#2 The Interview : le football anglais et la tactique (2eme partie)


Suite au début de notre entretien avec @ArsenalColumn, voici la deuxième et dernière partie. Elle sera organisée de la manière suivante :

  • Arsenal : Monaco, l’importance de Cazorla, le secteur offensif et Gabriel
  • Manchester United : le cas Di Maria, la nouvelle paire au milieu et les attaquants
  • Liverpool : le nouveau système de Rodger et l’importance de Can
  • Southampton et West Ham : réflexions sur leur déclin
  • Everton : Martinez et le contraste avec la saison précédente
  • Crystal Palace : l’arrivée de Pardew et leur ambition

English version : Part 2 Arsenal Column

Arsenal : Monaco, l’importance de Cazorla, le secteur offensif et Gabriel

J’étais au match aller et je me souviens qu’à 2-1, quand Chamberlain réduit l’écart à la dernière minute, je me disais qu’il venait de sauver Arsenal. Mais les joueurs voulaient marquer un autre but, les supporters les poussaient et voulaient l’égalisation. Donc quand j’ai vu Chamberlain avec la balle dans le rond central, tout le monde autour de moi hurlait pour que les joueurs aillent de l’avant – mais je disais à mon ami « Ne le faites pas !  Ne voyez-vous pas qu’il n’y a plus de défenseurs derrière ? ». 10 secondes plus tard le ballon était au fond de nos filets. C’était la même chose pour les deux premiers buts. On n’a pas appris de nos erreurs.

D’un sens, cela résume assez bien Arsenal : quand on évoque ce pour quoi ils sont bons, on parle de créativité, de technique. Mais une grande partie des matchs est psychologique. Tout est dans l’idée suivante : il faut créer la perception que nous sommes meilleurs que l’adversaire. Parfois, il semblerait que les joueurs se focalisent trop sur l’impression stylistique qu’ils donnent – jouer vite quand il faut ralentir le jeu, envoyer un autre joueur devant quand il est évident que nous nous exposons sur les contres. Cela remonte aux Invincibles. Une chose que les joueurs disent encore c’est qu’à l’époque, se faire sortir de la Champions League était leur plus grand regret, pas seulement parce que c’était une compétition qu’ils pouvaient gagner mais aussi parce qu’ils pensaient fermement être la meilleure équipe et voulaient le montrer au reste de l’Europe. Au final, lors du match aller contre Chelsea, les joueurs n’ont pas pu tuer le match quand Chelsea était à 10. Ils sont fautifs de cela. On peut dire la même chose de cette équipe contre Monaco sauf qu’à chaque occasion manquée, ils devenaient de plus en plus anxieux et finalement incrédules : ils n’allaient pas remporter ce match.

Je pense que Wenger n’a pas fait grand chose par rapport à l’approche « ultra-offensive » de l’équipe car il ne voulait pas casser le rythme des attaques. L’équipe se créait des occasions, c’est indéniable, mais ne les finissait pas. Il se base essentiellement sur la capacité des joueurs à faire leurs propres choix sur le terrain, et qu’ils sont guidés par leur intuition. Cette même intuition qui s’est faite au fil des rencontres et à l’entraînement. La plupart du temps, cela fonctionne et ils font exploser les équipes plus faibles. Dans les gros matchs, cela nécessite que les joueurs nuancent cette idée, qu’ils jouent en équipe, qu’ils se battent pour la même cause et qu’ils n’oublient pas leurs responsabilités car autrement, l’équipe peut craquer. Malheureusement, contre Monaco, les joueurs offensifs ont négligé la part de travail défensif de leur jeu. Ils ont failli combler le retard, mais en fait, le match était plié quand ils ont concédé le troisième but à l’extérieur.

Enough said (zimbio.com)
Enough said (zimbio.com)

A propos de Cazorla : il a été fantastique cette saison. Le rôle de milieu central a définitivement l’air d’être sa meilleure position mais cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas aller se « balader » dans d’autres positions. Sa polyvalence peut-être très importante dans certains matchs et nous avons besoin de flexibilité tactique.

Ce rôle lui convient car dans le football moderne tout est une question de transition – à quelle vitesse vous pouvez emmener le ballon de la défense à l’attaque et vise versa – et les qualités techniques de Cazorla lui permettent d’être florissant. Défensivement, il s’améliore de match en match pourtant j’ai parfois l’impression qu’il est un peu passif au pressing, en étant trop bas trop rapidement. Ainsi, Arsenal n’a probablement pas le contrôle recherché par Wenger sur certaines rencontres. Mais c’est un problème d’équipe. Maintenant que Ramsey est de retour, il sera intéressant de voir comment ces deux joueurs qui excellent dans les transitions peuvent impacter le jeu au milieu et peut-être mettre en place une identité légèrement différente.

Je pense qu’Arsenal a surtout besoin de contrôler le jeu et en cela, Ramsey a une place toute trouvée dans le XI de départ. Pourtant, je ne pense pas qu’il soit capable d’égaler ses statistiques de la saison passée car il est trop inquiet à l’idée de marquer autant de buts au lieu de se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux : ses qualités pour être meneur de jeu. Wenger semble avoir mis en place un système qui lui permet de jouer plus haut sur le terrain et par incidence, amener de la sérénité dans son jeu et celui de l’équipe.

Aussi, je pense que dans le sprint final et certainement l’année prochaine, nous verrons un nouveau Ozil, un qui sera prêt à se hisser au niveau supérieur. Il s’est (re)découvert, il a compris comment il devait jouer dans le football anglais et dans son équipe. On a vu contre Monaco, au match retour, qu’il était plus volontaire, plus exigeant. Je pense que c’est de là que la critique provient : avec le montant de son transfert, on attend un Özil plus explosif mais il est subtile, plus « innocent » dans ce qu’il entreprend. Et il semble plus fort maintenant, plus à l’aise avec sa responsabilité dans l’équipe et apprendra à être plus égoïste – c’est paradoxal par rapport à son style. Pour moi, Özil est un des meilleurs meneurs de jeu du monde, quelqu’un qui complète une équipe parce que sa façon de bouger sans le ballon équilibre l’attaque. A Arsenal, son entente avec Alexis s’améliore, quand un revient vers l’axe, l’autre prend sa place, et cela devrait permettre aux Gunners d’améliorer et de perfectionner leur style.

Enfin, concernant la défense, j’aimerais aborder le cas de la recrue la plus récente d’Arsenal. Gabriel est essentiellement un Koscielny-bis, moins technique mais plus rugueux. En cela, il offre le meilleur des deux mondes. Je pense qu’à terme il remplacera Mertesacker bien qu’il ne faille pas totalement mettre l’Allemand au placard car ses qualités de leaders sont importantes pour Arsenal. Mais dans le même temps, Arsenal a besoin de jouer plus haut et cela implique une mutation de style, défendre plus haut sur le terrain. Gabriel offre cette possibilité car il est très bon à l’interception, suit son attaquant sur tout le terrain, comme nous l’avons vu avec Lukaku contre Everton. La manière dont Wenger installe son équipe pour presser veut dire que l’équipe marque individuellement de l’arrière vers l’avant. Les arrières centraux, Koscielny et Gabriel, peuvent former la base.

Manchester United : le cas Di Maria, la nouvelle paire au milieu et les attaquants

Di Maria a toujours été un joueur qui provoquait « l’anarchie » tactiquement – autant pour son équipe que pour l’adversaire. Il est vrai qu’il a réussi à ajouter de la stabilité au Real Madrid sur plusieurs saisons, comme une « navette » en tant que milieu gauche, et idem pour l’Argentine. Mais le but était de lui enlever un peu de cette responsabilité « de position » pour lui permettre de s’épanouir pleinement. Je pense qu’à Manchester United, il a peu souffert – malgré ses passes décisives – parce que les consignes sont assez rigides. Il n’en reste pas moins que c’est un joueur fantastique et maintenant que Manchester United a l’air d’avoir trouvé l’équilibre, il est possible d’imaginer que Di Maria soit employé à gauche, à la place de Young.

J’aime bien le système de Van Gaal. Il a trouvé un compromis qui lui permet de donner des libertés aux joueurs sur leur positionnement – Fellaini qui joue plus haut en tant que numéro 10, Mata et Herrera qui échangent de position quand le premier repique dans l’axe – tout en gardant le 4-1-4-1 qu’il aime tant. Cela montre ce que l’interchangeabilité – les « bons » mouvements – peut apporter à l’équipe. Ils sont plus flexibles et il est plus facile d’intégrer de nouveaux joueurs dans le système. Maintenant que Van Gaal a trouvé un certain équilibre, je pense que nous allons réellement les voir l’année prochaine.

Je pense que la déclaration de Van Gaal [qu’il n’a pas les attaquants nécessaires qui peuvent marquer 15/20 buts] est bizarre car aujourd’hui, marquer 15 à 20 buts n’est plus l’objectif ultime pour un bon attaquant, [les attaquants] doivent viser un but par match. Le calibre des attaquants dont dispose United est tel qu’un d’eux est capable de viser ces stats, mais peut-être que Van Gaal essaie de modérer les attentes. Après tout, c’est un nouveau système, une nouvelle façon de jouer, ils doivent s’y adapter. Peut-être qu’il voit également que son équipe manque de quelques ingrédients clés – à savoir de la vitesse et de la mobilité. En effet, il est impératif que les attaquants dans le système de Van Gaal aient ces attributs car en fait, c’est eux qui ont le plus de liberté au niveau des mouvements en étant autorisés à jouer sur toute la largeur de la surface d’attaque. C’est une accusation inquiétante pour Falcao ou van Persie si Van Gaal considèrent qu’ils n’ont pas ces capacités.

Angel Di Maria et Emre Can au duel (zimbio.com)
Angel Di Maria et Emre Can au duel (zimbio.com)

Liverpool : le nouveau système de Rodgers et l’importance de Can

L’évolution de Liverpool en 3-4-3/3-4-2 est incroyablement audacieuse en termes de management de la part de Brendan Rodgers. Elle intervient pile au moment où l’équipe avait besoin d’inspiration. Je pense que c’est un système « sans-forme » précise, mais génial car il tourne autour des deux milieux offensifs (habituellement Coutinho et Lallana) et de leurs mouvements. S’ils restent sur le côté, cela donne à l’équipe des situations en 3v2 sur les ailes, mais s’ils repiquent dans l’axe, ils sont en situation de 4v3 au milieu. Néanmoins, je pense toujours que ce système dépend beaucoup d’un certain contrôle au milieu de terrain, et c’est certainement pour cela qu’Emre Can est si important derrière. Il peut sortir, et ainsi leur donner un avantage numérique pour réduire les conséquences de ne pas avoir un « top » joueur pour gérer le jeu au milieu de terrain.

Je pense que Rodgers veut désespérément que Lucas revienne. C’est un milieu très sous-estimé et vital pour mettre en lien tous les nœuds du système de Liverpool, parfois en redescendant bas pour récupérer le ballon et parfois pour regagner le ballon devant le « back-four ». Devant, d’une certaine manière, il a besoin de faire jouer Sterling aux côtés de Sturridge parce que c’est la meilleure façon de reproduire le duo Suarez-Sturridge. Eventuellement, je changerais la structure du milieu pour jouer en « 1-2 » au milieu avec Coutinho et Henderson juste devant Lucas/Gerrard/Allen.

Southampton et West Ham : réflexions sur leur déclin

Le succès de Southampton cette saison est presque une justification d’une partie du manque de sophistication tactique en Premier League : leur tactique s’apparente à la Liga, par exemple. Mais ce n’est pas seulement pour l’aspect défensif, Ronald Koeman dit qu’il aime que ses milieux soient « cinq pas derrière [l’attaquant] pour faire une ligne de plus ». Il veut un positionnement cohérent en plus de l’organisation défensive, les deux points sont fondamentaux. Sur toute une saison, le niveau augmente et la « super-qualité » commence à faire son trou. Souuthampton, aussi bons qu’ils ont été, ne peut pas compter uniquement sur le collectif. Il est nécessaire d’y intégrer des joueurs de haut niveau et espérer qu’ils se surpassent quand l’équipe en a le plus besoin. Southampton n’a pas ce genre de joueurs et c’est aussi pour cela que leurs performances stagnent un petit peu. Je crois que Koeman l’a anticipé et qu’il a fait venir quelques joueurs créatifs au mercato hivernal. Aussi, la donne change quand les autres équipes commencent à vous « respecter » comme tel, et qu’ils se rendent compte que vous êtes potentiellement du top-niveau, certainement comme Everton peut le voir cette saison. Parce que les adversaires sont plus compactes défensivement, plus concentrés et vous laissent moins d’espace.

En ce qui concerne West Ham, je pense que la « faute » autant aux joueurs qu’à l’entraîneur. West Ham n’a jamais eu la profondeur d’effectif pour tenir sur la durée. Leur bonne forme de début de saison est devenue décevante et « Big Sam » est revenu à la base. Il a commencé la saison en étant un « manager créatif », celui qu’il croit être, jouant en formation « diamant » mais dès qu’ils ont une période dense de matchs, il bat en retraite et repasse en un mode défensif. C’est-à-dire un très basique système en 451. Je pense que de repasser avec deux attaquants peut galvaniser le peu qu’il reste pour West Ham cette saison.

Everton : Martinez et le contraste avec la saison précédente

Je crois que la saison dernière était un véritable régal pour les joueurs d’Everton, ils découvraient une nouvelle manière de jouer qui leur permettait d’avoir la balle et de gonfler leur « confiance » pour affronter n’importe qui. Cette saison, je crois que cela perd son charme car ce n’est plus novateur, ce n’est plus « frais » et ainsi, ils ont repris leurs schémas habituels et ne sont plus totalement conscient de ce qu’il faut faire pour battre l’adversaire. En conséquence, Martinez a essayé de mettre un peu de variété dans le jeu de son équipe, mais il n’a pas encore réussi à atteindre les objectifs requis. Je crois que l’infortune d’Everton se résume par les performances de Lukaku, qui semble avoir oublié comment prendre la profondeur. Au lieu de cela, il attend toujours le ballon dans les pieds, dos au but.

Crystal Palace : l’arrivée de Pardew et leur ambition

La volonté de Pardew a été amplifiée lors du match contre Arsenal, on entendait clairement ce qu’il voulait que Crystal Palace fasse : presser et demander plus le ballon. Le coaching en Premier League est tel que les équipes de mi-tableau (et plus bas) ne travaillent pas beaucoup leurs mouvements offensifs. A l’inverse, ils se focalisent sur la faisabilité des joueurs à trouver des solutions par de petits « curseurs » – comme la rotation au milieu de terrain et la consigne « montre-toi pour avoir la balle » (ce que Pardew a clairement dit à Zaha contre Arsenal) – et la préparation de match. Ainsi, il y a des limites pour Crystal Palace. Certainement pas le top 8, mais le top 10 doit être leur prochain objectif.

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