Arsenal et son organisation tactique


C’est quand même dingue le football. Il n’y a pas si longtemps, Arsenal était en très bonne posture pour la qualification à la prochaine édition de la Ligue des Champions. Aujourd’hui, il dépend de Chelsea, le voisin, rival, qui affronte un autre rival, Tottenham, Mercredi prochain. L’équation est simple pour les Gunners : si les Spurs s’imposent à Stamford Bridge, Arsenal se retrouve éjecté à la 5e place avec plus que deux journées à jouer. Tout autre scénario est forcément bénéfique à Arsenal. Alors que les rumeurs vont bon train concernant Arsène Wenger, le manager français assure que son équipe sera où elle doit être à la fin de saison : qualifiée pour la prestigieuse coupe européenne.

L’intérêt aujourd’hui n’est pas de tirer des plans sur la comète. Arsenal paye son début de saison raté et sa saison entière en dents de scie. Les Gunners accumulent les problèmes techniques et tactiques, et même si la situation semble meilleure en ce jour, il y a toujours des corrections plus ou moins importantes à faire. Pour rappel, il y a quelques semaines nous étudions le cas de l’animation offensive et plus précisément de ses lacunes. Cette fois, c’est l’organisation générale qui passe au crible.

Cette saison débute avec Arteta en position reculée, type milieu défensif. Les limites se montrent vite au grand jour et « Tonton » doit réagir. Le 4-3-3 ne suffit plus, défensivement Arsenal est trop friable, Arteta ne domine plus son sujet. Le Basque est à l’heure actuelle le 3e joueur de Premier League commettant le plus de fautes.

Par intermittence au moins, Ramsey lui est associé. Arsenal (re)passe en 4-2-3-1 avec un duo Ramsey/Arteta. C’est en une sorte de double pivot qu’ils s’installent tous deux plus ou moins devant la défense. Un bricolage qui paye. Ramsey est parmi les meilleurs joueurs en termes de statistiques défensives : tacles, interceptions, dégagements, récupération. Paradoxalement c’est en tant que numéro 10 qu’il joue l’année dernière. Le Gallois se plait dans ce nouveau rôle, mi-milieu défensif, mi-milieu récupérateur. Les connaisseurs de Football Manager le placent en position de milieu polyvalent, capable de presser, récupérer puis repartir de l’avant.

Autre changement : le replacement de Santi Cazorla sur la gauche. Par manque de fluidité, de créativité Wenger place l’espagnol sur le flanc. Cela résout automatiquement un nouveau problème : le trio Arteta avec Wilshere et Cazorla fait que ces deux derniers se marchent dessus. Les deux aiment jouer haut, pas loin de l’attaquant. Wenger a maintenu Wilshere qui avec sa première partie de saison très prometteuse impressionne toujours. Mais il n’est toujours pas au niveau de la saison 2010/2011 aux côtés de Fabregas and Co et rechute. Depuis son retour l’anglais est emprunté et c’est le tchèque, Tomas « Little Mozart » Rosicky qui complète le milieu de terrain.

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I – la phase de récupération :

On retrouve la configuration classique. Ramsey et Arteta sont quasiment côte à côte. Les latéraux montent pour élargir le bloc et gagner en espace pour la relance, ils proposent une solution tangible ensuite. Les deux défenseurs centraux sont derrières. Après ça, le bloc d’Arsenal remonte pour garder ce positionnement haut.

Dans une phase plus offensive, le double pivot Arteta/Ramsey avance avec l’équipe. Néanmoins, la tactique veut que l’un participe au jeu pendant que l’autre reste en retrait.

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II – la phase de possession tactique :

Ici c’est Ramsey qui reste en retrait. C’est un cas typique pour les Gunners. A savoir une phase de possession sans vraiment de solution. Devant, Cazorla s’avance, le défenseur le suit et Gibbs prend la profondeur. Giroud décroche et vient proposer. Wilshere lui, attire plusieurs joueurs. In fine, la base de deux derrière permet d’avoir une solution de repli.

En début de saison, Arteta tient un rôle de meneur de jeu reculé. Cela ne colle pas, il est bridé, emprunté dans tous ses geste. Evidemment, c’est logique puisqu’il doit garder une position relativement basse. Présentement, l’appui de Ramsey permet au Basque de monter plus haut et de participer aux phases offensives sans mettre à mal la couverture défensive des Gunners. En effet, dans le 4-3-3 de début de saison, il était le seul à assurer une protection aux défenseurs centraux. On ne s’improvise pas milieu défensif du jour au lendemain. Ramsey le couvre quand il décide de monter et vise versa, d’ailleurs.

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Dans cette situation-ci, le jeu penche à droite tout simplement parce qu’en phase offensivement, Walcott se positionne à côté de la pointe à savoir Giroud. Sagna est seul à droite, sans soutien. Pour compenser un milieu va directement se glisser sur le flanc droit. Arteta vient donc récupérer la balle. Cazorla de l’autre côté dézone pour faire le nombre dans l’axe. Cependant la base de 3 milieux de terrain est solide, ils restent tous proches.

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Voici l’illustration parfaite du phénomène décrit plus haut. Walcott a dézoné, il est dans l’axe. Il va y avoir comme un échange de position entre Walcott et Ramsey. Ce dernier va jouer en relais avec Rosicky. A n’en pas douter, cette situation est néfaste pour Arsenal. L’espace dans l’intervalle sur le côté droit doit être là où l’anglais entame sa course. En phase « arrêtée » Walcott est inutile, il a besoin d’espace pour s’exprimer, il n’utilise pas assez sa qualité première : la vitesse. Sagna doit une nouvelle fois compenser les errances tactiques de l’ailier.

Avec Wilshere c’est un autre cas de figure puisque l’anglais préfère jouer plus haut que le gallois. Comparons les deux « heat-maps » respectives avec deux matchs différents mais avec le joueur concerné qui joue aux côtés de Mikel Arteta :

Wilshere
Wilshere
Ramsey
Ramsey

III – la phase de possession constructive – la phase offensive :

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On constate un passage en 4-3-3 en phase offensive. Comme précisé auparavant, l’un des deux milieux « récupérateurs » se glisse plus haut. Les 3 de devant se recentrent. Il est important de noter que ce sont tous trois des joueurs d’axe à la base, dans des rôles différents certes. Les latéraux sont relativement haut.

Arsenal manque souvent de joueur percutant dans le centre du terrain. Souvent, les Gunners s’entêtent à continuer leurs attaques par les ailes. Néanmoins, le fait de tous se mettre dans l’axe ne veut pas forcément dire que le problème est résolu. Wenger demande à ses joueurs de trouver un compromis entre les deux car bien sûr, difficile d’élargir son bloc pour créer des espaces dans cette situation.

C’est donc un 4-3-3 par défaut. Ou le « 3 » de devant laisse 3 joueurs sur une même ligne, tournant les uns autour des autres.

IV – les phases défensives et le pressing

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Alors en théorie, le pressing doit ressembler à cela. En théorie, seulement. Ne vous méprenez pas, regardez le tableau d’affichage et vous allez comprendre. Nous ne sommes qu’en début de partie. Après la situation évolue, c’est plus le « bazar ». Les milieux de terrain respectent le pressing et s’accordent à bien le réaliser. En revanche, le trio d’attaque lâche souvent, surtout les ailiers. A de nombreuses reprises les latéraux vont se retrouver seul face aux adversaires.

C’est un 4-2-3-1 (ici Arteta est monté pour bloquer la relation avec Jones, c’est qui nous fait croire à un 4-3-3, il se replace ensuite) qui devient rapidement un 4-5-1 avec une ligne de 5 au milieu.

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Illustration sur cette image. Carrick est en possession du ballon. Arsenal a disposé sa ligne de 5 joueurs. Cazorla tente de bloquer la passe sur l’aile vers Rafael, pendant que derrière lui Gibbs est prêt à intervenir. Sur cette phase un des joueurs d’Arsenal va monter pour presser Carrick et bloquer ses libertés. Arteta va s’en charger. Mécaniquement Cazorla se recentre dans l’axe et Gibbs s’avance sur Rafael pour garder une ligne la plus  « étanche » possible.

Mais une nouvelle fois la théorie va prendre le dessus sur la pratique. Les ailiers se lassent vite des tâches défensives, commencent à marcher et désorganisent toute l’organisation.

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Quand le joueur adverse est sous pression, le milieu de terrain offensif et les deux ailiers sortent. Cazorla resserre l’axe également. Giroud fournit plus d’effort que Podolski, il participe au repli défensif.

En 4-3-3 ou 4-2-3-1 suivant les situations, Arsenal garde néanmoins une base solide depuis quelques années maintenant. Wenger s’appuie sur ce système qui lui a toujours réussi. Aujourd’hui il est moins clinquant, peut-on parler de limite ? Je ne pense pas. Il est difficile de concevoir qu’Arsenal changer de système. Un passage à deux attaquants est souvent réclamé, il se fait parfois en cours de rencontre mais jamais sur 90 minutes. La force d’Arsenal ces dernières années a été de maintenir ce système qui marche. Ce sont tout simplement les joueurs dedans qui doivent s’adapter, s’y accommoder.

N’oublions pas qu’Arsenal adopte un style de jeu haut sur le terrain. En témoigne le pressing et le placement des joueurs. La saison va bientôt toucher à sa fin et Arsenal n’a plus son destin entre ses mains. Néanmoins, Arsenal reste sur une série de 8 matchs sans défaite (dont 6 victoires) et malgré les lacunes qu’a l’équipe sur certain point il n’en demeure pas moins que chacun veut aller chercher la consolation, le « mini-trophée », la qualification à la C1.

Je remercie Squawka, WhoScored, ESPN, et la chaine Russe au nom non-identifié pour tous les chiffres et images contenus dans l’article.

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4 réflexions sur “Arsenal et son organisation tactique

  1. Très bel article, et surtout formidable analyse. Bravo pour ton travail!
    Sur ta conclusion tu reviens sur le modèle de jeu préféré d’Arsenal: l’attaque à une pointe avec deux ailiers. Comme tu le dis, même si parfois en cours de match, il arrive d’avoir deux pointes, Wenger ne semble pas déroger à ce système de jeu. Malgré cela je ne sais pas si on peut dire que cela lui a toujours réussi. A vrai dire, je crois bien que l’année des Invincibles, Arsenal jouait en 4-4-2 avec Bergkamp en soutien d’Henry, Ljunberg et Pires en aillier et la paire de milieux défensifs Gilberto – Vieira.

    Je sais que nous sommes dans une période où tout le monde n’a de cesse de mettre en avant le fait qu’Arsenal n’a pas gagné depuis 8 ans, ect… Et bien que je n’aime pas appuyer ce fait là, je me pose quand même la question: Arsenal a t’il gagné quelque chose depuis qu’il joue dans ce système de jeu?

  2. Difficile de comparer l’époque des invincibles et l’époque d’aujourd’hui. Beaucoup de choses ne sont plus comme avant. Les joueurs, le football en général etc.

    Arsène a raison de se focaliser sur son 4-3-3. Si l’équipe ne change pas trop et même, avec quelques additions à l’effectif cela ne peut être que bénéfique. Arsenal a tellement gagné en collectif cette année par rapport à l’année dernière largement (bonsoir RVP – qui aussi formidable qu’il a été est un joueur individualiste).

    Les automatismes vont s’améliorer encore et toujours. J’attends l’année prochaine avec beaucoup d’impatience et j’espère … la qualif en LDC.

  3. Article poussé, j’encourage ce genre d’efforts.
    La question susposée en commentaire est intéressante, et il faut je pense l’appronfondir; plutôt que de se demander si le système est le bon, s’il a deja fonctionné, il faut plutôt s’intéresser strictement à ce qu’il nous est donné à voir. Tu pointes la mauvaise utilisation de Walcott en II, tu pointes les défauts des phases de construction offensive et enfin ceux du mode pressing.
    Cette analyse permet d’aboutir à 2 résultats et de tendre à cerner ce qui, à Arsenal, est améliorable, c’est à dire trop faible pour les objectifs de titre que les suiveurs et supporters attribuent au club : Arsenal ne défend pas assez bien pou gagner, et n’attaque pas assez bien pour gagner, tout simplement !!!! Je vous l’demande moi, est-ce un problème de système? Est-ce un problème de compétences? Et de qui, surtout? Les joueurs? Certains d’entre eux? Wenger? Son staff? Un recrutement mal ciblé? Des idéaux footballistiques inadaptés? Mal mis en pratique? S’il y a des responsables, je doute que ça soit les joueurs, ils ont été choisi, et plus que leur comportement, je mettrais encause le niveau…
    Et le rôle des dirigeants? Tant de quesions que soulèvent l’article.

    Nice job, sur la complexe situation d’arsenal, equipe qui a laissé entrevoir des choses sous Wenger, un arsène qui à mon avis est tout simplement bridé par les éminences du board Gunner..

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