Rafael Benítez vend-il de la fumée à Chelsea ?


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En deux mois à la tête du club Londonien, Rafael Benítez n’a pas tout à fait réussi à obtenir l’adhésion du public de Stamford Bridge, toujours aussi hostile à son sujet. On se prend d’ailleurs à penser que la contestation trouve tout autant sa source dans son passé Liverpuldien engagé qu’à ses échecs documentés sur le plan de la gestion à Liverpool ou l’Inter. Lorsque le technicien Espagnol a pris ses fonctions voilà deux mois, Chelsea était troisième du championnat à quatre points du leader City et sur le point de s’envoler pour le Japon et la Coupe du Monde des Clubs. Depuis ce week end, Chelsea a vu un replay de FA Cup s’ajouter à son calendrier chargé de l’Europa League, en parallèle de la course au top 4 après l’élimination en League Cup. En dépit des contraintes qu’impliquent un effectif limité en nombre et polyvalence, il parait toutefois intéressant de tenter d’établir le degré de responsabilité de Rafael Benítez dans les fortunes diverses qu’a connu Chelsea depuis le renvoi de Roberto Di Matteo.

Ce qui a changé tactiquement

Tableau Di MatteoRoberto Di Matteo avait débuté la saison en organisant son équipe sur le même schéma en 4-2-3-1 avec lequel il avait remporté la Ligue des Champions quelques semaines plus tôt. En revanche, l’animation de jeu était dorénavant pensée afin de mettre en valeur les individualités offensives derrière Fernando Torres. La présence de quatre joueurs offensifs devant le ballon en phase offensive et de relance a souvent laissé le sentiment d’une équipe coupée en deux, tant sur le plan des options de passe pour les milieux axiaux que la protection des lignes arrières en phase défensive. La proximité d’Eden Hazard, Oscar et Juan Mata avec la zone de vérité, ce afin de se retrouver régulièrement à la finition des actions, a impliqué un éloignement logique vis à vis des latéraux. Afin de palier à ce constat, Roberto Di Matteo demandait un pressing agressif à ses joueurs offensifs afin de récupérer le ballon le plus haut possible et maitriser le tempo du match par la possession. Cependant, l’enchaînement des rencontres et sa composante athlétique couplée aux demandes tactiques et défensives que de telles consignes impliquaient ont réduit la durée puis le nombre de séquences de pressing de la part des trois jeunes milieux offensifs de Chelsea. Ainsi, dès la première ligne éliminée par la relance adverse, Chelsea se retrouvait en position d’infériorité numérique ; notamment dans les couloirs. Tenu à un rôle de protection de la charnière, le double pivot Mikel-Lampard (puis Mikel-Ramires) n’a pas pu annuler ces situations de surnombre ni sortir imprimer un pressing sur les milieux adverses, notamment en raison de la passivité d’Eden Hazard ou Juan Mata vis à vis du milieu adverse le plus bas. Mikel et son partenaire ont ainsi été contraints à reculer ; d’où la part importante d’attaques rapides en dépit de la présence d’un quatuor offensif supposé jouer la possession dans le camp adverse.

Les consignes de replacement des offensifs de couloir va logiquement constituer la première retouche opérée par Rafael Benítez à son arrivée. Les deux tristes partages de points sans but face à Manchester City et Fulham ont laissé apparaitre des offensifs de couloir plus proches de leurs latéraux et contribuant au resserrement du « back four ». Ainsi, Chelsea concédait désormais moins d’espaces à son adversaire dans sa moitié – sans pour autant que l’on note une amélioration dans la gestion des duels et des seconds ballons – mais se montrait totalement inoffensif au moment d’attaquer (quatre tirs cadrés en deux matchs).

Décembre
Le retour des offensifs de couloir permet de resserrer le « back four ». Mikel et Ramires sont en infériorité numérique face aux trois milieux de Manchester City, le double pivot Barry-Touré et Milner ayant permuté avec Silva (à droite, hors champ). Agüero et Džeko fixent et pèsent sur la défense des Blues, forçant un positionnement bas

Par conséquent, Chelsea se verra forcé de poursuivre son fonctionnement en contre-attaques, en raison de l’espace plus important à parcourir avant de se retrouver en position dangereuse. Une re-focalisation des ballons vers Fernando Torres va voir l’Espagnol retrouver des couleurs (7 buts lors des 9 premiers matchs sous les commandes de Benítez) à défaut de réaliser des courses plus nettes, aussi en raison d’une forme physique s’étiolant (40 titularisations déjà cette saison, club et sélection – soit la sur-utilisation et le Liverpool qu’il avait pourtant fui voilà deux ans).

Tableau DécembreJanvier

Depuis le début du mois de Janvier, les consignes de replacement ont légèrement évolué afin de faire travailler désormais les offensifs de couloir avec les milieux axiaux et non plus les latéraux, ce faisant apparaître le 4-4-1-1 rigide entrevu à Southampton. Le resserrement vers l’axe d’Eden Hazard, Juan Mata, Victor Moses ou Oscar a contribué à la mise en place d’une ligne de quatre joueurs compacte dans l’axe, véritable rampe de lancement des sorties de Ramires ou Lampard au pressing comme face à Arsenal:

Janvier
Dans la mesure où Lampard ou Hazard peuvent aisément se déplacer de quelques mètres pour couvrir la sortie de Ramires au pressing, ce dernier sort énergiquement au pressing sur Francis Coquelin. Cette situation a été une des clés de la première mi-temps, à l’origine des deux buts de Chelsea

Offensivement, Chelsea reste dépendant de la propension de ses attaquants à faire des appels justes, que ce soit Fernando Torres ou Juan Mata. Les alternatives résident dans les attaques rapides bien menées, les actions individuelles mais aussi les « late runs » de Frank Lampard ou Juan Mata afin d’exploiter les seconds ballons qui traînent à l’entrée de la surface de réparation. On note toutefois une utilisation plus importante de centres, permis par les appuis et possibilités de combinaisons offerts à Ashley Cole ou César Azpilicueta dans les couloirs en raison des décrochages/permutations moins fréquents du trio offensif. Dans la boîte, la variété que propose Ba dans ses courses (en attaquant et anticipant la trajectoire du ballon) est une alternative bienvenue aux mouvements de Torres consistant à se faire oublier au cœur de la surface et déclencher son mouvement – souvent trop tard – après le départ du ballon.

Si les ajustements tactiques de la part de Rafael Benítez tombaient sous le sens au moment de leur mise en place, le grief qu’il est possible de porter au technicien Espagnol consiste en ce manque de réactivité récurent en cours de rencontre. Si il convient de prendre en compte les limites numériques et tactiques de l’effectif réduisant les possibilités de variation (densifier le milieu ou jouer à deux attaquants), on peut toutefois questionner l’approche des deuxièmes mi-temps face à West Ham (défaite 3-1 après avoir mené 1-0), Southampton (2-2 après avoir mené 2-0 à la pause), Arsenal (victoire 2-1), Reading (2-2 après avoir mené 2-0 jusqu’au dernier quart d’heure) où Chelsea perdra ou manquera de perdre son avantage et semblera subir dans un état végétatif la durée restante jusqu’au coup de sifflet final. Benítez est même apparu sans solutions au moment de contourner un bloc regroupé tel que celui des QPR (défaite 0-1) ou de Swansea (élimination en deux tours: 0-2, 0-0), rejetant finalement la faute sur l’incapacité de ses petits attaquants à se muer en joueurs-cible. La condition du genou de Demba Ba (vraisemblablement incapable de jouer deux fois par semaine, comme l’indique son absence des feuilles de match Européennes avec Newcastle) empêche d’ailleurs souvent le sénégalais d’entrer avant le dernier quart d’heure lorsqu’il a disputé le match précédent.

Ce qui a changé sur les feuilles de match

Rafael Benítez n’est jamais timide au moment de rappeler qu’il fait partie des pionniers dans le domaine de l’analyse et de la gestion assistée par ordinateur comme il l’expliquait à France Football a début du mois de Décembre. Ainsi, les projections et recoupements de son staff lui permettent d’appuyer sa fameuse politique de rotation, parfois « afin d’expliquer à un joueur qu’il a trop joué ».

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Une des premières décisions  prises par l’ancien manager de Valence sera d’ailleurs de ne plus commencer par coucher le ‘Mazacar‘ avant quiconque sur la feuille de match ; ce afin d’équilibrer davantage l’équipe tout en reposant un des trois joueurs à la fois. Le principal bénéficiaire de ce turnover sera Victor Moses qui va profiter de sa polyvalence tactique pour disputer douze matchs (dont neuf titularisations) lors des quatorze premières rencontres avant son départ pour la Coupe d’Afrique des Nations. Ryan Bertrand va également disputer huit rencontres sur le flanc gauche (quatre titularisations dont trois au milieu) et confirmer son utilisation de « cheval de Troie » par ses courses afin de permettre à Cole ou Lampard de s’insérer dans les espaces qu’il crée (en fixant le latéral adverse notamment).

Avec seulement une vingtaines d’options crédibles à sa disposition, la marge de manœuvre de Rafael Benítez est néanmoins restreinte et ne lui laissait parfois même aucun choix à certains postes. C’était le cas en attaque avant l’arrivée de Demba Ba pour doubler le nombre d’options offensives. Statu quo dans l’entrejeu où Mikel et Ramires enchaînaient les titularisations communes en raison des blessures de Lampard et Romeu. La présence du fantasque David Luiz dans l’effectif tombera à point nommé, ne laissant autre choix au technicien Espagnol que de réaliser un des fantasmes du public de Stamford Bridge après le départ de Mikel à la CAN. Le Brésilien a démarré six fois dans l’entrejeu, pour une réussite contrastée entre jeu vers l’avant millimétré et placement douteux. David Luiz aura évolué sans rencontrer d’opposition notable dans sa zone de jeu, jusqu’au match face à Everton lors duquel Steven Pienaar ouvrira le score sur un second ballon d’un centre puis s’amusera pendant l’essentiel de la rencontre devant la charnière des Blues.

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Modibo Maïga parachève le succès de West Ham face à Chelsea en inscrivant le troisième but des Hammers dans les arrêts de jeu. Un quart d’heure auparavant, Mohamed Diamé avait fructifié son entrée en jeu par un but, le Sénégalais s’était retrouvé libre de marquage face au milieu à deux de Chelsea puisque Mikel était venu couper une trajectoire dans le dos de César Azpilicueta.

Cependant, on peut toutefois interroger la pertinence de certaines compositions de départ dans la mesure où la qualification pour la prochaine édition de la Ligue des Champions constitue l’objectif principal et vital du club sur le plan financier. Ainsi, si la tenue de la politique sportive menant à l’assemblage d’un effectif à l’absence de cohérence risible reste imputable aux dirigeants dans un premier lieu ; il semble alors clair que le succès (relatif) de la saison devait et doit alors s’établir aux dépends des participations à Coupe du Monde des Clubs, Capital One Cup, FA Cup et Europa League, compétitions dans lesquelles Chelsea n’a pas les moyens de bien figurer simultanément.

Si le choix de se passer de John Obi Mikel lors de la finale de la Coupe du Monde des Clubs pouvait être justifié par un choix tactique (mais dès lors fortement questionnable au vu de la typologie du but vainqueur), cela apparait cependant totalement absurde compte tenu de la suspension nationale qui empêchait Mikel de prendre part au tour de Coupe dans le froid de Leeds, trois jours seulement après le retour du Japon. On peut aussi s’interroger sur la pertinence de reposer Eden Hazard, Juan Mata et Ashley Cole simultanément contre les QPR en Championnat en alignant une équipe « B » (les deux premiers entreront en jeu mais n’empêcheront pas la défaite), le tout pour aligner une équipe type la semaine suivante pour un obscur trente-deuxième de finale de FA Cup à Southampton (et un balayage logique par cinq buts à un) ainsi qu’en demi-finale aller de la League Cup face à Swansea (défaite 2-0). Chelsea avait également doublé son avantage contre Aston Villa dans la dernière demi-heure (8-0), mais n’aurait t’il pas été préférable d’échanger une victoire par « seulement » quatre buts d’écart pour une demi-heure de repos offert à Mata ou Hazard ?

Ce n’est pas le vent qui tourne, mais la girouette (sic)

A la suite des récentes contre-performances, la communication de Rafael Benítez  semble prendre le même tournant que le courant favorable mais versatile qui lui avait permis d’éviter les premières critiques avec des résultats contrastés mais globalement corrects lors de son premier mois en charge.  S’il communiquait fièrement ses certitudes à son arrivée en évoquant son ambition de modifier ce qui n’allait pas, notamment en corrigeant la gestion athlétique ou les déplacements de ses joueurs (ce que les observateurs pointaient déjà du doigt), l’ancien entraîneur de Valence joue depuis peu la carte du constat quotidien (effectif restreint) et des vérités immuables (il faut créer des occasions).

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Le discours démagogique prometteur des premières semaines semble déjà bien loin. La rigueur de sa mise en place aura certainement amené la cohérence qui manquait à l’équipe (trop) enthousiaste de Roberto Di Matteo mais la dynamique reste indubitablement conditionnée aux choix de gestion et aux causeries qui ne semblent pas en mesure de galvaniser davantage un groupe inexpérimenté et en manque de repères.

Les déclarations d’après match pesées au mot près constituent vraisemblablement la parade de Benítez  afin d’éviter tout commentaire potentiellement interprétable par les fans qui l’attendent au tournant. La presse lui est pourtant globalement favorable, en se focalisant sur la contestation du public et la diabolisation mercantile et coutumière des différents acteurs du club. La mise en perspective des pancartes A4 ainsi que de la « minute Di Matteo » (16e minute) avec la remise en question charretière connue par Steve Kean à Blackburn (l’amenant à se déplacer avec un garde du corps) semble suffisamment révélatrice du poids des médias et de journalistes influents – Martin Lipton (Mirror), Guillem Balagué (Sky), Neil Ashton (Mail) – au moment de répandre leur vues sur un sujet donné sans forcément qu’on puisse y retrouver une quelconque once de nuance.

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‘We know what you are’

Chelsea ne devrait pas faire venir de nouveaux renforts avant la fin du marché, confirmant la position intérimaire de son Interim Manager (libellé apparaissant sur les documents officiels). Il n’est alors pas dit que le déni de la réalité ou l’absence de remise en question soit aussi bénéfique à Benítez  pour la poursuite de sa carrière qu’elle ne sera porteuse de conséquences pour le club Londonien, quoi que la presse en titre. Chelsea tout autant que Benítez  ont tout à perdre à confondre l’ordre vital des priorités lors des quatre prochains mois de compétition.

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Une réflexion sur “Rafael Benítez vend-il de la fumée à Chelsea ?

  1. Je ne suis pas sur qu’il puisse faire des miracles… pourtant Chelsea peut faire quelque chose, et quand je vois le travail de Di Matteo après le limogeage de Villas Boas je trouve dommage qu’on ne l’ait pas fait confiance un peu plus

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