony et le mystère Mangala

Pour comprendre l’importance de Silva à Manchester City, il faut comprendre Pellegrini. Il est un fan absolu du 442 parce qu’il veut jouer dans la moitié de terrain adverse, et il adore avoir des joueurs entre les lignes, qui se faufilent. Pour faire cela, il faut des ailiers qui reviennent dans l’axe profitant de la largeur créée par les arrières latéraux. Les mouvements latéraux de Silva sont superbes, parfois il finit même de l’autre côté du terrain. Il équilibre leur système en 442 généralement parce qu’il joue le rôle de troisième milieu de terrain sur les phases de possession. Je le préfère néanmoins sur un côté, même si dans les matchs européens, Pellegrini devrait probablement l’utiliser derrière l’attaquant, même s’il a horreur de cette idée, pour qu’ils soient plus compétitifs.

Je dois admettre qu’il n’y a rien de plus palpitant que de voir Manchester City démanteler les équipes « faibles » en Premier League. Leur jeu de position est un régal à voir. Yaya Youré y est pour beaucoup, passant le ballon entre les lignes avec beaucoup de rythme et d’efficacité. C’est un fantastique meneur de jeu. Toutefois, il n’est pas si bon défensivement et pour le travail défensif. Une partie de l’explication pourrait être qu’il en fait trop. C’est pourquoi, la plupart du temps, Roberto Mancini l’utilisait en milieu offensif, pour lui enlever la responsabilité de devoir se replier et lui permettre d’être juste « dévastateur ». A Barcelone, il était capable de se concentrer uniquement sur sa position pour bloquer les attaques. Dans le système de Pellegrini, il parle souvent de défendre en « rythme » mais Toure ne met pas la même intensité offensivement que défensivement. Ce n’est pas pour dire qu’il est mauvais défensivement ou fainéant, je pense que le système de City tend à être un peu « tout offensif » parfois. Dans ce sens, la naiveté de Cesc n’est pas autant exposé à Chelsea. Mais une nouvelle fois, c’est ce qui le rend si distrayant.

Concernant Bony, j’ai été surpris de son transfert car ce que City avait vraiment besoin c’était quelqu’un de créatif pour faire le lien. Jovetic a l’air de pouvoir tenir ce rôle mais il est souvent blessé, trop pour avoir un impact durable sur l’équipe. Bony fait une chose que seul probablement Giroud sait faire, c’est son habilité à être un « mur » pour les passes. Cela veut dire qu’il peut travailler avec les milieux mais, dans l’idéal, ce qu’il leur fallait était un faux-9 pour décrocher, jouer dans l’espace et faire le lien avec Aguero et Dzeko. Pas d’un autre 9 qui joue principalement au coude-à-coude avec le défenseur.

Enfin, je ne sais pas quoi penser de Mangala. Il a le physique nécessaire, ainsi que les attributs techniques mais il a souvent des sautes de concentration où il perd la balle ou laisse échapper l’attaquant. Je pense qu’il a eu du mal à s’adapter aux attentes de Pellegrini, cela nécessite que les défenseurs « poussent » plus haut, et parfois même s’interposent – ce que Kompany fait assez brutalement. C’est pourquoi je préfère réserver mon jugement le concernant mais pour l’instant, la somme investie semble plus qu’excessive.

Dans la prochaine partie :

  • Arsenal : Monaco, l’importance de Cazorla, le secteur offensif et Gabriel
  • Manchester United : le cas Di Maria, la nouvelle paire au milieu et les attaquants
  • Liverpool : le nouveau système de Rodger et l’importance de Can
  • Southampton et West Ham : réflexions sur leur déclin
  • Everton : Martinez et le contraste avec la saison précédente
  • Crystal Palace : l’arrivée de Pardew et leur ambition

English version :

Arsenal Column Part 1 

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