Un Arsenal accompagné d’une petite sauce napolitaine…


Mardi dernier, dans ce qui, incontestablement, a été la meilleure performance des Gunners depuis le début de saison (on peut même généraliser sur les dernières saisons), Arsenal a battu Naples 2 buts à 0. Les Gunners ont ultra-dominé leurs adversaires dans tous les compartiments du jeu.

C’est évidemment une joie pour tous les supporters d’Arsenal de vivre des moments comme celui-là, surtout dans la spirale de négativité qui règne (ou régnait) autour du club ces derniers temps. Les maîtres tacticiens eux aussi, sont comblés par de telles performances. Ainsi, à travers cet article, je vous propose une analyse simple et rapide du match d’Arsenal. Celle-ci se déroulera de manière très chronologique, avec deux parties distinctes mais non moins liées puisque nous étudierons la première période puis la seconde, en toute logique.

D’abord, la composition d’équipe. Elle est une nouvelle fois inédite : Arsenal doit faire sans une demi-douzaine de ses joueurs importants (Cazorla en premier lieu, mais aussi Walcott, Podolski, Chamberlain, Diaby et Sanogo).

De ce fait, Arsène Wenger doit se contenter de Serge Gnabry en ce qui concerne les ailiers, le prometteur Allemand auteur d’une prestation dirons-nous très encourageante contre Swansea le weekend précédent. Mais si Wenger aime lancer « ses » jeunes dans le grand bain, il ne le fait pas cette fois-ci.

Par contre, il enregistre le retour de Tomas Rosicky. Ce dernier qui n’a fait qu’un ou deux entraînements avec le groupe depuis son retour est directement propulsé dans le XI titulaire. C’est un choix à la fois logique, transcendant et risqué. Nous connaissons tous le passif du tchèque avec les blessures… Mais son excellente forme depuis près d’un an le place comme un élément « cadre » de l’équipe.

Compo

Voilà en gros à quoi ressemble Arsenal contre Naples. Ce n’est bien sûr qu’en théorie que le dispositif va s’organiser de la sorte. 30 secondes de jeu et des changements sont visibles, déjà. Nous le verrons par la suite mais Arsenal transitera en permanence entre le 4-2-3-1, le 4-3-3 et le 4-2-1-2-1. Croustillant pour les fans.

Moi le premier j’étais dubitatif devant la composition d’équipe. Rosicky sur l’aile ? Il revient de blessure mais surtout, il n’a plus les jambes pour tenir l’activité que requiert un poste d’ailier. Ramsey en numéro 10 ? L’échec de la saison 2011-2012 réapparaît dans les esprits. Özil sur une aile ? C’est définitivement le « gâcher ». Bref, beaucoup d’incertitudes avant le coup d’envoi.

En réalité, des permutations constantes ont lieu entre les trois joueurs du trio « intermédiaires » du milieu de terrain (Rosicky, Özil, Ramsey). Ramsey, en particulier bouge beaucoup. Dès les premières minutes il redescend aider Gibbs, proposer une solution pour le porteur de ballon etc. Pareil pour Özil, qui offre une solution de premier choix.

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Début de rencontre en un 4-2-3-1 basique. Le système qu’Arsenal affectionne depuis plusieurs mois avec un double pivot (ici formé par Arteta et Flamini). On se demandait comment Wenger allait organiser tous ces joueurs axiaux. Notamment, comment aligner Arteta, Flamini et Ramsey en même temps sur le terrain, sachant qu’ils sont tous aussi importants les uns que les autres.

Le ballon vient de la droite. On bascule sur la gauche, logique. Arsenal essaye de rythmer le match dès son commencement. En haut, Ramsey est à gauche, Rosicky dans l’axe et Özil à droite. Wait, on n’avait pas dit que c’était Rosicky à droite, Özil dans l’axe… Oh et puis je ne sais plus. Naples non plus, ne sait plus.

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Un petit point sur le fonctionnement du double pivot contre Naples (qui est « basiquement » le même que sur les autres rencontres) : les deux axiaux sont à peu près côte à côte. L’un vient chercher la balle pendant que l’autre se positionne pour être en mesure de recevoir le ballon. On recherche la création d’espace. Arsenal a trop lutté contre la monotonie pour retomber dedans. La construction débute ici.

Présentement, nous sommes dans une phase de possession, nous verrons un petit peu plus tard le fonctionnement sur des phases de pressing.

8e minute, Özil ouvre le score pour Arsenal et inscrit par la même occasion son premier but sous les couleurs des Gunners. Voyons un peu plus en détails son organisation.

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Comme à son habitude, Giroud adore décrocher et venir chercher les ballons. Ici, tout part d’une excellente ouverture de Sagna que Giroud négocie parfaitement. Notez l’organisation initiale devant : Özil à gauche, Rosicky dans l’axe et Ramsey à droite. Le décrochage de Giroud attire presque naturellement un joueur avec lui, voire deux. C’est assez clair sur l’image ci-dessus : le décalage se crée. Ramsey voit le trou et lance sa course. Giroud dans un élan de génie lui envoie le ballon dans la course.

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Naples est totalement pris de vitesse. Ramsey a un boulevard devant lui et personne dans les environs pour le gêner de faire quoi que ce soit. Il est libre de faire tout ce qu’il désire. C’est à ce moment très précis que Rosicky intervient : il va lui aussi attirer des défenseurs, plus inconsciemment néanmoins.

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La défense napolitaine se focalise sur le tchèque qui cherche à couper la trajectoire d’un futur centre. Mais Ramsey, sur une autre planète actuellement, use de son intelligence footballistique pour non pas servir Rosicky mais bien Özil qui est plus en retrait. L’allemand profite du marquage approximatif provoqué par l’attirance des joueurs adverses sur Rosicky pour reprendre en première intention la passe. La recrue la plus chère de l’histoire d’Arsenal envoie un superbe plat du pied au fond des filets de Reina. Un but d’école, en somme.

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Quand Arsenal attaque, ce n’est jamais en demi-mesure contre Naples. Le trio offensif semble rester uni, malgré des permutations incessantes. Ces dernières gênent énormément Naples qui ne sait plus sur qui défendre ni où défendre.

Wenger contourne admirablement le problème. Il résout le manque de largeur par trois joueurs pouvant perforer le rideau défensif de Naples. Trois joueurs bon dans les petits espaces, et rapides avant tout. Inler et Behrami tendent à se focaliser sur le porteur du ballon (c’est souvent dans l’axe, car n’oublions pas que Rosicky, Özil et Ramsey sont tous trois des joueurs d’axe), par conséquence les deux autres ont le champ libre pour mettre en œuvre de bons déplacements. Cela marche parfaitement : le joueur se démarque ; combine très rapidement et les espaces se créent. C’est automatique.

Les petits espaces justement. C’est ce qui va permettre à Özil de parfaitement servir Giroud sur le second but à la 15e minute.

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Mauvais dégagement de la défense et Arsenal récupère très rapidement. Özil est servi, pendant ce temps, Giroud repique dans l’axe et comme nous l’avons vu précédemment un défenseur le suit. Cela permet donc à Özil d’avoir de l’espace devant lui. La suite vous la connaissez : une conduite de balle impressionnante de l’allemand, pour finir avec une passe qui l’est tout autant. Giroud, en bon numéro 9 score. Good job.

Arsenal écrase l’adversaire sur le match. Et les vingt premières minutes du match en sont l’exemple parfait.

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Inutile mais tellement bon.

Le double pivot se déplace latéralement sur la pelouse. Il y a une sorte de triangle qui se crée avec l’offensif devant. Souvent c’est Özil qui décroche très ponctuellement. Les Gunners jouent rapidement, une touche de balle suffit. On pratique un style beaucoup basé en remises, les actions vont rapidement vers l’avant.

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Après la première demi-heure de jeu des espaces immenses étaient déjà visibles sur le terrain. C’est le cas par exemple ci-dessus, où Özil est à droite avec un Aaron Ramsey qui plonge sur sa droite. Le gallois n’est pas suivi. Notons le travail d’Olivier Giroud qui monopolise toute l’attention des défenseurs centraux. C’est grâce à ce genre de combinaisons intelligentes qu’Arsenal a pu se faciliter la rencontre… malheureusement pour Naples, aidé par un Zuniga bien en peine.

Comme souvent, Arsenal a tendance à pencher sur le côté droit de l’attaque. Insigne n’est pas souvent présent pour aider Zuniga qui déjà à la base est un arrière latéral plutôt offensif, et c’est le moins qu’on puisse dire. Même si l’axe occupe une place prépondérante sur le match, c’est le côté droit qui se dégage, comme « zone de déclenchement ».

heat map AFC

La heat-map sur l’intégralité du match exprime d’ailleurs clairement un penchant à droite. Tout se passe sur ce côté : les deux buts viennent de là, les décrochages de Giroud et surtout Özil est beaucoup plus souvent à droite qu’à gauche, où il n’y a d’ailleurs souvent que Gibbs. Pour Ramsey et son volume de jeu, c’est également le cas.

Nous l’avons dit Giroud décroche énormément, et vient réceptionner tous les ballons aériens. Ce qui faisait défaut auparavant à Arsenal dans cette démarche c’est l’absence de joueurs pour l’aider après le contrôle de la balle. Un manque cruel de présence sur les deuxièmes ballons. Les ententes avec les joueurs commencent à vraiment prendre de l’importante : notamment celle avec Rosicky, mais aussi avec Özil. Cela permet à Giroud de jouer rapidement dans les petits espaces. En point de relais Giroud se distingue et c’est tout bénef pour Arsenal.

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Ce graphique nous permet de voir toutes les passes reçues par Olivier Giroud. La plupart viennent de (plus ou moins longs) ballons aériens qu’il a soit contrôlé soit remis de la tête pour un autre coéquipier. Plus que d’habitude, le français a participé à la construction des attaques.

Arsenal arrive donc à la mi-temps en menant de deux buts. Naples n’est que l’ombre de lui-même et les Gunners ont fait une prestation des plus étonnantes, mais dans le bon sens, cette fois.

La seconde période ne va pas vraiment ressembler à la première. Arsenal, profite bien sûr de son avantage pour laisser davantage le ballon à Naples, le pressing est moins intense et le bloc recule, un petit peu, lui aussi. Naples tente en vain de revenir, mais Arsenal est défensivement parfaitement organisé.

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Deux rideaux à passer pour les napolitains : le trio offensif plus Giroud, et la barrière infranchissable que forment Arteta et Flamini, la plupart du temps. La plupart du temps parce que si une organisation en 4-2-3-1 prédomine, Arteta recule souvent pour rester aux côtés de Flamini avec Ramsey juste devant eux : c’est une organisation de type 4-2-1-2-1.

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Sur les ailes, aucun « ailiers ». Arsenal ne dispose que de joueurs axiaux. On comprend ici très bien pourquoi a décidé d’aligner Flamini et Arteta en même temps, il veut garantir une protection aux arrières latéraux (Gibbs/Sagna) pour combler d’éventuels oublis du trio offensifs. Pratique quand un tiers de son effectif est fait d’axiaux.

De manière très simple, l’arrière latéral et le milieu – appelons le « défensif » pour l’occasion – enferment le porteur du ballon sur l’aile. Un joueur plus offensif se positionne de manière à ce qu’il puisse couper les passes latérales. De plus, l’autre milieu de terrain « défensif » est régulièrement en aide, aussi.

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In fine aucun réel souci venant des ailes pour Arsenal. Les transmissions sont souvent interceptées et la relance va très rapidement vers l’avant. Trois joueurs pour bloquer l’aile, deux autres dans l’axe. Système simple et efficace.

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En phase de possession durant la deuxième mi-temps, Arsenal évolue majoritairement en 4-3-3. Flamini est le plus en retrait, pendant que les deux « 8 » font le piston. Il est primordial pour Flamini d’avoir toujours une solution tangible et à proximité. D’ailleurs si ce n’est pas le cas, le français ne se fait pas prier et le dit: c’est ça aussi la force de ce recrutement, Flamini est un leader, il n’a pas peur de dire les choses à ses coéquipiers. Il les guide constamment.

En phase défensive, où l’objectif est de pousser à la faute l’adversaire et donc, de récupérer le ballon, même configuration. Arteta ou Ramsey s’avance pour gêner le porteur de ballon, empêcher la passe. Derrière, l’autre oeuvre pour récupérer le ballon sous la pression infligée. En d’autres termes, l’un bloque pendant que l’autre ratisse. Arsenal a rarement été aussi efficace en matière de récupération. Même en seconde période, avec un peu plus de « laxisme » c’est une réussite.

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En fin de rencontre, les sorties de Ramsey et Rosicky ont quelque peu modifiées la structure d’Arsenal. En théorie, Wilshere est à gauche, Özil dans l’axe ou à droite et Monreal… dans l’axe, à gauche ou à droite. Vous l’avez compris, la situation n’a pas changé. La théorie, il ne faut pas trop s’y attarder. En pratique, Giroud décroche maintenant vers la gauche, Wilshere fait ce que Ramsey avait fait auparavant : assister le double pivot. Özil est le plus haut sur le terrain quand l’attaquant français redescend.

Avant de conclure cette petite analyse, attardons nous sur le positionnement de la ligne de trois devant.

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Il y a prédominance d’un positionnement axial/à droite. Il est logique que l’équipe penche donc sur ce même endroit, ce sont les joueurs qui font vivre le jeu des Gunners. Nous l’avons dit : beaucoup de permutations, des combinaisons entre eux, des petits espaces exploités à merveille.

Petit bémol sur ce déséquilibre (qui en est finalement un) : négliger le côté gauche ne sera peut-être pas toujours une bonne solution. Le manque de largeur que connait Arsenal est préjudiciable contre des équipes qui dominent l’entrejeu et disposent de bons joueurs de côtés (je pense à Dortmund, par exemple). Arsenal dispose d’une quantité plus que satisfaisante de joueurs axiaux, mais est-ce qu’ailleurs les quotas sont replis ? Pas si sûr…

Naples certes n’était pas dans un grand soir, mais cela reste Naples. Si Higuain était absent, beaucoup de joueurs n’étaient pas disponible pour Arsenal, non plus. Ce match est de très bonne augure pour les Gunners qui continuent leur fabuleuse série de 10 victoires consécutives (depuis la défaite à l’Emirates contre le Bayern Munich en Mars dernier, la série en cours est d’une défaite en 22 rencontres). Wenger a globalement de quoi être très satisfait.

Merci à Sky Sports, Squawka, Stats Zone et Bloodzeed pour toute l’illustration imagée ou statistique de cet article. 

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