Des problèmes actuels de Chelsea


Au terme d’une une fin de saison 2012 hautement fructueuse mais néanmoins sélective et jouée au coup par coup, Roberto Di Matteo fait désormais face au plus grand défi de sa jeune carrière d’entraineur: démontrer qu’il peut mettre en place un plan de jeu cohérent sur la durée après avoir obtenu un contrat d’un an plus un an en option à Chelsea, club où il aura connu ses meilleures années de joueur à la fin du dernier millénaire. Pour le moment, si la forme a évolué  suite au recrutement estival, on ne note pas pour autant un changement de direction dans le fond du jeu pratiqué. Les observations du passé qui continuent à trouver matière à être poursuivies ne pourront pas indéfiniment être mises sur le compte d’une mise en place du jeu. MyPremierLeague vous propose donc un dossier visant à mettre en lumière les aspects du jeu de Chelsea qui posent actuellement question à travers 8 points: 

  • L’arbre qui cache la forêt
  • Tableau noir de la fin de saison
  • Quelles transformations à l’entame de la nouvelle saison ?
  • Un équilibre fragile
  • “Keep the ball and move around”
  • Dans l’entonnoir
  • Di Matteo, le bon choix ?
  • Qu’attendre de la saison ?

Les données numériques et graphiques proviennent des excellents WhoScored.com et Squawka.com qu’on ne saurait que trop vous conseiller.

L’arbre qui cache la forêt

Si le renouvellement de l’effectif (une demi-douzaine de départ et d’arrivées) semble initier le début d’un nouveau cycle sportif, la ligne directrice reste peu évidente à saisir et les premiers enseignements de la tournée estivale aux Etats-Unis ont fait état de problèmes (défensifs notamment) déjà récurrents dans un passé récent. Chelsea a également rarement réussi à peser avec consistance sur les rencontres disputées. Certaines séquences ont illustré le besoin de disposer de joueurs capables de mettre le pied sur le ballon (tuant dans l’œuf l’idée d’aligner un compartiment offensif fantaisiste) tandis que d’autres ont surtout souligné le vide offensif entre rares séquences d’attaques placées et poignée d’occasion crées sur les 4 rencontres.

Le club Londonien a lancé sa saison par une défaite lors du Community Shield (Chelsea a concédé son avantage au score à partir de l’expulsion d’Ivanovic, 1-3). L’entame du championnat semble toutefois relever du sans-faute sur le papier avec trois victoires en autant de rencontres           ainsi que 8 buts inscrits pour seulement 2 encaissés face à des adversaires à sa portée. Cependant, la lourde défaite infligée par l’Atletico Madrid lors de la finale de la Super Coupe de l’UEFA (1-4) tend bien à prouver l’existence d’un véritable problème de fond qui pourrait faire de Chelsea le « big fish in a small pond » de cette saison 2012/2013.

Tableau noir de la fin de saison

André Villas Boas aura précipité son licenciement en raison de son manque d’expérience ainsi que par ses décisions de gestion sèchement actées qui vont fragiliser sa position au club au fur et à mesure de l’avancée de la saison. Le Portugais ne parviendra pas à mettre en place son plan de jeu sur la durée en dépit d’un début de saison correct, donnant progressivement l’impression de viser le résultat immédiat même au prix d’une attitude collective parfois contraire à ses prétentions initiales à partir de l’automne.

La fin de sa collaboration avec le club interviendra au moment charnière où Chelsea s’engageait sur les voies à élimination directe de la Coupe d’Angleterre et de la Ligue des Champions ainsi que sur le “run in” en Championnat ; se voyant remplacé par son désormais ex-adjoint Roberto Di Matteo.

Image d’illustration pour journaliste en mal d’inspiration, saisie lors du dernier match que Villas Boas a eu en charge, sur le banc des Hawthorns de West Bromwich Albion… ex-fief de son futur ex-adjoint Di Matteo, devant la pancarte « away ». Cela devrait suffire pour saisir le message subliminal, aucun besoin de rajouter une peau de banane devant le siège du Portugais. On se plairait même à déceler un sourire sur le visage énigmatique de Roberto Di Matteo…!

En revenant à des fondamentaux tactiques dans tous les compartiments du jeu (passage du 4-3-3 au 4-2-3-1 afin de coucher sur papier les dézonages vers l’axe de Juan Mata mais aussi réduction de l’espace entre les lignes et  travail sur les phases arrêtées), Di Matteo va profiter de la motivation débordante de son groupe au fur et à mesure que les trophées arriveront à portée de main pour remporter la FA Cup et surtout la Ligue des Champions au prix d’une détermination collective sur 90 minutes et de tactiques hyper défensives (double pivot proche de l’axe central, deux lignes de 4 derrière le ballon). Là où il est possible d’y voir une relation de cause/conséquence, la fin de Championnat sera disputée en tongs sans intention de prendre l’initiative du résultat ; menant à une 6e place qui n’aura pas les conséquences craintes en raison de la qualification  automatique en Ligue des Champions acquise par la victoire finale (essentielle d’un point de vue financier).

Quelles transformations à l’entame de la nouvelle saison ?

Le départ de Didier Drogba aura pour conséquence la plus nette de doubler les attentes sur Fernando Torres, en sous-régime depuis son arrivée au club en Janvier 2011. L’Espagnol conserve toutefois la considération de Roman Abramovitch dont le second désir (après la victoire en Ligue des Champions) correspond à la mise en place d’un jeu latin et plus spectaculaire faisant figurer des profils plus proches du modèle catalan du FC Barcelone pour lequel il ne cache pas son admiration. Des volontés qui illustrent tout autant les fantasmes de l’oligarque Russe que la diversité de ses conseillers footballistiques… Au delà des attentes individuelles, Torres s’est donc vu confirmé dans sa position de figure de proue du club sur le plan commercial mais surtout sportif puisqu’aucun attaquant de renom n’a posé ses valises sur le bord de la Tamise cet été (Sturridge faisant en effet acte de seul remplaçant axial).

C’est en ce sens que le club s’est attaché les services d’Eden Hazard ou Marko Marin, plus à même de fournir le soutien direct et les possibilités de combinaisons autour de la surface adverse que l’Espagnol attend depuis si longtemps afin de retrouver un rythme de croisière devant le but (soutien direct qu’Anelka ou Mata ont pu ponctuellement procurer par le passé). [Lire: Un an après, quel bilan pour Fernando Torres à Chelsea ?]

Pour ce faire, Roberto Di Matteo a donc conservé le système de jeu usité en fin de saison dernière à l’entame de la nouvelle saison. Le 4-3-3 « Mourinhesque » laissant sa place au 4-2-3-1 ; la conséquence directe étant la perte d’un milieu de terrain au profit d’un profil  offensif plus proche de l’attaquant axial.

 

Figure 1: L’organisation en 4-2-3-1 de Chelsea face à Reading. Ici, la bande jaune illustre la relation permanente (placement) entre John Obi Mikel et Frank Lampard dans le « double pivot »

Le grand perdant de ce changement se nomme Ramires ; à son aise dans un registre de percuteur/box-to-box dans un 4-3-3, le Brésilien aura peu convaincu individuellement à droite du 4-2-3-1 en dépit d’un apport intéressant sur un plan collectif (équilibrage du bloc-équipe de par sa zone de jeu centre-droite compensant le déséquilibre à gauche ainsi qu’une protection du latéral et libération d’espace dans le couloir pour ce dernier ; voir tableau velleda ci-dessous).

Figure 2: En jaune: la zone des montées des latéraux, Cole étant souvent plus aventureux qu’Ivanovic. En orange, les dézonages de Juan Mata. Adaptation du Match Report de WhoScored.net

Un équilibre fragile

Cependant, un des éléments qui a fait le succès récent du club consiste en cet équilibrage collectif d’une équipe faisant figurer des profils aimant se projeter vers l’avant (les latéraux notamment Ashley Cole ainsi que Frank Lampard et son assiduité remarquable à marquer du point de pénalty à partir d’une course de surnombre venue de l’arrière) contenus par la maîtrise collective du ballon mais surtout par la science tactique de joueurs tels que John Terry, Florent Malouda ou John Obi Mikel. Le Nigérian dont le rôle de sentinelle dans le 4-3-3 l’amenait à combler les brèches et à participer à la couverture mutuelle des différentes montées (Terry couvrant A.Cole à sa gauche, son partenaire de charnière en faisant de même ; Mikel se chargeant alors d’une présence dans la zone entre les défenseurs centraux) va se voir considérablement modifié par le changement de système opéré par Roberto Di Matteo.

Figure 3: Capture issue de la victoire 3-1 de Chelsea face à Everton en Novembre 2011, les Blues d’Andre Villas Boas semblaient monter en puissance. à ce moment de la saison. Ici, on note la configuration en 4-3-3 (4-1-2-2-1) qui permet à John Obi Mikel de glisser de façon caractéristique entre les défenseurs centraux dans la mesure où Terry et Ivanovic sont excentrés afin de couvrir respectivement Cole (bas de l’image) et Bosingwa (hors champ).

Si Mikel était principalement en charge de compléter ses défenseurs en 4-3-3, son association avec Frank Lampard dans un « double pivot » va voir ses consignes de déplacements modifiées dans la mesure où il doit désormais uniquement se préoccuper du positionnement de l’Anglais et se placer en couverture/soutien à une distance constante. Cela n’a toutefois pas freiné les velléités offensives d’Ashley Cole et Branislav Ivanovic dont les montées contribuent à fournir la largeur que Mata, Hazard ou Sturridge refusent par leurs plongées systématiques vers l’axe.

La conséquence la plus notable étant cette exposition de l’arrière garde Londonienne présentant des intervalles importants dans l’axe (puisque Mikel n’évolue plus systématiquement dans cette zone cruciale) et dans les couloirs (en raison des errements tactiques d’Ivanovic, mais surtout de Cahill à la couverture) ; la lenteur de Branislav Ivanovic haut et souvent pris par des ballons en profondeur dans son dos n’aidant pas.

Figure 4.1: Mikel se déplace donc en fonction de Frank Lampard en 4-2-3-1, il est ainsi intéressant de constater que les latéraux sont aussi hauts dans cette situation que dans celle de la figure 3 en dépit du fait que la présence d’un joueur dans la zone jaune n’est désormais plus systématique en phase de relance.
Figure 4.2: Les latéraux ont, adopté une fois de plus un positionnement haut afin de bien se situer pour accélerer si ils sont recherchés en profondeur par la suite de l’action. Ainsi, le positionnement anormalement haut du “double pivot” sur cette situation fait s’écouler une demi-douzaine de secondes entre la relance au pied de Petr Cech et l’arrivée du premier soutien dans la zone jaune. Puisque Guthrie veillait, Cahill n’a plus qu’à jouer en retrait vers Cech qui n’aura d’autre choix que de mettre un grand coup de botte…

Puisque la récupération du ballon est un tout, surtout dans une équipe habituée à monopoliser le ballon (55.4% soit le 5e ratio du Championnat en 2011/2012), les joueurs offensifs de Chelsea tiennent une part de responsabilité dans les déboires des derniers mois avec une absence assez surprenante de pressing à la perte du ballon. Cette phase se révèle cruciale afin d’étouffer le plus rapidement les tentatives de constructions adverses pour récupérer la maîtrise du ballon ; elle requiert donc une coordination collective sans laquelle son efficacité est mise à mal. Si Fernando Torres ne se montre pas avare en déplacements sans le ballon (appels de balle mais également courses de pressing donc), la passivité de Juan Mata (donnant l’impression de mettre au premier plan le maintien de sa  lucidité en phase offensive) ou de Daniel Sturridge (dont les escroqueries à la fausse filature du latéral adverse jusqu’à la ligne médiane ne trompent désormais plus grand monde) constituent de vrais motifs de reproche. Eden Hazard n’échappe pas aux critiques qu’il est possible de lui formuler dans ce domaine avec un nombre trop important de retours défensifs sans réelle volonté de récupérer le ballon (ou d’y contribuer).

Juan Mata est le joueur offensif de Chelsea le plus souvent dribblé la saison dernière (28 fois en 34 rencontres)

Laisser se développer un circuit de relance adverse sans y appliquer la moindre pression se répercutera donc directement sur les lignes de derrière qui se verront souvent exposées et face à un choix cornélien, permanent et insoluble (puisque le déséquilibre adverse déjà créé par un surnombre conduira à une situation de but sauf erreur technique de l’adversaire) entre subir l’action ou casser l’alignement de la ligne en sortant, s’exposant alors au risque de se faire éliminer ou concéder des fautes « tactiques » difficilement cumulables sur la durée d’une rencontre.

MyPremierLeague avait déjà consacré à ce sujet la dissection du but d’Urby Emanuelson avec le Milan AC lors de la tournée de pré-saison, illustrant par une situation concrète l’absence de retour des joueurs offensifs et un des habituels dilemmes insolubles auquel est soumis John Obi-Mikel, généralement garant d’un semblant d’ordre devant la ligne de défense.

« Keep the ball and move around »

Le système actuel met également en exergue les difficultés éprouvées par Chelsea au moment de conserver le ballon dans la mesure où aucun des joueurs alignés devant le « double pivot » n’a su répondre aux attentes du rôle sur la durée. La clé réside dans le volume de jeu du milieu offensif et sa capacité à se muer en cinquième milieu de terrain sur les phases de conservation (se démarquer mais également ne pas subir le fait d’avoir le ballon par rapport à l’adversaire direct) ainsi que de transition défensives (suivre la projection d’un milieu adverse).

Juan Mata a disputé la deuxième partie de saison dernière à ce poste mais n’a logiquement (pour une première saison en Angleterre) pas encore démontré une capacité à poser le pied sur le ballon et peser sur le jeu en en maitrisant le rythme malgré ses mouvements constants. Le milieu double Champion d’Europe 2012 est gêné par sa faible propension à conserver le ballon, raison pour laquelle cela met du fait encore davantage en valeur sa capacité à accélérer le jeu.

Les bruits de couloirs faisaient état d’une condition sine qua non à sa venue à Londres, Eden Hazard a donc disputé comme prévu l’intégralité des 3 matchs de championnat en position de milieu offensif axial derrière Fernando Torres. Le Belge n’y a pas chômé, étant impliqué sur 7 des 8 buts inscrits par son équipe, remportant par la même 3 Man of the Match consécutifs, un record.

Cependant, à l’instar de ce qui était déjà possible de noter dès la pré-saison, Hazard semble s’être vu confier pour zone de jeu le dernier tiers adverse, peut être afin de maintenir sa présence et lucidité dans le tiers décisif. Il est en effet rare de voir l’ancien joueur de Lille décrocher plus bas en se rendant suffisamment disponible notamment afin organiser le jeu. Hazard se contente en effet assez souvent d’être recherché de façon directe avant d’éliminer son adversaire par un contrôle orienté, se retrouvant ensuite face au jeu afin de percuter le rideau adverse et se rendre décisif (voir les occasions de but face aux Seattle Sounders, la passe décisive pour Ivanovic à Wigan ainsi que pénaltys obtenus face à Wigan et Reading).

Ce manque de disponibilité se répercute directement sur la ligne du milieu de terrain où Lampard et Mikel manquent assez souvent de solutions de passe pour conserver le ballon avant de placer les attaques et trouver la faille. L’absence d’un véritable lien entre le « double pivot » et la ligne de trois joueurs offensifs amène d’ailleurs Lampard à devoir régulièrement déborder de son rôle afin de créer ce lien, sans pour autant trouver davantage de mouvement plus haut mais en laissant dès lors l’axe encore un peu plus découvert.

 

Figure 5: Ci dessous, l’animation d’une séquence face à Reading. Il semblerait que le déclencheur du compartiment offensif soit réglé sur une douzaine de mètres, distance minimale avant de déclencher du mouvement autour du porteur.

Le Brésilien Oscar semble toutefois en mesure de proposer une alternative intéressante dans ce registre de milieu offensif organisateur comme il l’a démontré avec sa sélection lors des J.O ou lors de ses deux entrées en jeu en championnat. Cependant, il faudra vraisemblablement attendre du joueur qui a hérité du maillot numéro 11 une certaine adaptation afin de prendre le rythme du jeu pratiqué en Angleterre (déjà auteur de 5 fautes pour seulement une heure de jeu cumulée).

La question de la relance depuis l’arrière se pose également comme un des éléments clés afin d’expliquer le peu de jeu produit jusqu’à présent. Il faut ajouter au manque de disponibilité des joueurs offensifs et celle, logique*, du double pivot la qualité très moyenne des relances courtes de David Luiz, Branislav Ivanovic ou Gary Cahill. Si les deux premiers disposent néanmoins d’un jeu long de bien meilleure qualité (quoique présentant beaucoup trop de déchet ces derniers mois, notamment Luiz), Gary Cahill semble avoir cerné ses lacunes dans ce domaine afin de ne proposer désormais qu’une relance latérale vers son partenaire de défense alors chargé de l’intégralité de la relance vers l’avant. Les absences à prévoir de John Terry (blessures, éventuelles suspensions…), le meilleur relanceur de Chelsea** sont une menace autant qu’une préoccupation bien que Fernando Torres semble néanmoins montrer une amélioration dans sa capacité à se muer en joueur cible pour un jeu plus direct.

Les statistiques détaillées du jeu de passe des défenseurs axiaux de Chelsea. Les statistiques de Branislav Invanovic sont données à titre indicatif puisqu’il a disputé les trois premiers matchs de championnat au poste de latéral droit. A noter le déchet dans la relance courte de David Luiz, la mesure dans la relance de Gary Cahill et la qualité de celle de John Terry. Les distances sont exprimées en mètres.

 

« Chalkboard » des passes de Gary Cahill face à Reading. On note une majorité de passe latérales ou de courte distance, d’où le taux de réussite de 97% (61/63)
« Chalkboard » de Terry face à Reading. 90% de passes réussies (57/63) mais la plupart jouées vers l’avant afin de construire l’action de l’arrière et tenter de progresser.
« Chalkboard » des passes de David Luiz face à Newcastle. Une illustration concrète du déchet élevé de la relance du Brésilien, disposant pourtant sur le papier d’une bonne qualité de relance. Seulement 37/47 (79%) passes ont trouvé un destinataire.
« Chalkboard » de David Luiz face à Wigan à l’extérieur, outre une relance courte correcte, le graphique illustre l’important déchet de passes longues ambitieuses (appellation diplomatique de « dégagements stupides ») alors qu’une solution plus simple s’imposait souvent.

** (13e total absolu du Championnat en 2011/2012 avec 1826 passes soit 58,9 en moyenne par match, 3e ratio de réussite avec 91,3%.)

 

* Il est plus aisé pour l’adversaire de suivre les décrochages de deux joueurs plutôt que trois, Mikel et Lampard sont donc rapidement sous pression et ne peuvent pas dicter le jeu en décrochant sans être suivis. A noter la couverture constante de Lampard par Mikel sur les situations suivantes (flèche bleue).

Figure 7.1: Ici, on observe le marquage zonal opéré par Reading et son 4-4-1-1. Ashley Cole (bas de l’image) ne dispose d’aucune solution afin de réaliser sa touche. Pogrebnyak bouche intelligemment l’angle de passe vers Terry tandis que Guthrie et Karacan suivent Mikel et Lampard dans leurs zones respectives.  Hazard va contourner le marquage zonal en venant amener le surnombre devant la zone de Guthrie, cependant, sa passe en retrait vers John Terry (afin de repartir de l’arrière et vers l’autre flanc) sera repoussée en touche par Pavel Pogrebniak.
Figure 7.2: Même situation vingt secondes plus tard,
Figure 7.3: Frank Lampard crée une brèche et embarque Mikele Leigertwood, ce qui permettra à Mata de venir demander dans l’intervalle.
Figure 7.3: Cependant, l’Espagnol est rapidement pressé par Danny Guthrie et sa passe en retrait contrée, ce qui l’enverra dans la course de Pavel Pogrebniak. Le déséquilibre est créé, il est intéressant de noter sur ce plan le positionnement catastrophique de Branislav Ivanovic qui ne coulisse pas afin de se retrouver à la même distance de Cahill que Terry n’est de lui ou que Cole l’est de Terry. Jobi McAnuff déclenche sa course, le but sera évité par le service à contre-temps de Pogrebniak ne permettant pas à McAnuff de mettre en difficulté Cech (bien qu’il cadre toutefois sa tentative sur le portier Tchèque).

Dans l’entonnoir

Une des remarques récurrentes au sujet du jeu de Chelsea fait état d’un manque de largeur, élément capital dans l’approche d’un match face à une équipe qui choisira de concéder la possession au profit d’une rigueur dans son organisation, soit une part assez importante des rencontres prévues au calendrier de la Premier League chaque saison. Bien que la capacité à perforer un bloc regroupé dont disposent individuellement des joueurs comme Eden Hazard, Victor Moses voire Daniel Sturridge peut permettre ponctuellement de se poser en alternative à un jeu de conservation type « handball » sans solution de rupture ; il est désormais coutume de voir Chelsea enchaîner des séquences de possession stériles. Une des observations les plus marquantes réside en cette asymétrie complète et fréquente que contribuent à créer Eden Hazard ou Juan Mata par leurs dézonages parfois excessifs dans la mesure où ils ne sont pas ailiers de formation mais milieux offensifs polyvalents.

La défaite en pré-saison face à Brighton & Hove Albion (entraîné par l’ancien Blue Gustavo « Gus » Poyet) a ainsi comporté une séquence de possession de plus d’une minute face à un Brighton parfaitement organisé autour de sa surface de but. Jason Cundy, bref co-équipier de Micky Hazard (entre 1988 et 1990) à Chelsea et désormais consultant sur la chaine TV du club ne manquera pas de mettre en lumière lors de la mi-temps le comportement de l’homonyme de celui qui conduit désormais un taxi dans les rues de Londres. Cundy fera remarquer avec sa verve habituelle l’apparent entêtement d’Hazard à redoubler les passes dans la zone opposée de celle dans laquelle il aurait du se trouver.

 

Figure 8.1: Chelsea est organisé en 4-3-3 sur cette situation. Essien en sentinelle derrière Lampard (gauche) et Meireles (droite), Ramires à droite et Hazard à gauche (du moins sur le papier). La capture illustre la situation stérile dans laquelle s’est engagé Chelsea face au bloc congestionné dans l’axe de Brighton (noter les deux lignes de 4 très claires sur la figure suivante)
Figure 8.2: Si le point positif est une présence en nombre dans la boîte (fait assez rare pour être souligné), l’absence de mouvement ainsi que de largeur est problématique et amène Chelsea a réaliser le même enchainement de passes trois fois de suite avec trois centres repoussés par la défense des Seasiders.
Chelsea évolue ici bêtement face à une bête animation défensive, notamment puisque Brighton inscrira ses 3 buts sur des actions d’école en contres face à trois défenseurs de Chelsea désabusés et à l’arrêt, tout comme le compartiment offensif à la suite de situations semblables à celle-ci, de quoi dégouter un entraîneur de Handball.

Di Matteo, le bon choix ?

Si il paraissait moralement mal venu de ne pas conserver le technicien qui avait permis au club d’atteindre son objectif sportif avoué depuis près de 10 ans, le temps écoulé entre le 19 mai au soir et l’officialisation du contrat d’un an plus un an en option (plus de 10 jours après) témoigne bien d’une situation qui se révèlerait en réalité moins linéaire qu’on puisse l’imaginer. L’objectif officieux de Roman Abramovitch étant de dupliquer le FC Barcelone (projet de recrutement avorté du Chief Scout d’Arsenal Steve Rowley)  notamment par la mise en place de concepts assez vagues comme une « philosophie de jeu » ou d’autres plus concrets tels qu’un réseau de détection-formation (dans la région de Londres). La presse a fait état d’un intérêt pour Josep Guardiola toute la saison dernière, intérêt non matérialisé à la suite de la décision par le manager de 41 ans de prendre une année sabbatique. Si d’autres noms tels que Guus Hiddink ou Fabio Capello ont été évoqués, cela tendrait à prouver que Roberto Di Mattéo n’était que le plan B ou C pour cette saison 2011/2012 dans toutes les cas de figure possibles.

Il peut donc paraître étonnant de confier la direction (du moins en apparence) du projet de « renouvellement » de l’effectif à Roberto Di Matteo dont le CV managérial reste assez peu garni. A l’image du pari Paul Ince (qui quittera le club pour un autre pari – raté – à Blackburn), Milton Keynes Dons (voir AFC Wimbledon, le football par les fans, pour les fans) choisira de confier les clefs du compartiment sportif à Roberto Di Matteo (choisi parmi un panel d’une quarantaine de candidatures) à l’été 2008 pour sa première expérience d’entraîneur. Il mènera les Dons à une troisième place en League One (D3) mais quittera le club pour West Bromwich Albion dès l’été suivant. En s’appuyant sur le fond de jeu et le potentiel offensif déjà présent et en équilibrant l’aspect défensif (l’aspect principalement responsable de relégation fin 2008/2009), Di Matteo mènera West Bromwich à la deuxième place du Championship, dynamique poursuivie jusqu’à l’automne 2010 (6e place). Un enchainement de mauvais résultats (11 défaites et 2 nuls en 16 matchs) et de buts gags encaissés témoignant d’une chute libre de l’état de confiance du groupe conduira au départ du technicien Italien, incapable d’enrayer la mauvaise série. La fin de saison sous les commandes d’Hodgson (2 défaites en 13 matchs, 7 premiers matchs invaincus) démontrera que le souci n’était ni physique ni technique mais principalement tactique et résultant vraisemblablement d’un problème de communication en interne.

Revenu en fanfare au club (ses trois buts lors de trois finales de Coupes Nationales ont contribué à l’ériger au rang de légende à Chelsea) pour composer l’équipe technique d’André Villas Boas, Di Matteo n’apparaitra que peu dans l’entourage médiatique de l’équipe, amenant même Villas Boas à justifier de son utilité et réfuter un problème de communication peu après le début de saison.

Il est bien entendu nécessaire de rappeler le peu de temps dont a disposé Di Matteo à partir de sa prise de fonctions (matchs tous les 3 jours). Cependant, il convient de noter que le travail réalisé sur la fin de la saison s’apparente davantage à celui de l’adjoint d’un manager (qui aurait pu avoir conservé sa place au prix d’une gestion moins sèche et de davantage de recul par rapport à la pression du résultat) qu’à celui d’un manager qui met en place sa propre conception du jeu (ce que semble vouloir confirmer le début de saison). Les ajustements ont certes été dictés par l’urgence de la situation (obtenir la qualification en C1 nécessaire bien au delà du sportif) comme en témoigne le coaching « de coupe » au match par match, mais aucun aspect du jeu n’a été revu de fond en comble (et ce depuis).

Il convient de louer la bravoure et l’engagement d’un groupe meurtri par ses différents échecs et frustrations (2008, 2009, 2011) mais aussi de relativiser le contenu de ces performances, notamment l’aspect défensif. La double couverture permise par le faible espacement entre les lignes de joueurs n’a toutefois pas empêché Chelsea de concéder beaucoup d’occasions en Coupe d’Europe et de parvenir à progresser aux tours suivants en disposant d’un ensemble de facteurs en sa faveur (manque de réalisme adverse face au but principalement).

Le parcours de Roberto Di Matteo semble illustrer son incapacité à faire face à une situation nouvelle et à réagir rapidement sous pression, observation renforcée par le peu de consignes transmis depuis le banc de touche. Il n’est donc pas garanti que Chelsea, habitué des automnes infructueux, fasse confiance au technicien Italien jusqu’à la fin de saison, l’incertitude demeurant encore plus importante quant à l’option d’extension incluse dans le contrat.

L’avis de MyPremierLeague

Di Matteo dégage finalement l’impression de n’être qu’un surveillant d’étude: si rien ne se passe, il ne change rien non plus et se projette immédiatement à sa prochaine échéance. Ce n’est pas lui qui fait la leçon et ne semble pas en mesure de contenir un brusque changement de situation autrement que par son charisme imposant une certaine forme de respect. Il n’est là que pour garder le groupe plus ou moins sur la même dynamique.

Dans le même temps, il ne se pose pas la question de la gestion de son groupe sur le long terme ou du rôle à donner aux individualités par rapport au collectif, comme en atteste la mise au placard assez directe de Florent Malouda (rarement dans le groupe), Daniel Sturridge (qui ne répondait plus aux attentes défensives du poste de milieu latéral malgré son excellente première partie de saison) ou Oriol Romeu (aux apparitions sporadiques).

A noter que l’absence de communication avec son groupe était déjà un des griefs qui lui a été porté à la suite de son départ de West Bromwich Albion.

Qu’attendre de la saison ?

Chelsea ne semble pas disposer du fond de jeu ou de l’organisation nécessaire pour constituer un candidat crédible au titre sur la durée de la saison, notamment en raison du fossé de 25 points qui a déjà séparé le club Londonien des deux Manchester la saison dernière. Dans l’optique où la mayonnaise parviendrait toutefois à prendre, donnant à l’ensemble davantage de cohérence qu’actuellement, les limites qui pourraient se poser à Chelsea seraient alors des limites numériques dans l’effectif. Si on a longtemps loué la qualité du milieu de Chelsea sur le papier (Lampard, Ballack, Deco, Makélélé, Essien), le départ coup sur coup de Raul Meireles (Fenerbahce) et Michael Essien (Real Madrid) dans les dernières heures du mercato fragilise encore davantage un compartiment de l’effectif où les remplaçants possibles sont soit mis au placard (Oriol Romeu) soit donnant clairement l’impression de pouvoir se montrer performants dans une toute autre approche (Ramires, plus habile sur des phases de contres, un peu moins en phases de possession).

En dépit du recrutement de 5 milieux offensifs (Oscar, Hazard, Marin, Moses, De Bruyne), Chelsea ne se retrouve pas pour autant dans une situation de sur-capacité dans la mesure où les entraîneurs successifs depuis le départ d’Avram Grant ont régulièrement du composer avec seulement deux ou trois solutions crédibles aux avants postes (Drogba, Anelka, Malouda). Les départs de Kalou et Drogba ont déclenché des mouvements sur le marché des transferts. Cependant, la perte d’expérience n’a pas été remplacée mais seulement traduite en attentes supplémentaires sur des joueurs relativement jeunes qui ont beaucoup à prouver. Il en est de même devant où Fernando Torres est susceptible de disputer la plus grande partie de la cinquantaine de matchs au programme de la saison et où toute blessure serait plus ou moins problématique.

Cesar Azpilicueta et Victor Moses lors de leur première séance d’entrainement avec leurs nouveaux coéquipiers. Crédit photo: chelseafc.com

Néanmoins, le recrutement de César Azpilicueta et de Victor Moses (lire: Let’s discover… Victor Moses!) permet désormais à Roberto Di Matteo de disposer d’options tactiques correspondant davantage à des rôles dans lesquels ces deux joueurs pourront s’intégrer notamment afin d’éviter les approximations de joueurs non spécialistes (Sturridge, Ivanovic…).

Sur le plan de l’organisation, il n’est d’ailleurs pas exclu d’imaginer un retour en 4-3-3 qui reste le système le plus à même de protéger l’axe défensif (vis à vis des montées des latéraux), celui permettant la meilleure gestion de l’espace et avant tout, le support des meilleures performances de Ramires depuis deux ans (corrélation systématique entre une bonne performance de l’équipe et de celle de son milieu brésilien).

Le potentiel technique présent dans l’effectif contribuera certainement à assurer un finish dans les 6 premiers mais c’est véritablement au delà que Chelsea pourrait se voir freiné et dès lors réduit au statut de « gros poisson dans un étang » pour la saison à venir bien que les Blues aient toutefois déjà prouvé à maintes reprises leur capacité à réagir dos au mur sur quatre vingt dix minutes par le passé.

Sébastien, a.k.a SeBlueLion

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