Tim Cahill, pour tout l’or d’un coup de tête


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« Je n’ai pas peur, je joue chaque match sur le terrain sans peur. Je joue chaque match comme si c’était le dernier. La moitié du combat pour les sportifs, ce que les gens ne comprennent pas, c’est le mental. Je veux être le meilleur dans tout ce que j’entreprends. »

Tim Cahill junior est né d’un mélange plutôt atypique puisque sa mère est Samoane et son père est un immigré de la banlieue de Londres. Toutefois, ses deux parents ont un point commun : ils combattent corps et âmes le sport prédominant en Australie, le rugby. Tim senior est un fan de football et décide de transmettre sa passion à ses fils. Tim Cahill n’a dès lors qu’une idée en tête : jouer au football. Dans les 80s, la famille Cahill vit dans la banlieue de Sydney et c’est alors que les trois frères, Sean (l’ainé), Tim et Chris (le plus jeune), vont passer la majorité de leur temps dans les immenses parcs de la ville. Tim est né et a grandi dans une famille totalement passionnée par le sport et c’est ainsi que sa « carrière » débuta à l’âge de 6 ans.

Après avoir enchaîné plusieurs petits clubs, parfois de « high-schools » ou universitaires, Cahill joue pour deux clubs plus importants : Sydney Olympic et Sydney United. A ce moment très précis, il ne rêve plus que d’une chose : saisir sa chance et partir jouer au foot en Angleterre. Le rêve va se concrétiser grâce aux différents sacrifices de ses parents. Ces derniers s’endettent pour permettre à Tim de tenter l’opportunité qui s’offre à lui, dans la banlieue de Londres, à Millwall. Nous sommes en 1997 et il a 17 ans quand il arrive sur le sol britannique.

Dans une interview, Cahill retrace son départ : « un jour, je suis rentré de l’école et ma mère était en larmes. Elle m’a dit, très simplement : tu veux continuer l’école ou tu veux partir en Angleterre ? Vous savez, mes parents ont été locataires toute leur vie, on a beaucoup déménagé, ça n’a jamais été facile. Je suis une personne bienheureuse ».

L’aventure à Millwall est demeurée selon le principal intéressé celle qui « m’a appris à grandir, à devenir un homme et à réussir dans le football anglais ». Il joue pendant 6 années avec l’équipe professionnelle, après avoir passé une année (la saison 1997-1998) avec les jeunes.

Le point d’orgue de son passage à Millwall est incontestablement la finale de la FA Cup perdue contre Manchester United à la fin de la saison 2003-2004. Millwall, en seconde division, étonne de match en match. Cahill est un artisan majeur de cette campagne. En effet, il marque en quart de finale (un replay à l’extérieur) contre Tranmere, puis en demi-finale, contre Sunderland pour qualifier son équipe. Sa joie ce jour-là est sans égale : il enlève son maillot et court littéralement jusqu’à l’autre bout du terrain. Manchester United s’impose 3-0 en finale mais qu’importe, Millwall se qualifie en Coupe de l’UEFA pour la première fois de son histoire. Cette rencontre sera d’ailleurs la dernière de Tim Cahill au club pour qui il a joué 241 matchs et marqué 58 buts.

Le bleu vous va si bien

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« On m’a dit que je n’étais pas assez bon, pas assez fort ou trop petit. Ça m’a donné une motivation supplémentaire. »

L’été 2004 est très mouvementé, Cahill a quantité d’offres mais c’est bel et bien à Everton qu’il signera. Dès sa première saison, il finit meilleur buteur du club (avec 12 réalisations) ainsi qu’un des meilleurs passeurs. A son arrivée, Everton est dans une position délicate et bataille pour rester dans l’élite. Wayne Rooney vient de quitter le club pour prendre la direction de Manchester United. Le joueur en rigole : « quand Rooney est parti, les supporters ont dû se dire : mais c’est qui ce Tim Cahill ? ». A partir de cette saison, le club n’a fait que de grandir. Everton réalise un parcours admirable en Premier League et sous la houlette de David Moyes, se qualifie pour la Ligue des Champions. De son côté, « Timmy » est élu joueur de l’année par les supporters.

Il laisse au club une empreinte particulière notamment parce qu’il est le meilleur buteur d’Everton dans le Merseyside Derby contre Liverpool. Au-delà des 278 matchs et des 68 buts, c’est surtout sa combativité sur le terrain qui est marquante. L’Angleterre découvre cet homme qui est « meilleur de la tête que du pied » par ses envolées incroyables dans les airs. Tim Cahill n’est pas grand, mesure à peine 1m80 mais est devenu une sorte « d’icône du jeu de tête ». Il a marqué plus de buts de la tête que n’importe quel autre joueur du championnat à l’exception de Peter Crouch sur cette période. En 8 saisons il s’est construit une réputation et tous les supporters d’Everton sont unanimes : Tim is a true Everton legend.

Quand on lui demande avec amusement s’il a parfois mal à la tête, il répond, sur le même ton : « non, pas du tout. Vous savez, j’ai joué avec mes cousins samoans dans mon jardin et je peux vous dire que j’en ai pris des coups à la tête. »

En 2012, Cahill a joué plus de 500 matchs en Angleterre et décide de tenter l’aventure à New York, sur un autre continent « à la recherche d’un nouveau challenge ». Il signe aux New York Red Bulls et devient un coéquipier de Thierry Henry. Son aventure a été une réussite. Il a joué plus de 70 matchs pour une vingtaine de buts, mais a fait partie du projet d’expansion de la MLS, comme l’ont été Henry, Beckham, Dempsey…

En quittant Everton, il déclare : « après les Toffees, je n’avais aucune envie de rejoindre un autre club de Premier League. » En 2 ans, ses fameux buts de la tête se sont enchainés et il a continué de tourmenter les poteaux de corner de sa célèbre célébration. Cependant, un des moments clés de son passage à New York a été un but inscrit d’une somptueuse reprise de volée. Ce but marqué après seulement 7 secondes de jeu  est devenu le but le plus rapide de l’histoire de la MLS.

L’emblème de tout un pays

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Si la carrière de Tim Cahill a été particulièrement réussie en club, c’est surtout pour sa contribution en équipe nationale qu’il restera dans les mémoires. Bien qu’il ait évolué dans les équipes de jeunes des Samoa, il choisit d’évoluer pour les Socceroos. Sa carrière se définie par des mots comme « professionnalisme » ou « loyauté », et ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les différentes personnes qui ont eu la chance de le cotoyer. Lui-même juge qu’à force de travail, il y a toujours une récompense. Il joue sa première rencontre en 2004, puis les Jeux Olympiques la même année.

Il a décroché tous les honneurs avec l’Australie. D’abord, en 2006, l’Australie se qualifie pour la Coupe du Monde en Allemagne, une première depuis 1974. Dans un final épique d’un barrage contre l’Uruguay, l’Australie retrouve la plus prestigieuse des compétitions mondiales. Contre le Japon, alors que l’équipe est menée 1-0 et qu’il ne reste que peu de temps à jouer, Cahill égalise et devient par incidence le premier joueur de l’Australie a marqué en Coupe du Monde. Il inscrira un doublé dans cette rencontre. L’année suivante, il devient le premier buteur de l’Australie à marquer en Coupe d’Asie. En 2014, il rentre dans le cercle très fermé des joueurs à avoir marqué lors de trois coupes du monde. Nul besoin de rappeler ses deux buts au Brésil, notamment celui qui a fait le tour de la planète contre les Pays Bas. Quelques mois auparavant, 10 ans après avoir débuté en sélection, il est devenu le meilleur buteur de l’histoire de l’Australie, contre l’Equateur, en inscrivant ses 30 et 31e buts.

L’Australie, l’équipe autant que la nation, représentent une famille pour lui. Et justement, sa famille, celle constituée de sa femme et de ses 4 enfants a une importance primordiale – autant pour le motiver continuellement que comme raison de son succès. Pour l’anecdote, Cahill s’est marié en 2010 avec Rebekah après 17 ans de vie commune. En 1997, quand Cahill atterrit en Angleterre sans aucune garantie de réussite, il implore celle qui est alors sa « copine » de venir le rejoindre. A propos de sa famille qui a tout sacrifié pour lui, il souligne régulièrement le mérite de ses parents. Sa mère « travaillait 12 heures par jour dans une usine ». Dans une interview accordée au journal The Australian il confie avoir « envoyé son premier salaire à ses parents pour les rembourses ». Pour conclure, il dit : « la motivation vient du fait que je suis obligé de réussir pour les gens qui comptent sur moi, pas seulement ma famille, mes enfants également, les gens qui me soutiennent et ceux qui ont déjà dit que j’étais un bon joueur. » 

Ses enfants aussi, il en est très fier. Un d’eux, Kyah, a eu l’occasion de prouver à son père qu’il avait les mêmes gênes de « vainqueur » : 7 septembre 2013, le jeune homme âgé de 11 ans chante l’hymne national des Etats Unis devant tout un stade, 20 mètres devant son père. Cahill est ému et puisqu’il n’y a jamais de coïncidence dans le football, marquera le but de la victoire des New York Red Bulls ce jour-là, contre DC United.

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Aussi, Cahill veut profiter de son statut de « légende » du football australien pour justement aider ce dernier à se développer. Parmi d’autres, le programme « Foxtel All Stars Tim Cahill Academy » fondé en 2013 vise à encadrer et à former les enfants de 6 à 11 ans. Des sites sont localisés dans plusieurs grandes villes de l’Australie et Cahill y consacre du temps. Il s’implique et rencontre les jeunes « stagiaires ». En 2011, le joueur avait créé les « Tim Cahill Coaching Clinics » qui ont pour but d’enrichir l’engouement et la passion des jeunes australiens pour le football. Le premier rassemblement a été organisé à Sydney.

Il y a quelques jours, l’Australie a remporté la Coupe d’Asie organisée sur ses terres. Une première depuis l’intégration à la zone Asie en 2006. Tim Cahill s’est illustré en marquant à trois reprises, notamment en quart de finale contre la Chine avec une superbe retournée acrobatique. « Tim Cahill has done it again » est une phrase qui est revenue à maintes et maintes reprises tant il a régulièrement sauvé l’équipe. Difficile de savoir s’il aura l’occasion de revêtir le maillot jaune et vert à nouveau, mais le Boxing Kangaroo a inscrit 39 buts en 82 sélections. « Le coach sait quels sont mes plans pour l’équipe nationale. Je suis toujours disponible sur et en dehors du terrain. La décision lui appartient, c’est une personne qui a changé le football en Australie. »

Tim Cahill, libre de tout contrat, vient de s’engager avec Shanghai Shengua, coaché par Francis Gillot et ancien club de Didier Drogba et Nicolas Anelka. Il a avoué avoir rejeté l’offre de David Moyes qui l’invitait à le rejoindre à la Real Sociedad. Sûr de son fait, « Timmy » assure vouloir contribuer au développement du football en Chine.

« J’ai discuté avec David Moyes, Thierry Henry, le propriétaire d’Everton Bill Kenright et Ange Postecoglou. Je n’ai jamais couru après l’argent. Si cela avait été le cas, je serai parti au Qatar ou en Chine il y a 4 ans. » Avant de reprendre : « Savoir que j’aurais pu retourner en Premier League, en Liga ou d’autres endroits… les gens parlent d’argent et de ce genre de choses mais je suis à un nouveau cap de ma carrière. »

La passion et l’engouement qu’il suscite sur chacune de ses performances resteront dans les mémoires. Toutes nos pensées vont aux poteaux de corner en Chine car le seul australien de l’histoire à être nommé dans une liste (certes étendue) du Ballon d’Or (2006) a encore des ressources.

@Backothedoc

Additional reading material… 

http://www.smh.com.au/sport/soccer/tim-cahill-signs-with-chinese-super-league-side-shanghai-shenhua-20150203-134kgn.html

http://www.theguardian.com/football/blog/2014/jun/17/the-joy-of-six-tim-cahill

https://www.youtube.com/watch?v=1nj9hgTVAXU

http://www.theaustralian.com.au/archive/sportold/tim-cahill-chases-dream/story-fn4l4sip-1225867179209

http://www.soccerwire.com/news/clubs/youth-boys/tim-cahill-inspires-next-generation-of-australian-soccer-players-with-academy-program/

http://www.timcahill.com/old-personal/about-tim-cahill/tims-milestones.html

http://espn.go.com/espnradio/grantland/player?id=10635822

http://espn.go.com/sports/soccer/story/_/id/8254773/tim-cahill-reflects-everton-career-roger-bennett

http://www.socceroos.com.au/article/china-bound-cahill-reveals-late-offer-from-la-liga/l5jqf202a0q21tjto7jbyqmei

http://www.foxtelallstars.com.au/football/tim-cahill-academy/

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