Louis Van Gaal a t-il raison de s’obstiner avec le 3-5-2 ?


Quatre matchs, zéro victoire. Tel est le bilan de Louis Van Gaal avec Manchester United depuis le début de la saison. Après chaque contre-performance, les critiques fusent sur l’entraîneur néerlandais pour son choix de débuter la campagne 2014-2015 en 3-5-2. Même la correction reçue face au MK Dons en Capital One Cup (4-0) en milieu de semaine n’a pas réussi à convaincre l’ancien sélectionneur des Pays-Bas de changer de système et c’est cette fois-ci, c’est Burnley qui a accroché les Red Devils samedi (0-0). Mais la détermination du coach Mancunien reste intacte, surtout avec les récentes arrivées de Daley Blind et Angel Di Maria. Mais ce système est-il fait pour Manchester United ? Tour d’horizon du système Van Gaal.

  • Un choix par défaut
  • Un recrutement qui colle au 3-5-2
    • Angel Di Maria
    • Blind & cie
  • Juste de la patience

Un choix par défaut

En Angleterre, le choix de jouer en 3-5-2 a longtemps paru impossible jusqu’à l’année dernière et la réussite de Steve Bruce avec Hull City, qui a perdu la finale de la FA Cup avec cette formation. Aligner trois défenseurs sur le terrain devient de plus en plus possible désormais, même pour Manchester United, qui n’a jamais cessé de débuter une rencontre avec quatre joueurs derrière et d’attaquants rapides sur les côtés ces dernières années.

Fort du succès des Pays-Bas à la Coupe du Monde avec qui il a atteint les demi-finales, Louis Van Gaal a décidé de renouveler le système qui lui tient désormais à coeur, le 3-5-2. S’il a choisi d’opter pour une telle tactique avec les Oranje, c’était avant tout pour faire face à la grave blessure de Kevin Strootman. Van Gaal est connu pour être un adepte du système à trois défenseurs. En 1992, il mène l’Ajax à la victoire en Coupe de l’UEFA face au Torino, avec en défense un certain… Danny Blind, père de la nouvelle recrue Mancunienne qui semble avoir les mêmes caractéristiques que son père. Trois ans plus tard, c’est en remportant la Ligue des Champions en 1995, contre le Milan de Capello (qui avait lui-même battu le Barça de Cruyff en finale un an plus tôt), qu’il atteint la gloire avec le club d’Amsterdam.

Pourtant, ce n’est qu’en mars dernier qu’il choisit le 3-5-2 comme système favori. Quand Manchester United le sollicite, il comprend vite que l’effectif de son futur club comporte des similitudes avec celui de sa sélection, et les mêmes questions se posent à lui : comment mettre les trois meilleurs joueurs de son effectif dans les meilleures conditions quand ces derniers sont des éléments offensifs, tout en gardant un équilibre défensif cohérent ? Au Brésil, il s’appuie sur le trio Sneijder – Robben – Van Persie; à Man U, il devra tout faire pour mettre en lumière le duo Van Persie – Rooney, ainsi que Juan Mata, arrivé au mercato d’hiver dernier et que Januzaj peut très bien suppléer, ce dernier ayant trop souvent été positionné sur un côté la saison passée. Pour Van Gaal, se priver d’un joueur comme l’ancien meneur de Chelsea en position de numéro 10 est du gâchis et le mettre sur un côté n’aiderait pas l’équipe à exploiter toutes ses capacités. De plus, la chance de disposer d’une doublette d’attaque parmi les meilleures du monde avec Rooney et Van Persie (quand ils sont en forme) doit aussi servir l’équipe. Hors de question donc de mettre un des trois joyaux du club dans une position qui ne lui est pas préférentielle.

Le 3-5-2 a ainsi été naturellement choisi par Louis Van Gaal. Ce système, inventé en 1982 par Ćiro Blažević, expérimenté par Bilardo avec Estudiantes la même année et rendu célèbre par les Croates (Zlatko Kranjčar, homme-clé de l’épopée 1982, coach en 1998 et Slaven Bilić, défenseur lors de la Coupe du Monde 1998 et sélectionneur en 2006, ont tous adoptés le 3-5-2), a notamment illuminé la Croatie de 1998 en France et qui a été éliminée en demi-finale par les Bleus. Il impose, comme le 3-4-3 dont est fidèle le Néerlandais, de disposer de deux défenseurs centraux cantonnés au marquage individuel, et d’un défenseur de rechange. L’effectif doit aussi comporter deux joueurs de côté, comme l’étaient Mario Stanic et Robert Jarni en 1998 avec la Croatie, dotés d’un bagage technique suffisant pour créer la supériorité numérique mais également d’un grand sens tactique pour éviter de laisser des brèches derrière eux.

Un recrutement qui colle au 3-5-2

Jouer en 4-2-3-1 comme l’année dernière sous David Moyes (avec Rooney en milieu offensif axial) condamnerait ainsi Juan Mata ou Adnan Januzaj et obligerait United à recruter des joueurs de côté, dans un secteur où le club est assez pauvre. L’autre option pouvait être un 4-4-2 losange, mais la défense centrale n’est pas le point fort des Red Devils et ni Carrick, ni Fletcher ne semblent disposés à jouer un rôle de sentinelle devant la défense. Cela uvant former un triangle défensif pour compenser les montées des latéraux très offensifs que sont Shaw ou Valencia, à l’image de ce que fait Busquets avec le Barça.

Angel Di Maria

Le problème de l’attaque réglé, Van Gaal a dès lors concentré tout son mercato sur le renforcement des autres postes importants et a tout fait pour avoir les joueurs convenant parfaitement à sa philosophie. L’investissement le plus important concerne Angel Di Maria, acheté au Real Madrid pour une soixantaine de millions de livres et devenant le plus gros transfert de l’histoire de la Premier League.

Pour LVG, une tactique à trois défenseurs offre une certaine sécurité défensive si ses hommes concèdent une contre-attaque et n’expose pas sa défense à un grand danger. Mais cela ne se valide qu’à la seule condition d’avoir des milieux capables de compenser les attaques des deux arrières latéraux censés apporter le surnombre offensif. Si la tâche incombée à Seedorf et Davids était plus compliquée à tenir en 1995 de part le rôle très offensif de ses attaquants, la mission de Di Maria sera identique cette année à Manchester. Le poste qui lui va à merveille dans le 3-5-2 est évidemment celui du joueur positionné à gauche du trident de l’entrejeu, à l’image de sa saison précédente avec le Real Madrid, où il fut le principal artisan de la victoire en Ligue des Champions. Il a compensé à merveille les errements défensifs de Cristiano Ronaldo et les montées de Fabio Coentrao ou Marcelo dans le 4-3-3 d’Ancelotti. Impressionnant d’activité, intelligent et prêt à se sacrifier pour l’équipe, il constitue un choix parfait de la part du coach mancunien. Il n’aura pas d’ailier à soutenir (sauf quand Rooney repique vers la gauche) et son rôle sera différent en Premier League, mais nul doute qu’il sera un des hommes forts du Manchester United version Van Gaal.

Face à Burnley, l’activité d’Angel Di Maria a fait de lui le premier homme du pressing mancunien, n’hésitant pas à sortir sur le porteur du ballon voire sur le gardien de but adverse, permettant ainsi une récupération rapide du ballon.

Evidemment, ses qualités offensives qui font de lui un des meilleurs joueurs du monde ne sont pas à négliger, surtout sur contre-attaque. Les quelques promesses entrevues ce week-end lors du déplacement à Burnley laissent entrevoir de bons présages pour l’Argentin.

Blind & cie

Les autres joueurs recrutés rentrent aussi dans cette optique. Parmi eux, Marcos Rojo, en attente d’un permis de travail, a été acheté 20 millions d’euros au Sporting Portugal pour devenir le défenseur central gauche de United. Polyvalent et pouvant jouer aussi arrière gauche, il renforce la défense décimée des Red Devils. Van Gaal compte aussi beaucoup sur Ander Herrera, l’ancien milieu de terrain de l’Athletic Bilbao pour compléter l’entrejeu. Luke Shaw est quant à lui un arrière gauche offensif comme Manchester en a besoin.

Enfin l’arrivée la plus récente et peut-être la plus importante est celle de Daley Blind, arraché à l’Ajax d’Amsterdam. Positionné arrière gauche à la Coupe du Monde avec les Pays-Bas, il peut également occuper le poste de sentinelle ou être un des deux éléments d’un double pivot. Louis Van Gaal le connaît parfaitement bien et sait mieux que personne la plus-value qu’il peut apporter.

Selon LVG, « Dans le football moderne, les défenseurs centraux sont devenus aujourd’hui de vrais meneurs de jeu« . Il explique ainsi que le numéro 10 ne peut plus contrôler à lui seul le match comme auparavant. Dans toutes ses équipes à trois défenseurs, il a donné les clés du jeu à son numéro 4 (Wim Jonk en 1992, Riijkard en 1995) qui était généralement doté d’une grande technique. Hiddink a aussi utilisé Seedorf, qui n’est pas un défenseur naturel, à ce poste. Si l’ancien entraîneur du Bayern a fait de Danny Blind un de ses joueurs clés dans son Ajax des années 90, il peut aussi faire de même avec Daley. Contrairement à son père, il n’est pas libéro; mais si le défenseur central gauche de Van Gaal doit être capable de réaliser des passes longues comme l’était De Boer, alors Daley Blind est l’homme parfait pour ce rôle, s’il évolue dans l’axe de la défense, comme en témoigne sa superbe passe lointaine contre l’Espagne pour la tête incroyable de Van Persie. Di Maria a aussi montré qu’il en était capable contre Burnley.

Juste de la patience

Si les résultats actuels ne parlent pas pour lui, Louis Van Gaal semble cependant bénéficier d’un privilège que n’avait pas David Moyes : du temps. Le coach reconnaît lui-même qu’il « charge beaucoup les cerveaux de ses joueurs, et cela demande du temps« . Comme il l’a rappelé en conférence de presse, ses débuts ont toujours été poussifs dans ses anciens clubs même s’il a fini par remporter des titres. Révolutionner tactiquement un club historique comme Manchester United n’est pas chose aisée. La famille Glazer, propriétaire du club, a accepté d’accorder du temps à l’ancien sélectionneur des Oranje avant de le faire signer.

Après le nul face à Sunderland, Van Gaal a affirmé qu’il était envieux de ses adversaires du jour, qui n’avait qu’un seul joueur à la Coupe du Monde. Manchester, lui, avait 16 joueurs partis lors du mois de juin et ces absences ont tronqué leur préparation. Cette dernière, pas aidée non plus par le voyage aux USA cet été. Certains joueurs doivent aussi s’adapter à leurs nouveaux postes, comme Ashley Young, qui doit désormais jouer dans un rôle plus exigeant défensivement. Les Red Devils ont aussi quelques blessés et attendent ces retours ainsi que l’arrivée des recrues dont l’absence a obligé LVG a faire jouer beaucoup de jeunes comme Blackett et les frères Keane.

Après quelques mois, l’équipe entière sera certainement mieux rôdée. Louis Van Gaal est sûr de lui et convaincu que le 3-5-2 est le meilleur système pour jouir des pleines qualités de chaque joueur de son effectif. Pour lui, la tactique prime plus que l’effectif, et il a axé son recrutement en fonction de sa philosophie que ses hommes doivent désormais imprégner.

Sacha Dahan

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s