Le Rêve Orange d’Ian Holloway…


Dans le cercle relativement restreint des hommes à avoir entraîné un club de Premier League, on retrouve des hommes comme Sir Alex Ferguson, Arsène Wenger, Kenny Dalglish. Et puis il y a des entraîneurs moins connus, mais qui font leur bonhomme de chemin dans le plus prestigieux championnat du monde. L’un d’eux, Ian Holloway a, malgré un très court passage, marqué les esprits, autant par son caractère délèctable que par le beau jeu de sa formidable équipe de Blackpool et cela malgré la relégation du club à la fin de la saison. Alors que la plupart des spécialistes prédisaient aux Tangerines un retour difficile en Championship, le club du bord de mer a déjoué tous les pronostiques en se qualifiant à nouveau pour les Play-Off pour la promotion.  Aujourd’hui, en prévision des Play-Off de Blackpool contre Birmingham City, MyPremierLeague vous propose le portrait d’un manager haut en couleur!

Ian Holloway, l’enfant

Ian Scott Holloway naquit le 23 mars 1963 à Bristol, d’une mère au foyer et d’un père pêcheur, puis ouvrier en usine. Durant l’enfance d’Ian, son père, fan du Liverpool FC, lorsqu’il n’était pas en mer, cultivait la passion du football en niveau amateur, et c’est donc tout naturellement que son fils grandit avec un ballon au pied. Après les cours, il tappait dans un ballon avec ses amis, et jouait notamment avec un certain Gary Penrice, qui lui aussi rêvait de devenir footballeur professionnel.

À l’age de quatorze ans, il rencontra celle qui est devenue sa femme, à Bristol, dans sa ville natale. Adolescent, il décrocha une place d’apprentissage avec les Bristol Rovers, le club local. Lorsqu’il atteint ses dix-huit ans, Ian signa un contrat professionnel avec les Rovers, pour qui il disputa son premier match la saison suivante.

Ian Holloway, le joueur

 Un début de carrière prometteur

Holloway effectua donc ses débuts avec le club de Bristol l’année de ses dix-huit ans. Orginellement, il occupait le poste de milieu droite et tapa assez rapidement dans l’oeil des recruteurs, qui se observaient les progrès du jeune Ian en troisième division avec Bristol Rovers. Régulièrement en équipe première, le jeune homme disputa plus de cent matches en première équipe, inscrivant au passage la bagatelle de quatorze buts, avant d’être vendu à Wimbledon pour 35’000£ Pounds.

Les années londoniennes

Avec les Dons, il peina à s’imposer en deuxième division, et après une saison infructueuse, il fut vendu à l’étage inférieur par les Dons à Brentford. Cependant, il ne convaincu pas pleinement ses dirigeants, et après un prêt à Torquay, il décida de retourner aux Bristol Rovers, après deux ans difficiles à Londres. Les quatre saisons qui s’ensuivirent se révélèrent satisfaisante pour Holloway qui, sous les ordres de Gerry Francis, fut très performant et gagna avec les Rovers, la promotion en Championship. Pierre angulaire du dispositif de Francis, Ian Holloway disputa 179 matches sur 184 possibles, et ce fut sans surprise lorsque le coach fut engagé à la tête des Queens Park Rangers en Premier League, que Francis enmena Holloway dans ses bagages vers la capitale, où celui-ci retrouva son ami d’enfance et coéquipier chez les Bristol Rovers, Gary Penrice…

Holloway pour ses débuts à QPR (Image: The People)

Lorsqu’on lui demanda de décrire son style de jeu, Holloway répondit: « Des joueurs comme Glen Hoodle (meneur de jeu emblématique de Tottenham et de l’équipe d’Angleterre) peuvent bien s’asseoir et jouer du piano, mais sans quelqu’un pour porter le piano, et règlant le tabouret, il ne pourrait pas jouer si bien. En d’autre mots, chaque équipe a besoin de travailleurs, et j’étais un de ces travailleurs, qui bossaient pour l’équipe. »

Avec les Rangers, Holloway disputa cinq saisons de Premier League, en tant que joueur d’utilité plutôt que pillier de l’équipe, mais son travail était très apprécié par son entraîneur et ses coéquipiers. En 150 matches de Premier League, Holloway marqua quatre buts, et passa ce que l’on peut appeler l’apogée de sa carrière de joueur à Loftus Road. Cependant, lorsque les R’s furent relégués en 1996, le natif de Bristol quitta Londres pour retourner une troisième fois chez lui, aux Bristol Rovers, en tant que joueur-entraîneur. Une troisième fois, Holloway fut rejoint par son ami Penrice, qui termina sa carrière avec le club du sud-ouest de l’Angleterre.  Au cours de sa carrière, Ollie, comme il fut surnommé, disputa plus de six cents matches,  dont quatre cent aux Bristol Rovers.

Holloway avec « ses » Bristol Rovers (Image: The Sun)

Ian Holloway, l’entraîneur

 Ses débuts sur la ligne de touche

Holloway raccrocha les crampons en 1999, après près de vingt ans de carrière. Cependant, il garda son poste d’entraîneur chez les Rovers. Durant sa période de quatre ans à la tête du club de Bristol, il qualifia une fois ses couleurs pour les Play-off de troisième division, et finit en milieu de tableau lors de trois autres saisons, un bilan plutôt satisfaisant. Cependant, durant sa période en charge de Bristol, Holloway se révéla être en conflit permanant avec les médias, et cela lui attira passablement de critiques.

Ollie fait renaître les Rangers

En 2001, lorsqu’une offre se présenta pour lui de diriger les Queens Park Rangers, un autre club cher à son coeur, il se fit la promesse de faire de sa collaboration avec les médias un atout, contrairement à ce qu’il fit durant son temps à Bristol. Une remise en question qui constitue aujourd’hui encore la marque de fabrique d’Ian Holloway. Arrivé en cours de saison dans un club décimé par les problèmes d’argents, et forcé à vendre son meilleur joueur pour récolter des fonds (un certain Peter Crouch), Ollie fut investi de la mission presque impossible de maintenir les Rangers en Championship, la deuxième division du système anglais. Sans surprise, QPR termina la saison avant dernier, et les londoniens furent relégués en League One, pour la première fois en trente-quatre ans.

Dans un climat financier absolument cataclysmique, Holloway eut la lourde tâche de renconstruire une équipe à la dérive depuis cinq ans. Malgré l’appui de plus de 14’000 fans chaque samedi, le choc fut difficile pour tout le monde. En effet, les R’s qui affrontaient Manchester United et Arsenal il y a encore six ans, devaient s’incliner contre des clubs comme Oldham. Cependant, malgré l’adversité et les problèmes financiers, QPR forma une équipe constitué en majorité de fans du club, tels que les talentueux Martin Rowlands et Lee Cook, ayant grandis autour du stade, ou encore les supporters et déjà professionnels Kevin Gallen, Paul Furlong et Marc Bircham. Autour d’eux, on retrouvait des routiniers des divisions inférieures tels que Danny Shittu, ou Chris Day, acceptant de jouer pour presque rien.

Lors de la première saison, QPR se qualifia pour les Play-Off pour la promotion. En effet, Ollie parvint à créer une osthmose entre les joueurs, chacun prêt à mourir pour son coéquipier, et une cohésion indescriptible entre l’équipe et les fans, conscients que c’étaient leurs semblables qui se battaient sur le terrain. QPR passa le premier tour des Play-Off, en allant chercher un match nul à Oldham, puis en battant les Latics 1-0 à Loftus Road, dans ce qui est encore décrit comme le match avec le plus d’ambiance de l’histoire des Rangers. Le meilleur souvenir de tout Ranger, alors que paradoxalement, le club n’avait jamais été si mal classé…

Holloway après la victoire contre Oldham (Copyright: Dailymail)

La finale des Play-Off se déroula au Millenium Stadium de Cardiff, contre Cardiff City, et sous les yeux de 34’000 Rangers ayant fait le long déplacement de la capitale galloise, les R’s s’inclinèrent 1-0. Ce match fut d’ailleurs le point de départ d’une haine terrible à l’égard de Cardiff, les Fans gallois ayant pris d’assaut l’hôtel de l’équipe en pleine nuit, privant les joueurs de sommeil.

Cependant, la saison suivant fut plus prolifique, et cette fois-ci, c’est par promotion automatique que QPR regagna son statut de club de Championship, grâce notamment à une victoire lors de la dernière journée sur la pelouse du troisième, Sheffield Wednesday…  Durant cette période, Holloway devint la coqueluche des médias, grâce à ses interviews déjantées. Lors d’un soir de victoire serrée face à Chesterfield, il dit cette réplique devenue culte (visible via le lien ci-dessous) : « Pour décrire notre performance, c’est comme si tu sors, un soir, à la recherche d’une jeune femme, et que tu réussis à te la faire, certaines fois elle sera vraiment belle, et d’autre fois la fille sera pas top… Notre performance aujourd’hui n’était pas top, mais au moins on a la fille dans le taxi… » Interview qui lui valut la bordée de sa vie en rentrant à la maison, madame appréciant moyennement la comparaison.

Des jours de League One, on retiendra la cohésion incroyable entre fans et joueurs, cohésion compilée dans cette video montrant les coulisses du club sous la coupe d’Holloway:

Vidéo: QPR, la vie en League Onehttp://www.youtube.com/watch?v=ytaX5FitpCw

Holloway dirigea QPR encore pour deux saisons, durant lesquelles les Rangers peinèrent en Championship, avant qu’Ollie soit viré, après avoir été se proposer pour le poste vacant d’entraîneur à Leicester.

Les années noires, à Plymouth et Leicester.

Malgré s’être proposé pour le poste à Leicester, Ollie fut recalé et se retrouva sans emploi. Quelques mois après son renvoi à QPR, Ian Holloway retrouva de l’embauche à Plymouth Argyle avec objectif de amener le club du Devon le plus haut possible en Championship, voire même en Premier League. Holloway gagna rapidement la confiance des supporters, et paya même un verre à la totalité des 700 supporters ayant traversé la totalité du pays pour assister à la victoire 3-2 de Plymouth à Sunderland. Ollie continua à oeuvrer avec Argyle pendant presque une année, avant de se voir offrir le job à Leicester qui lui avait été refusé un peu plus de quinze mois auparavant. Jugeant ce changement de poste comme une promotion, il donna son accord à Leicester, ce qui eut l’effet de provoquer la colère noire des dirigeants de Plymouth, qui lui avaient témoigné leur confiance à plusieurs reprises. Les deux clubs se mirent d’accord pour une somme de compensation, et Ian Holloway fut nommé boss chez les Foxes de Leicester, malgré les protestations des fans d’Argyle.

Le sort d’Holloway ne s’améliora pas avec Leicester. Les résultats ne furent pas au rendez-vous, et lors de la visite de son ancien club Plymouth au Walkers Stadium, son ancien patron l’accusa d’avoir bradé la plupart des joueurs de Plymouth avant son départ, puis d’avoir volontairement plongé le club du  Devon dans le précipice. Holloway nia avoir fait quelque chose de mal, mais Leicester, toujours autant à la peine, termina sa saison en roue libre, jusqu’à être relégué en League One (D3) à la fin de la saison. En deux ans, Ian Holloway avait ruiné toute la bonne réputation qu’il s’était forgée avec QPR, pour s’entacher d’une réputation d’homme attirant la controverse dans tous ses clubs.

Ian Holloway, l’homme

Son renvoi de Leicester entraîna chez Holloway une totale remise en question. Conscient de ses erreurs et du manque de dévouement dont il avait fait preuve avec ses derniers employeurs. Il décida alors de prendre une année sabbatique, loin du football, pour prendre un peu de recul et s’occuper de sa famille. Car la famille est quelque chose qu’Ian Holloway a toujours tenu à coeur. En effet, la vie ne lui a fait aucun cadeau. Marié à Kim, qu’il rencontra à l’âge de quatorze ans, il dut l’aider à soigner une terrible cancer. Sa femme finit par guérir, mais la vie lui réservait encore d’autre surprises. Kim et Ian eurent un premier enfant. Puis la Bristolienne accoucha de jumeaux, qui se révélèrent tous deux être sourds de naissance, à cause d’un gène récessif présent chez chacun des deux parents. Hésitant avant de concevoir un quatrième enfant, les deux mariés consultèrent des médecins pour être certains qu’un nouvel enfant n’aurait pas de risque de porter aussi le gène malade. Devant l’assurance des médecins que les probabilités que leurs prochains enfants soient aussi sourds  était infime, ils décidèrent d’avoir encore un enfant. Sauf que la petite Harriet qui naquit quelques mois plus tard se révéla être également sourde.

N’ayant aucune envie de se laisser abattre par la situation, Kim et Ian se battirent pour pouvoir offrir à leurs enfants une éducation adéquate. Cependant, les structures d’éducations appropriées aux enfants sourds étant assez rares en Angleterre, Holloway dut faire de nombreux sacrifices pour sa famille. Lorsqu’il entraînait QPR, Ian effectuait tous les jours le déplacement de plus de deux heures entre Londres et Bristol, pour permettre à ses enfants d’être scolarisés dans une école spécialisée pour enfants sourds. Les Holloway déménagèrent à plusieurs reprises pour permettre aux jumeaux et à leur cadette de bénéficier d’une éducation adéquate. Ian Holloway  parle évidemment le langage des signes, et est très impliqué pour la cause des personnes souffrant de surdité.

En 2004, Holloway prit part à un reportage télévisé sensé offrir une meilleure gestion du stress aux participants. Il avoua plus tard que cette étape fut cruciale pour lui, et lui permit d’observer la vie d’un autre oeil. Tout au long de sa carrière, Ollie fut réputé pour ses interviews déjantées et inattendues. Il fut même nommé dans le classement des Londoniens les plus drôles, réalisé par la presse anglaise.

 Ian et Kim Holloway, durant l’année sabbatique que l’entraîneur s’accorda, décidèrent de se lancer dans un essai d’un nouveau style de vie, prônant l’auto-suffisance. Depuis ce jour, les Holloway possèdent un bon nombre de poules, de chevaux, et de divers animaux leur permettant de subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

Durant son année loin des terrains de football, Ian Holloway s’est énormément remis en question. Il s’est rendu compte qu’il avait quitté plusieurs de ses clubs de manière assez abrupte, notamment Plymouth Argyle. Conscient qu’il ne s’agissait pas là des valeurs de fidélité et d’honnêteté selon lesquelles il avait été élevé, il décida que dorénavant, il ne se laisserait plus emporter par ses pulsions pour arriver le plus haut possible le plus vite possible, mais il s’engagerait dans un projet sur le long terme, un projet auquel il croirait. C’est à ce moment-là qu’arriva l’offre de Blackpool.

Ollie le magicien à Blackpool

Blackpool commença la saison 2009-2010 avec un objectif très clair: éviter la relégation. Avec un des effectifs les plus pauvres du championnat et des moyens extrêmement restreints, les fans des Seasiders, surnommés la « Ollie’s Seaside Barmy Army », soit la Troupe d’Ian Holloway des maboules du bord de mer,  étaient extrêmement sceptiques quant à leurs chances de survie. De plus, Holloway venait de précipiter Leicester, club à l’effectif solide, en League One, alors qu’allait il donc faire avec Blackpool?

Ian Holloway ne perdit pas de temps pour parler tactique avec Brendan Rodgers, entraîneur de Reading, dès sa mise en fonction

La saison commença pas trop mal pour les Mandarines (Tangerines en anglais), comment sont surnommés les joueurs de Blackpool. En effet, l’équipe d’Holloway enchaina quatre matchs nuls consécutifs. Blackpool se trouva être plutôt bon à domicile, et pas trop mauvais à l’extérieur. Répondant largement aux attentes des dirigeants, les Tangerines firent leur petit bout de chemin, restant dans le ventre mou du championnat pour la plus grande partie de la saison. Dans un dispositif en 4-3-3 construit autour de la star locale, Charlie Adam, arrivé pour un demi million de livres depuis la réserve des Glasgow Rangers, Blackpool se révélait plutôt agréable à voir jouer, avec un jeu offensif et assez inattendu. Les Tangerines étaient menés par un trio de offensif dont personne nous voulait plus, avec DJ Campbell, recalé par Leicester en pointe, Brett Ormerod, ailier soi-disant vieillissant et Gary Taylor-Fletcher, ancien chauffeur routier n’ayant jamais joué à un très haut niveau. Conscient que son équipe n’était pas des plus talentueuses, Ollie déclara qu’il ne formait pas son équipe avec des talents dont la seule priorité est l’argent, mais avec des joueurs avec des qualités de coeur et du courage. Cela s’avéra payant, car au prix de quatre succès consécutifs en avril, la troupe d’Holloway se rapprocha du Top Ten, et commença à croire à ses chances de voler une place en Play-Off à la dernière minute. Et c’est ce qui se passa, grâce à des victoires face à Nottingham Forest et Peterborough, Blackpool s’offrit la sixième et dernière place pour les play-off grâce à un point d’avance sur le septième, un certain Swansea City.

Cette participation aux Play-Off se révéla être une bouffée d’oxygène pour ce petit club du Lancashire, voguant d’habitude entre le championship et la League One. Alors que le stade de Bloomfield Road peinait à atteindre les 10’000 âmes jusque-là, 12’000 tangerines se présentèrent au stade pour affronter Nottingham Forest. Dans l’euphorie collective, Blackpool renversa un déficit d’un but pour s’imposer 2-1. Le match retour se passa aussi bien pour les mandarines. En effet, alors que Forest menait 2-1 à la 70′ dans son antre du City Ground, Blackpool retourna totalement les Reds pour s’imposer 4 à 3. Ian Holloway et ses hommes venaient de s’offrir un ticket pour Wembley!

 Le 22 mai 2010, alors que plus de 40’000 habitants de Blackpool marchèrent sur Londres, laissant la ville totalement vide de sa population, tous les pronostiqueurs donnèrent Cardiff City, ayant éliminé Leicester au tour précédant, comme grandissime favori de la finale. Le prix: une place dans la plus riche ligue du monde. Une promotion qui, selon les journalistes, valait plus de 90 millions de livres sterling. Devant une marée orange, Blackpool commença plutôt mal. Menés 1-0 puis 2-1, les Tangerines semblèrent loin de leur meilleure forme. Et si le système d’Holloway avait montré ses limites? Et si la défense trop perméable des Tangerines leur avait coupé les jambes, une fois de plus, une fois de trop? Mais c’était sans compter sur les qualités de coeur des joueurs au maillot orange. Sortant encore une fois une prestation offensive qui n’aurait pas fait rougir d’autres oranges un peu plus au sud, Blackpool revint encore une fois de nulle part, marquant deux buts en moins de cinq minutes avant la pause pour mener 3 à 2 contre Cardiff City. Dans une hystérie indescriptible, le compte de fée prit forme, le rêve devint réalité. Blackpool remporta sa place en Premier League! Emu, Ian Holloway déclara que c’était le plus beau jour de sa vie, à l’exception de la naissance de ses enfants et de son mariage.

Ollie avec le trophée de la finale des Play-Off

Cependant, le club de bord de mer ne s’attendait tellement pas à cette promotion, qu’il n’avait rien prévu pour assumer les demandes d’un club de Premier League. Déjà le stade, contenant a peine 12’000 places, était constitué d’une vieille tribune en bois non finie qui menaçait de s’écrouler à tout moment. Blackpool dut mettre en route les travaux pour la remplacer immédiatement, portant la capacité à 16’000 places. A cause de l’importance des travaux, Blackpool demanda à jouer ses deux premiers matchs à l’extérieur. Mais sur le plan sportif aussi, les Seasiders prenaient du retard. En effet, à moins d’un mois de la reprise, Ian Holloway n’avait que quinze joueurs à sa disposition. Cela fut vite corrigé avec l’arrivée neuf joueurs, tous des inconnus en Premier League, avec notamment Malaury Martin, Ludovic Sylvestre, Eliott Grandin ou encore Richard Kingson. La première journée arriva, et Blackpool se déplaça à Wigan. Ayant un des effectifs le meilleur marché jamais vu en Premier League, Blackpool était favori pour redescendre, et même s’annonçait comme presque condamné d’avance. Mais sans complexe, avec un jeu offensif et séduisant comme jamais, Blackpool annonça son arrivée dans l’élite avec une massacrante victoire 4-0. Puis, les Tangerines allèrent s’incliner 6-0 contre Arsenal. Le ton était donné. Blackpool jouerait au football coute que coute, avec ce jeu offensif et risqué, quitte à redescendre immédiatement.

La saison avança, et malgré un manque de régularité, les Seasiders allèrent s’imposer à St-James Park contre Newcastle, à Anfield contre Liverpool, et prirent jusqu’à Noël la mesure de West Brom, Stoke, Sunderland ou encore Wolverhampton. Pointant en première moitié de tableau au passage de la nouvelle année, Blackpool représenta une bouffée d’air frais pour la Premier League. Un équipe séduisante composée de Nobody, que toute l’Angleterre se mit à apprécier. De plus, Ian Holloway, avec son caractère joyeux et ses blagues à l’interview se fit de nombreux amis et admirateurs dans l’élite du foot anglais. Blackpool marquait beaucoup de buts, mais en encaissait aussi beaucoup. Petit à petit, de nombreux clubs se pressèrent pour essayer de s’attacher les services du tonitruant Charlie Adam, véritable révélation de la saison. DJ Campbell fut également convoité, tout comme le gardien Matt Gilks. Mais Ian Holloway parvint à conserver ses meilleurs joueurs, et les chances de maintien semblèrent assez bonnes pour Ollie et ses hommes.

Cependant, Blackpool commença à perdre, et régulièrement… L’attaque de feu qui leur avait permis de compenser leur défense plus que perméable ne semblait plus capable de perforer les défenses comme c’était le cas en début de saison. Les Seasiders perdirent un match, puis deux, puis les défaites s’enchaînèrent, et l’équipe au maillot orange se retrouva à prendre huit points en 17 matchs entre janvier et avril. La chute au classement paraissait inévitable, et Ian Holloway ne sembla pas capable de freiner cette descente qui allait faire plonger Blackpool jusqu’au coeur de la bataille pour le maintien. Malgré un bref redressement qui vit Blackpool prendre six points en quatre match, les Tangerines abordèrent le fameux « Survival Sunday » au bord du gouffre. La tâche était compliquée: Aller gagner à Old Trafford pour se maintenir, rien que ça… Malheureusement, la suite vous la connaissez. Blackpool alla à Old Trafford avec le couteau entre les dents, et se battu  comme jamais. C’était le match de leur vie, et les Tangerines firent honneur au maillot. Malgré avoir mené 2-1 jusque vers l’heure de jeu, le défi était trop grand pour Ian Holloway et ses hommes, qui s’inclinèrent 4 à 2. Blackpool était relégué en Championship, pour un petit point, mais avec un sentiment de fierté: celui d’avoir fait rire et rêver toute le Royaume, le temps d’une saison, et surtout, après avoir prouvé qu’un promu pouvait jouer au ballon sans complexe et obtenir des résultats décents. Devant une standing ovation d’Old Trafford, Ollie et ses troupes sortirent du théâtre des rêves avec le coeur brisé, mais la tête haute. Une statistique souligne bien l’exploit de Blackpool lors de cette saison: Ils inscrivirent le même nombre de but que Tottenham qui a fini cinquième, mais avec une masse salariale totale ne permettant même pas de payer le salaire des quatre milieux de terrain titulaires des Spurs sur une saison.

Blackpool est relégué. Mais ni Ollie, ni ses joueurs n’ont à rougir de leur parcours.

What if they did it again?

 Une nouvelle saison s’annonçait pour les Tangerines. Avec DJ Campbell parti pour QPR, Charlie Adam vendu à Liverpool pour 7£ millions, et neuf autres joueurs quittèrent Bloomfield Road. Grâce notamment aux lucratifs « Parachute Payments » offerts au clubs relégués de Premier League pour se réinstaller en Championship, Ollie s’offrit les services de Barry Ferguson ou Kevin Phillips, routiniers relégués de Premier League avec Birmingham, ou encore de jeunes talents en prêt, tels que Tom Ince ou Gerardo Bruna entre autres.

Alors que les pronostiqueurs, encore une fois, ne firent aucun cadeau aux Tangerines, Blackpool entama plutôt bien sa saison, avec deux victoires face à Hull et Peterborough. Très vite, on retrouva à Bloomsfield Road ce qui avait fait la force des Seasiders durant la saison de leur montée, avec un jeu offensif, distrayant, et une bonne forme  à domicile. Le pari d’Ian Holloway de remplacer DJ Campbell par le vieux Kevin Phillips se révéla payant, le vétéran anglais marquera en tout dix-sept buts durant la saison régulière. Toujours en 4-3-3, et toujours avec Taylor-Fletcher, Ormerod, Evatt, Baptiste et Southern, Blackpool rajeunit son effectif avec les apparitions des ailiers Matt Phillips et Tom Ince de plus en plus fréquentes pour soulager les vétérans. Le premier nommé fut même une des révélation de la saison, marquant onze buts et distillant de nombreuses passes décisives pour s’imposer comme un des meilleurs ailiers du championnat. En grande forme, Blackpool réalisa des mois de janvier et février tonitruants, avec six victoires en neuf rencontres, et après un petit coup de mou en mars, ils parvinrent à assurer leur place en play-off grâce à trente jours magiques en avril, leur permettant de battre Leeds, Southampton ou encore Brighton et Burnley pour distancer leurs concurrents directs pour les Play-Off.

Un retour sous le soleil de Wembley pour Ian?

La saison régulière se termina, et Blackpool finit en cinquième position, devant affronter Birmingham City pour les demi-finales des barrages de promotion. Et si Blackpool réalisait l’exploit, encore une fois? Eh bien pourquoi pas? La pression n’est pas sur leurs épaules, mais sur celles de West Ham et Birmingham, qui s’endettent pour conserver leurs meilleurs joueurs, alors que Blackpool a su se reconstruire sans se ruiner. Ce soir, vendredi 4 mai 2012, les Tangerines accueillent les Blues de Birmingham dans leur antre de Bloomfield Road. Avec le soutien de toute une nation qui redemande encore du show Holloway, et de tous les amoureux du foot. Alors pourquoi ne pas y croire, à ce culte d’Ian Holloway pour le jeu offensif, pour le jeu sans complexe? Une chose est sûre, dans la tête des Mandarines de Blackpool, et de leur gourou Ollie, il est bien présent, ce rêve de Premier League, de regoûter à la meilleure ligue du Royaume. Et sous l’inspiration de leurs confrères hollandais dont ils partagent bien plus que la couleur du maillot, mais aussi l’amour d’un football presque total, Blackpool pourrait bien revivre à nouveau, ce rêve, de gloire, ce rêve teinté d’ « Oranje ».

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