Un an après, quel bilan pour Fernando Torres à Chelsea ?


Transféré de Liverpool à Chelsea pour 58 millions d’euros en ce qui a constitué un des feuilletons du dernier mercato hivernal en Angleterre, Fernando Torres va fêter à la fin du mois de Janvier le premier anniversaire de sa signature dans le club Londonien. L’heure de tirer un premier bilan sur 12 mois contrastés entre des statistiques peu garnies (6 buts) mais néanmoins massivement médiatisés qui sont en quelque sorte la résultante de facteurs extérieurs, pourtant curieusement bien moins régulièrement mis en lumière.

Une coupe du monde ratée car précipitée

Fernando Torres, ici face au Chili (2-1), sera passé à travers de la Coupe du Monde 2010

Au sortir de sa troisième saison dans le football Anglais où il a affolé aussi bien les tableaux d’affichages que les défenses du Royaume avec 82 buts en trois saisons, Fernando Torres se préparait à son deuxième rendez-vous mondial avec sa sélection d’Espagne après le Mondial 2006. Néanmoins, sa dernière saison va se dérouler dans un contexte personnel peu évident en raison de blessures diverses et récurrentes aux adducteurs qui auront haché sa saison tout comme ses temps de récupération. Il finira même l’exercice 2010 plus tôt que ses coéquipiers afin de résorber une gêne au genou par le biais d’une opération au cartilage fin Avril. Le timing constituera une réelle course contre la montre afin de se montrer opérationnel au moment de l’annonce par Vicente Del Bosque de la liste des 23 joueurs qui s’envoleraient pour l’Afrique du Sud le 1e Juin. Au prix d’une convalescence écourtée à son minimum, Torres rejoindra finalement la sélection Espagnole et disputera la compétition. Néanmoins, un manque de rythme dû  sa reprise de la compétition précoce ainsi qu’une fatigue due à sa 6e saison consécutive à plus de 45 matchs va l’amener à traverser la Coupe du Monde tel un fantôme en dépit de la victoire finale de son équipe. Rarement présent offensivement et affichant un clair manque de fraîcheur dans ses courses, il conservera pourtant la confiance de son sélectionneur en dépit de performances insipides et ce jusqu’à la finale, où, cerise sur le gâteau, il va se claquer lors de la prolongation.

Il reviendra donc à sa routine Liverpuldienne certes auréolé d’une médaille de Champion du Monde mais avec déjà un contrecoup physique à gérer bien que la saison n’ait même pas encore commencé puisque à l’instar de 2001, 2002, 2004, 2006 et 2008, son été sera tronqué par sa participation à un trophée International. Par ailleurs et à l’image d’autres joueurs avant lui, le « stress post-Coupe du Monde » sera compliqué à gérer mentalement. On pense par exemple à Diego Forlan (co-meilleur buteur de la compétition avec 5 buts) dont les mois ayant suivi sa compétition ont rarement été ponctués de bonnes performances avec l’Atletico Madrid.

Une rentrée des classes à Liverpool sous fond de fin de cycle sportif

Au départ de Rafael Benitez qui a répondu à l’appel d’un autre ogre Européen, en l’occurrence l’Inter Milan, auteur d’un triplé mémorable la saison précédente ; Liverpool va chercher à se reconstruire d’autant que pour la première fois depuis 2004, la Ligue des Champions ne figurait pas au calendrier des « Scousers ». Finaliste de l’Europa League et au bilan plus que satisfaisant avec Fulham en deux saisons et demi, Roy Hodgson fut intronisé manager de Liverpool dans le courant de l’été. Avec certes peu de moyens financiers à sa disposition, son recrutement constitué des Christian Poulsen, Joe Cole, Paul Konchesky ou autres Milan Jovanović va rapidement être catalogué comme manquant cruellement d’ambition pour un club à l’avenir flou, sans réel objectif sportif formulé ni réelle ligne de conduite ; à l’image de l’impopulaire duo Américain formé de Tom Hicks et George Gilette, peu actifs pour le club et davantage préoccupés par d’obscures négociations au sujet d’une vente du club. A l’instar de Xabi Alonso l’été précédent, Javier Mascherano va faire ses valises pour rejoindre, lui, le FC Barcelone. Pepe Reina fut aussi pressenti sur le départ, tout comme Torres, annoncé à Manchester City ou Chelsea pour des sommes déjà indécentes.

Une première partie de saison 2010/2011 décevante pour l’espagnol, le tout dans un contexte pesant

Liverpool ne prendra que 6 points lors des 8 premières journées, égalant ainsi son pire bilan pour un début de saison depuis 57 ans. Présent lors de 23 des 24 premières rencontres, Torres apparut loin de son niveau des saisons précédentes en raison d’un contexte extra-sportif pesant ajouté à la pression de résultats qui se sera accrue sur ses épaules après les départs d’Alonso et Mascherano combinée à la méforme similaire de Steven Gerrard. Par ailleurs et comme depuis le départ (au bout de 6 mois seulement en Janvier 2009) de Robbie Keane qui supportait peu les manières et l’absence de turnover de Rafa Benitez ; l’attaquant Espagnol fut à nouveau la seule solution offensive crédible pour son entraîneur (David N’Gog peinant à convaincre derrière Torres). Ceci amenant Hodgson comme Benitez avant lui à se reposer et à fonder tous ses espoirs sur l’Espagnol. Certes auteur de 9 buts en une demi-saison, Torres ne réalisera qu’un seul match plein, face au champion en titre Chelsea contre lequel il inscrira un doublé et son 6e but en 5 matchs face aux Londoniens.

L’arrivée dans la capitale Londonienne

Pendant ce temps, à Londres, Chelsea a achevé une première partie de saison loin des attentes ponctuée d’une 5e place au soir de la 21e journée. Les conflits au sujet de la politique sportive dans un club jamais stable en interne avaient abouti au non renouvellement des (juteux) contrats de Joe Cole, Belletti, Michael Ballack ou encore Deco durant l’été. Parallèlement à cela, le sulfureux directeur sportif des Blues Frank Arnesen avait réussi à imposer sa vision des choses en intégrant dans le groupe professionnel des jeunes joueurs victorieux de la FA Youth Cup et produits de sa politique sportive couteuse de recrutement de jeunes joueurs en Europe. Une sorte d’opération « sauvetage » d’une politique désastreuse par rapport à l’investissement et l’absence de résultats, à laquelle Ancelotti ne put s’opposer ; ne disposant pas de la mainmise sur le compartiment sportif dans son intégralité, sur les transferts et les contrats notamment.

L’absence de rotation et d’intégration des jeunes joueurs qui a toujours caractérisé les équipes dirigées par « Carletto » a abouti par la suite à une lente chute de la fraîcheur physique des joueurs puis des résultats ; le tout avec un XI de départ inchangé faute de solutions, et aux lacunes tactiques mises à jour et exploitées par les adversaires. La perspective d’une non-qualification pour la Ligue des Champions par le biais des 4 premières places et l’absence de profondeur de banc va contraindre le club Londonien à entrer sur le marché pour combler ses lacunes numériques en défense et en attaque. (Voir Chelsea FC Season Review & Preview sur MyPremierLeague)

Suivi par Chelsea depuis de nombreuses années, Fernando Torres va finalement succomber aux avances insistantes des Blues et s’engager pour quatre saisons et demie le dernier jour du mercato pour un montant de transaction entre les deux clubs estimé à 58 millions d’Euros.

Pourquoi Torres plutôt qu’un autre ?

Beaucoup se sont alors interrogés sur le choix de Chelsea de jeter son dévolu sur un attaquant qui a certes fait partie des meilleurs à son poste dans le monde lors de ses premières saisons à Liverpool mais qu’on annonçait « fini » ou dont les meilleures années seraient irrémédiablement derrière lui, et ce avant la Coupe du Monde. Le choix apparaissait également curieux pour les observateurs dans la mesure où d’autres pistes étaient également étudiées par Chelsea, notamment Mario Gomez (une offre a été faite) ou Edin Džeko dont les états de forme étaient radicalement opposés à celui de l’attaquant Espagnol.

Toutefois, il est possible de trouver un des éléments d’explication à ce choix dans la progression rapide du club Londonien. Certes déjà dans le haut de tableau depuis 1996, Chelsea a connu une progression accélérée grâce à l’investissement de Roman Abramovitch depuis 2003. Ainsi, si le club a pu atteindre rapidement les sommets sur la scène continentale (3 Championnats et 5 Coupes Nationales) et Européenne (5 demi-finales et une Finale de Ligue des Champions en 6 saisons), améliorer l’image de marque du club dans le monde reste un chantier d’envergure afin de tenter de rattraper des clubs comme Manchester United sur les marchés Asiatiques ou Américains. Chelsea doit d’autant plus se pencher sur des moyens de compléter ses recettes  financières que les 42.000 places de Stamford Bridge font pâle figure face aux 76.000 places d’Old Trafford ou les 60.000 sièges de l’Emirates Stadium. (Voir Chelsea à un tournant de son histoire sur MyPremierLeague)

L’arrivée de Torres a provoqué un véritable tsunami, c’est un véritable filon économique qu’a mis en place Chelsea avec le transfert de Torres.                                          Crédits: Paul Edwards/ NI Syndication

Maillot de Premier League le plus vendu dans le monde en 2010 (devant Steven Gerrard et Wayne Rooney), le choix de Fernando Torres au détriment d’attaquants certes performants mais ne disposant pas d’un « nom » aussi universel que celui de l’attaquant Espagnol s’est donc inscrite dans une logique économique, que l’on peut observer en visitant la boutique en ligne du club en y retrouvant le « £50m striker » omniprésent. Les jours ayant suivi la signature d’Andy Carroll à Liverpool permise grâce à la manne financière du transfert de Torres, il se vendait 250 maillots floqués du 9 bleu pour seulement un seul 9 rouge !

Mais si l’Espagnol a souhaité démarrer un nouveau cycle sportif, c’est également afin de s’intégrer dans un collectif qui serait davantage à même de lui fournir les titres manquants à son palmarès en club encore vierge. Torres a ainsi reconnu à demi-mot ne plus vouloir être le seul attaquant sur lequel reposerait la réussite de tout un club, mais au contraire être une solution parmi d’autres, permise par les disparités de niveau moins perceptibles dans l’effectif de Chelsea qu’elles ne l’étaient dans celui de Liverpool.

Les fameuses difficultés

Bien qu’en lisant entre les lignes des réactions de ses anciens partenaires ou encore celles de Roy Hodgson après son transfert, il est possible de déduire que Torres semblait réfléchir à un départ depuis un bon moment, et ce avant même les premières grosses spéculations médiatiques. Pour autant et si il devait s’être préparé en quelque sorte aux retombées médiatiques d’un transfert qui s’annoncerait forcément fracassant, Torres n’avait certainement pas imaginé de telles difficultés suivant sa signature. Car si l’Espagnol a marché sur l’Europe durant plusieurs saisons, c’est en grande partie grâce à l’exploitation optimale de ses capacités athlétiques au dessus de la moyenne, notamment sa vitesse sur courtes et longues distances (et pas forcément la qualité intrinsèque de ses contrôles ou sa protection de balle) combinées à son sens du but et du déplacement.

L’enchaînement des matchs et ses blessures en résultant ont pesé sur son jeu, au point qu’il en soit rendu à réduire sa participation au jeu de son équipe à l’aspect statistique des buts marqués et dorénavant plus aux décrochages et combinaisons incessantes, percussions et provocations  balle au pied qui ont si souvent fait lever les travées du Kop, ne disposant souvent plus d’assez de « jus » pour décrocher autant qu’avant.

"El Niño" en pleine communuon avec Anfield, ici célébrant un but inscrit face à Tottenham en mai 2009

A Chelsea, le collectif et les individualités présentées sur le papier n’ont pas le rendement des saisons précédentes

A Chelsea, et, en dépit d’un collectif qu’on a régulièrement présenté comme un des plus solides d’Europe depuis le passage de José Mourinho,  la première partie de saison 2010/2011 aura davantage été caractérisée par un faible niveau de forme des individualités davantage que par une nouvelle illustration de la puissance collective de l’équipe. Pièce maîtresse du jeu de l’équipe, Frank Lampard se verra tenu éloigné des terrains pour sa première longue blessure depuis son arrivée à Chelsea en 2001 et manquera de fin Aout à début Décembre. Bien que son début de saison soit monumental suite à une ablation d’une hernie (5 buts et 5 passes en 5 matchs), Didier Drogba va rapidement contracter la malaria de retour de sélection Ivoirienne et va être considérablement affaibli physiquement mais continuera à jouer faute de solutions sur le banc. Michael Essien, de retour d’une blessure au genou, va enchaîner les rencontres et sa dépense d’énergie se verra réduite tout comme son rôle de piston, on retrouvera principalement le Ghanéen à des tâches de distribution et de circulation du ballon.

« El Niño » doit s’adapter à un plan de jeu différent

Le système en 4-2-3-1 de Rafael Benitez repris par Roy Hodgson laissait une liberté accrue à l’espagnol sur toute la largeur du front d’attaque ; « El Niño »  était connu pour recevoir en nombre les relances verticales de sa défense ou de Xabi Alonso, sur les phases de contre notamment. A son arrivée à Chelsea, Torres fut aligné lors de son premier match contre… Liverpool en compagnie de Didier Drogba. Outre son manque de fraîcheur, Torres fut esseulé dans la mesure où l’Ivoirien a polarisé les ballons reçus dans le même temps que le renforcement de l’axe du milieu par Dalglish avait empêché Anelka, aligné en position de n°10 pour l’occasion, de pouvoir transmettre proprement à ses partenaires d’attaque.

Habitué à disposer d’un joueur de soutien sur la même longueur d’onde technique aux abords de la surface en la personne de Steven Gerrard tout comme d’un pourvoyeur de ballons joués dans la verticalité à Liverpool, et ayant basé ses automatismes de jeu, notamment ses courses, sur les caractéristiques de ces deux joueurs. Torres est ainsi souvent apparu lourd dans ses courses, mais également souvent à contretemps et rarement servi au bon moment malgré sa quantité notable de déplacements et d’appels dans la mesure où personne n’a pu tenir le même rôle qu’Alonso ou Gerrard à son arrivée à Chelsea. On voit donc encore actuellement l’espagnol se plaindre d’un ballon donné dans les pieds alors qu’il avait entamé un appel de balle, ou, donc, le voir s’engouffrer dans l’espace derrière la défense sans recevoir le ballon.

L'alléchant duo Drogba-Torres sur le papier n'aura jamais eu le rendement escompté, la faute à un faible temps de jeu commun et à l'omniprésence du glouton Drogba.

Ainsi, il est également peu aisé de comprendre les raisons de la mise au ban par Carlo Ancelotti de Yossi Benayoun à son retour de blessure (rupture du tendon d’achille) au printemps dernier. Complices sur et hors du terrain à Liverpool, les deux joueurs ont rarement été alignés ensemble et l’Israélien aura plus souvent remplacé l’Espagnol qu’il n’ait vraiment pu cohabiter avec lui sur le terrain ; alors même que leur complémentarité, notamment due à la qualité du jeu dans la profondeur de Benayoun, aurait pu être un atout précieux en seconde partie de saison pour fournir à Torres un passeur capable de délivrer le type de ballons auquel il était habitué.

Aligné initialement par Carlo Ancelotti afin de reposer un Didier Drogba émoussé et aminci, la titularisation du «  Kid » peut aussi s’expliquer par la volonté de provoquer sa première réalisation en espérant qu’une série de buts puisse s’ajouter au potentiel déjà présent dans l’optique de rattraper le leader Manchester United (qui comptait potentiellement 12 points d’avance à la mi-temps du choc face aux Blues début Mars). L’adaptation difficile de l’Espagnol à la vie à Londres (jeune papa de quelques mois, il aura logé plus d’un mois dans un hôtel) et au jeu de Chelsea va tout de même lui faire traverser une série de 13 matchs sans inscrire le moindre but, ne trouvant le chemin des filets que lors de la réception de la lanterne rouge West Ham courant Avril.

Un premier bilan en deçà des attentes médiatiques mais cohérent du fait du contexte d’arrivée

Pour autant, le bilan personnel des premiers mois de l’Espagnol à Chelsea est statistiquement insuffisant comme cela l’a été régulièrement souligné, mais ce bilan doit clairement être nuancé dans la mesure où Torres a éprouvé des difficultés à intégrer une animation offensive complètement différente, d’autant plus que son niveau physique précaire l’empêchait déjà depuis des mois de pouvoir compter sur le paramètre athlétique absolument crucial dans la réussite de son jeu.

Néanmoins, la présence numérique d’un attaquant supplémentaire a permis à Carlo Ancelotti de modifier son plan de jeu après l’hiver, amorçant un passage du 4-3-3 au 4-4-2. Ainsi, les associations en attaque ont pu permettre une variation et une imprévisibilité qu’on ne retrouvait pas en première partie de saison. Cela va directement se répercuter sur les résultats de l’équipe qui va enchaîner 8 succès en 10 matchs à partir de début février.

Nicolas Anelka et Yossi Benayoun célèbrent le but de Torres face à West Ham. Coïncidence ?

Par ailleurs, la variation des partenaires d’attaques alignés aux côtés de Torres lui a permis de retrouver ponctuellement des joueurs dans la mesure de tenir un rôle de soutien. Ainsi, les dézonages et la disponibilité d’Anelka ainsi que sa qualité de passeur a permis de constituer la paire d’attaque la plus intéressante faisant figurer l’Espagnol. Le 1/8e de finale aller de la Ligue des Champions à Copenhague, disputé 3 semaines après l’arrivée de Torres, aura été ponctuée de la meilleure performance du n°9 des Blues qui se procurera plusieurs occasions dont deux seront repoussées sur la ligne de but. En effet, les Blues de Torres auront fonctionné par attaques rapides lors de cette rencontre, remportée grâce à un doublé de Nicolas Anelka qui fournira un soutien et une possibilité de combiner dans le dernier tiers du terrain à l’espagnol. Le tout premier but de Torres avec Chelsea face à West Ham interviendra également suite à un service du natif de Trappes, en position axiale et qui délivrera une passe dans l’intervalle et la profondeur pour l’espagnol, parti de manière si caractéristique entre les défenseurs.

Torres a également pu retrouver ponctuellement la présence de Yossi Benayoun à ses côtés, comme lors de la dernière demi-heure face à Wigan (1-0), où l’Israélien lui procurera plusieurs balles de buts.

Été 2011 : Une page se tourne à Chelsea

Afin de retrouver un niveau physique optimal pour réussir une bonne saison, Torres a donc mis les bouchées doubles au mois de juillet en profitant notamment de la mise à disposition par son club d’un préparateur physique assigné. Afin de clore le cycle sportif mené par Carlo Ancelotti, empreint d’un jeu pragmatique et d’une projection sportive basée sur les résultats immédiats, Chelsea a souhaité débuter un projet sportif et de jeu qui s’inscrive sur une logique de long terme. Pour cela, le club Londonien a misé sur une valeur montante en Europe, le Portugais Andre Villas Boas qui avait déjà travaillé au club en tant que superviseur de l’opposition lorsque José Mourinho dirigeait l’équipe (2004-2007). Attaché à des convictions en termes de jeu, Villas Boas a souhaité redynamiser le jeu de l’équipe et mettre en place une nouvelle philosophie basée sur une circulation rapide du ballon, un pressing dynamique et groupé ainsi qu’un un bloc-équipe haut.

Pour cela, il s’est attaché les services d’Oriol Romeu (FC Barcelone) et de Juan Mata (FC Valence) puis, en fin de mercato, de Raul Meireles (Liverpool) ; joueurs en mesure de s’inscrire dans une approche de jeu rapide et offensive. Après un premier match où Torres sera récompensé du titre de Joueur du Match lors du nul à Stoke City (0-0) ; le début de saison mettra en évidence la phase de transition amorcée par l’équipe de Villas Boas. Les incertitudes tactiques (défense haute notamment) et les difficultés d’intégration de certains joueurs à une telle approche vont démontrer que l’équipe reste encore au diapason du jeu pragmatique pratiqué auparavant, encore largement axé sur une colonne vertébrale unique depuis des années.

Le traumatisme crânien subi par Didier Drogba lors d’une chute face à Norwich va propulser Torres dans le 11 de départ, mais l’Espagnol va se retrouver esseulé en pointe d’un bloc haut proposant peu de mouvement et de jeu vers l’avant. Contraint à décrocher pour remiser et toucher le ballon et abandonnant du fait son rôle de fixation (face à Norwich et West Bromwich Albion notamment), « el niño » va éprouver les mêmes difficultés qu’en sélection où le jeu de possession d’une équipe haute et jouant à tempo modéré l’empêchait déjà d’exploiter ses qualités de joueur de contre rapide dévorant l’espace. Une des raisons pour laquelle, en dépit de ses 92 sélections, il n’a jamais vraiment été indiscutable avec la Roja, les dernières saisons principalement et malgré une confiance réitérée de son sélectionneur bien que ce jeu ne lui convienne peu.

Malgré une volonté farouche de réussir cette saison, Torres doit encore trouver sa place idoine dans l'animation offensive.

La rencontre face à Manchester United à Old Trafford, adversaire qui a régulièrement bien réussi à Torres par le passé, a véritablement servi de coup d’envoi mental de la saison de l’espagnol. Auteur d’une performance solide, laissant entrevoir par moments son meilleur niveau, il réduira le score d’une louche inspirée suite à un service dans la profondeur d’Anelka mais n’empêchera pas la défaite de son équipe (3-1). Il manquera toutefois le but vide après avoir effacé De Gea d’un passement de jambes plus tard dans le match. Pourtant, son culot et sa détermination balle au pied, tentant même un ciseau acrobatique, auront véritablement envoyé un signal fort bien que les médias se soient exclusivement focalisés sur le fameux raté dans les jours qui vont suivre. Lors de la réception du promu Swansea, Torres récidivera en convertissant une offrande de Mata par-dessus la défense pour tromper Michel Vorm d’une demi volée suite à un enchaînement remarquable. Hélas, son expulsion pour un tacle « d’attaquant » quelques minutes plus tard le tiendra éloigné pour trois rencontres de Championnat. L’espagnol poursuivra toutefois sa montée en puissance lors des deux matchs Européens qui vont suivre, en se créant de nombreuses occasions de but au Mestalla de Valence que Diego Alves repoussera en écœurant littéralement les Blues. Torres inscrira même son premier doublé lors de la démolition du RC Genk dix jours plus tard, d’un plat du pied opportun sur un service de Lampard puis d’une tête décroisée du point de pénalty.

Pourtant, le retour en forme de Didier Drogba ainsi que les premières vraies difficultés rencontrées par l’équipe de Villas Boas dans le jeu (3 défaites en 4 matchs de fin octobre à mi décembre) vont amener le technicien Portugais à revenir à des bases tactiques plus rôdées et davantage axées sur les automatismes existants avec Drogba devant. Lors de l’automne, des joueurs vont donc être mis de côté momentanément du fait de la nécessité d’obtenir des résultats au détriment du contenu et des cas individuels. Ainsi, Alex ou Anelka, voire Lampard, Mikel (élément tactique essentiel permettant la liberté offensive de ses partenaires, mais lent et peu vertical dans son jeu et du fait mis de côté, cela ajouté à des soucis d’ordre personnel ; sa mauvaise utilisation par Villas Boas en fait une des raisons des difficultés de Chelsea) et bien sur Torres qui avaient montré des limites à briller dans un tel plan de jeu, vont voir leur temps de jeu considérablement réduit durant ce laps de temps.

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Un nouveau Torres ?

Néanmoins, depuis quelques semaines, l’Espagnol revient en considération pour son manager qui va l’aligner d’entrée de jeu face à Fulham, Wolverhampton, Sunderland et Norwich ainsi que face à Portsmouth en FA Cup, en profitant du départ de Nicolas Anelka à Shanghai et de Didier Drogba à la Coupe d’Afrique des Nations. Toujours sans but marqué, mais bien plus tranchant dans le jeu et créant des occasions de but pour ses partenaires, Torres semble bel et bien revenu à son meilleur niveau comme en atteste sa reprise acrobatique insolente qui s’est écrasée sur la barre transversale de Simon Mignolet avant de retomber dans les pieds de Frank Lampard qui inscrira le seul but du match face à Sunderland. Conscient que la réussite se provoque avant tout, l’Espagnol ne cesse de tenter sa chance dans toutes les situations possibles tout en se montrant généreux et juste dans ses mouvements et décrochages, en espérant que la seule chose qui manque réellement au contenu de ses matchs depuis un mois puisse rapidement refaire son apparition.

Si le joueur dont le montant de transfert est le plus élevé de l’histoire du Championnat d’Angleterre peut être critiqué pour son faible nombre de réalisations, on peut difficilement lui imputer ses efforts pour tenter d’apporter sa contribution pour son équipe malgré un concours de circonstances peu évident à gérer à son arrivée. Sa forme physique précaire ainsi que celle de sa nouvelle équipe sont autant de points qui ont entravé sa dynamique lors de ses premiers mois au club. Depuis le début de saison, ayant retrouvé un rythme et le maximum de son potentiel athlétique, le projet de jeu dont les fondations et la mise en rythme ont été jonchées de difficultés ; Torres a été gêné par le jeu lent et l’absence de soutien puis par la polarisation du jeu offensif par Drogba (difficultés qu’a également connu Andreï Shevchenko en son temps).

Il semble aussi pertinent de remarquer que Torres est parvenu systématiquement à inscrire des buts et réaliser des bonnes performances lorsqu’il a ponctuellement disposé d’un joueur de soutien derrière lui capable de lui fournir le type de ballons dans la profondeur qu’il recherche. Juan Mata a ainsi pu tenir un rôle de passeur inspiré pour son compatriote lors de décrochages l’amenant à se retrouver en position axiale dans le dernier tiers du terrain.

Par ailleurs, cela ne l’a pas empêché de montrer des aspects nouveaux dans son jeu, que l’on retrouvait peu à Liverpool où sa participation au jeu à décliné au fil des saisons. Ainsi, lors de la réception de Leverkusen (2-0), l’espagnol a joué essentiellement en remise dos au but allemand en se rendant disponible sur la largeur du terrain. Deux remises inspirées pour Luiz puis Mata offriront les trois points à Chelsea (2-0).

Rare du temps où il évoluait à Liverpool, cette situation où Torres est félicité par un de ses coéquipiers pour un service victorieux (ici David Luiz face à Leverkusen) tend à devenir plus fréquente.

Fait plus intéressant, Torres, auteur de seulement 5 passes décisives toutes compétitions confondues en trois saisons et demi (182 matchs) à Liverpool ; a quasiment doublé ce total en l’espace d’un an (49 rencontres) en totalisant 9 « assists ». Cet achèvement témoigne réellement d’un changement de rôle dans le jeu de l’espagnol, avant tout venu à Chelsea afin de progresser et d’élargir sa palette de compétences sur le plan individuel ; peut être afin de justifier vraiment l’appellation d’ « attaquant complet » qu’on se plaisait à lui attribuer (à tort ?) lorsqu’il évoluait dans le nord de l’Angleterre. Torres a fait étalage depuis le début de saison (lorsqu’il avait l’opportunité de jouer) de qualités étonnantes de vision du jeu et de sens de la passe, l’amenant à donner de nombreux ballons de but à ses partenaires.

Pour tenter de conclure

Reparti sur un rythme intense depuis un mois, Torres pourrait bien être la surprise de la deuxième partie de saison en concrétisant sa montée en puissance permise par un enchaînement de matchs. L’espagnol a donc à la clé l’opportunité de redorer son blason et d’achever la saison avec une feuille de statistiques remplie aussi bien de buts que de passes décisives, avec un apport dans le jeu conséquent et plus seulement un rôle emprunté de finisseur des actions. Si le championnat semble désormais quasiment hors de portée des Blues, la Ligue des Champions reste un objectif crédible, dont la victoire finale constitue toujours le leitmotiv d’un club et de son actionnaire Roman Abramovitch. Fernando Torres se plairait à participer à une telle épopée pour ajouter à son armoire personnelle un trophée qu’il n’a jamais remporté mais dans lequel il a tant brillé par le passé à Liverpool…

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8 commentaires sur “Un an après, quel bilan pour Fernando Torres à Chelsea ?

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  1. Difficile pour lui de s’imposer dans ce nouveau style de jeu même s’il va falloir qu’il justifie rapidement l’investissement fait par le club… espérons que cette seconde moitié de saison montrera que Torres a encore de quoi faire sous le pied.

  2. Le dernier paragraphe m’a aussi bien fait rigoler  » la Ligue des Champions reste un objectif crédible » comme si Chelsea pouvait prétendre à gagner la Ligue des champions… Sinon article totalement subjectif, « Depuis le début de saison, ayant retrouvé un rythme et le maximum de son potentiel athlétique » suffit d’avoir vu jouer Torres à Liverpool pour remarquer qu’il a grandement perdu en explosivité…

  3. De la publication de l’article (janvier) au printemps dernier, je n’ai pas cessé de me dire que j’avais baclé cette conclusion avec ces expressions toutes faites et ce pronostic sous-entendu, mal amené et a première vue trop ambitieux. Je ne regrette pas de ne rien avoir révisé finalement!
    Merci de ta réaction! 🙂

  4. Excellent article! Je suivais pourtant pas mal le football anglais depuis quelques années mais un peu en retard car raté le meileur du Niño avec les Scousers. Cet article m’a fait à peu près connaître en détail le Torres « d’avant » (de Liverpool), son évolution et ses différences avec leurs causes du Torres « de maintenant » (de Chelsea, que je connais déjà)

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