Heidar Helguson, le Viking de Loftus Road


 Alors que  les Queens Park Rangers tiennent la route pour leur première saison de retour en Premier League, le club de l’ouest de Londres s’est enfin (re)trouvé un buteur providentiel. Alors que les Rangers comptaient plutôt sur les recrues DJ Campbell et Jay Borthroyd, ou sur le talentueux Adel Taarabt pour faire trembler les filets de Premier League, c’est le vétéran islandais Heidar Helguson qui s’est imposé en buteur miracle pour les R’s. Revenons sur le parcours de celui que personne n’attendait à un tel niveau, et qui a bien failli ne jamais être dans le groupe en début de saison.

Des débuts dans le grand nord

Né en 1977 dans un petit village comptant mille-quatre-cent âmes au nord de l’Islande flirtant avec le cercle polaire, Heidar Helguson passa toute son enfance sur son île au nord de l’Europe, grandissant en tapant des ballons avec les enfants de son village. Adolescent, il fut inscrit dans le club local, le  UMFS Dalvík. Progressant à travers le système de juniors du club, il effectua à dix-sept ans ses premiers pas avec l’équipe amateure locale, bien loin des recruteurs et des sirènes des grands clubs. Peu avant ses vingt ans, l’islandais décida de tenter sa chance dans un club plus huppé du pays, en l’occurence le Próttur Reykjavik.  Cependant, dans un pays où le football ne permet pas de vivre, Heidar Helguson fit ses valises une année plus tard, direction la Norvège. Après un stage peu fructueux à Newcastle United, c’est avec Lillestroem, club de première division norvégienne que s’engagea Helguson. Il avait alors déjà vingt-deux ans, et ne vivait toujours pas de son sport. Cependant, avec le club norvégien, Helguson s’imposa immédiatement comme titulaire, et fit même partie des favoris du public, reconnaissable à son maillot numéro un. Dès la première saison, l’attaquant inscrivit dix-huit buts en un peu plus de quarante titularisations, et s’imposa comme une des révélations du championnat, si bien qu’il attira très vite l’attention des recruteurs étrangers, avec en tête de file le club de Watford, fraîchement promu en Premier League, à la recherche d’un buteur. La transaction s’effectua en janvier 2000 pour un montant record de £1.5 million, permettant à celui que les anglais surnomment « Iceman », l’homme de glace, de réaliser son rêve de jouer en Premier League. Très attaché à son pays natal, Helguson est depuis lors un titulaire indiscutable en équipe nationale Islandaise.

Helguson (à droite) sous le chandail islandais (Image Uefa)

Welcome to England, Heidar!

Débarqué au mercato dans le club de Watford, en banlieue de Londres, Helguson s’acclimata assez rapidement à l’Angleterre. En effet, dès sa première titularisation, contre Liverpool, l’islandais inscrivit un beau but pour les Hornets, empochant au passage le titre de « Performance de la saison ».  Il inscrivit en tout six goals pour sa première demie saison en Angleterre. Malheureusement, malgré ses bonnes performances, Helguson ne permit pas aux Jaunes et Noirs de se maintenir dans l’élite, et Watford accompagna Wimbledon et Sheffield Wednesday dans l’ascenseur vers  les eaux bien connues du Championship…

Helguson jouant pour "son"club de Watford

Pour leur retour en deuxième division, les Hornets effectuèrent un très bon départ, les plaçant en tête en novembre, avant de sombrer dans le milieu de classement. Helguson connut une saison moyenne, et fut même utilisé en tant que défenseur latéral durant plusieurs matches. La saison suivante ne fut guère meilleure, Iceman étant blessé pour la majeure partie de la campagne. Il retrouva pleinement ses moyens lors de la saison 2004-2005, sa cinquième au club, où il inscrivit la bagatelle de vingt buts, et fut élu joueur de l’année pour Watford.

En cinq ans et demi, « HH » disputa plus de 175 rencontres avec Watford durant lesquelles il marqua à cinquante-cinq reprises. Mais au-delà de ses buts, Helguson s’imposa à Vicarage Road comme une légende en puissance, et comme le joueur préféré du public. C’est durant son passage à Watford qu’il révèla ses qualités de buteurs, notamment son sang-froid à toute épreuve, faisant de lui un formidable tireur de penalty, sa détente extraordinaire et son jeu de tête hors du commun. De plus, « Iceman » est un combattant, qui ne lâche jamais rien, qualité plaisant par dessus tout aux spectateurs britanniques. Ce sont ces qualités qui tapèrent dans l’oeil de Fulham, qui s’attacha ses services en juin 2005.  A Fulham, Helguson enchaîna de belles performances, au côtés de l’américain Brian McBride, faisant trembler les filets onze fois en deux ans. Cependant, avec la montée en standing des Cottagers il fut transferé à Bolton, club où il n’eut jamais sa chance…

Heidar avec Bolton, contre son ancien club, Fulham.

Iceman is a Ranger!

 En novembre 2009, après deux saisons sur le banc ou à l’infirmerie à Bolton, Heidar Helguson fut prêté aux Queens Park Rangers dont l’ambitieux projet sportif était sensé faire renaître la carrière de l’islandais, à trente-deux ans.  Dix matches et cinq buts plus tard, son prêt fut transformé en transfert définitif, et il continua à impressioner pour QPR le reste de la saison, grâce à son travail sans relâche. Cependant, Helguson n’étant pas un joueur très fin techniquement ou très bon dans la construction du jeu, l’entraîneur Jim Magilton lui préfèra Jay Simpson, jeune attaquant prêté par Arsenal, et Helguson fut prêté à Watford, « son » club en Angleterre. Il y resta jusqu’au terme de la saison, marquant assez régulièrement pour les Hornets.

Mais, à l’aube de la saison 2010-2011, avec l’engagement de Neil Warnock à QPR, Helguson entrait à nouveau dans les plans de l’entraineur des Rangers, et il fut conservé, notamment à cause de l’incapacité financière de Watford de reprendre l’attaquant en prêt… Compte tenu de la méforme des attaquants de pointe des « SuperHoops »,  Warnock donna sa chance à Helguson qui sût la saisir, jouant à merveille son rôle de pivot,  en pointe de l’attaque, contribuant au départ cannon des Queens Park Rangers. Grâce à ses buts et à ses coéquipiers, Helguson aida les Rangers à construire une série de dix-neuf matches sans défaite, chutant finalement juste avant Noël contre… Watford. Peu importe, QPR vola jusqu’à la promotion, et retrouva enfin la Premier League, après quinze ans d’absence. En tout, Heidar Helguson inscrivit treize buts, dont une réussite lors du match-couronnement en fin de saison contre Leeds, où les R’s remportèrent la Football League Championship.

D’indésirable à indispensable…

Seulement, à l’heure où les Rangers s’apprétaient à aborder la nouvelle saison en Premier League, Heidar Helguson n’avait toujours pas de contrat, suite à l’échéance de son accord avec le club londonien. Et malgré les arrivées de DJ Campbell depuis Blackpool et de Jay Bothroyd de Cardiff, sensés mener l’avant garde bleue et blanche en Premier League, l’entraîneur Warnock opta finalement pour prolonger d’une année le contrat d’Helguson, histoire d’avoir un peu de profondeur en cas de blessure. Déstitué de son numéro neuf habituel, Helguson dut se décider pour le 22, et passa de justesse le « cut » de Premier League, obligeant les clubs à se limiter à 25 joueurs.

Helguson de retour en Premier League

 Les Rangers débutèrent la saison avec une claque face à Bolton, 4-0, match où Helguson ne joua pas. Puis, le club fut racheté par le businessman Tony Fernandes, lequel ajouta de nouvelles recrues, par exemple Wright-Phillips ou Joey Barton. Lors des deux matches suivants à Everton et Wigan, Warnock choisit de titulariser une fois Bothroyd, une fois Agyemang, venu pour l’occasion depuis l’équipe réserve. Helguson, à 34 ans et jugé sans grand avenir à QPR, prit place sur le banc, sans se plaindre, ce n’est pas son genre… Encore omis pour la rencontre face à Newcastle, puis face aux Wolves, « Iceman » était condamné à prendre son mal en patience. Sa chance vint contre Aston Villa, lors du sixième match de la saison. Alors que QPR était mené 1-0 par les Villans, et que les arrêts de jeu approchaient, Helguson fut introduit dans la partie. Pour l’un de ses premiers ballons, à la quatre-vingt-douzième minute, l’islandais centra très fort devant le but, forçant le défenseur de Villa, Richard Dunne à concéder un autogoal sauvant un point mérité  pour les Rangers.

Neil Warnock, constatant qu’Helguson n’avait pas perdu son sens du but, décida de le  titulariser contre Fulham, puis contre Blackburn, avec à la clé, l’unique but des R’s sur les deux rencontres, d’un lob astucieux contre les Rovers. C’est ce but qui lui valut sa titularisation lors du Derby contre Chelsea, l’ennemi juré de tout fan des Queens Park Rangers. Et dans un match hâché, qui verra les Blues de Chelsea terminer le match à neuf, et prendre sept cartons jaunes,  Helguson démontra encore l’étendue de son talent, tout d’abord en provoquant un penalty en profitant de la naïveté de la défense de Chelsea, puis en le transformant en pleine lucarne. Une victoire sur Chelsea, pour un fan de QPR, constitue la réconpense suprême, le nirvana, et Helguson, grâce à son but, fut élevé par le peuple bleu et blanc au rang de Légende, tout comme le dernier buteur de derby, il y a plus de quinze ans, « Super Kevin Gallen ».

Helguson donnant la victoire à QPR contre l'ennemi Chelsea

Mais le meilleur était encore à venir pour le vétéran. Consterné par la piètre première mi-temps de ses joueurs à Tottenham, le coach des Rangers se décida à passer en quatre-quatre-deux, introduisant Bothroyd aux côtés d’Helguson, au détriment de l’inefficace Adel Taarabt. Et devant le jeu plaisant présenté par ses joueurs, Warnock conserva ce système, mettant pleinement en valeur Heidar Helguson. Ainsi, le match suivant, les Rangers qui d’ordinaire semblaient incapable de marquer le moindre but passèrent à un cheveu d’obtenir le scalp de Manchester City, s’inclinant 2-3 face aux leaders de Premier League, malgré la réussite de la tête de Bothroyd et le but du dos (!) d’Helguson. Le match suivant, à Stoke, fut une véritable démonstration des Rangers, qui renversèrent le 1-0 pour Stoke, en 3-2 en leur faveur. Helguson, victime d’un terrible coup de genou sur la pomette de la part de Robert Huth, inscrivit le magnifiquement le premier but des londoniens, d’une tête-missile sur un bon centre de Traoré. Il se fit d’ailleurs très mal à la joue sur la célébration, allant embrasser le passeur décisif, oubilant totalement qu’il jouait avec la pomette fracturée. Après que le défenseur Young ait donné l’avantage aux R’s, Helguson inscrivit le 3-1, avec un but de renard des surfaces. Grâce à ce but, l’islandais porta son total-buts à cinq, et peut se targuer d’avoir été à l’origine de six des treize buts inscrit par QPR, une statistique de presque 50 pourcent où Robin VanPersie fait mieux.

Helguson, un exemple!

 Mais bien au-delà de ses goals inscrits cette saison, Heidar Helguson constitue un véritable exemple pour les jeunes footballeurs. Parti d’un environnement pas forcément favorable au football, l’islandais s’est toujours montré irréprochable, par son éthique de travail, par son hygiène de vie lui permettant de répéter les efforts à presque trente-cinq ans,  par son comportement, par son dévouement. En effet il resta fidèle à Watford, après que les Hornets aient étés relégués, fidèle aux Rangers, alors qu’il semblait promis à un rôle secondaire.

D’ailleurs, Neil Warnock lui adressa un bel hommage la semaine dernière, avouant dans la presse que l’attaquant idéal recherché par les Queens Park Rangers durant le mercato d’hiver était le frère jumeau d’Helguson. Avec quelques années en moins, cependant. Car si Helguson est du mauvais côté de la trentaine, son utilité n’en est pas amoindrie. L’attaquant n’est certes pas coutumier des célébrations de but délirantes, se contant souvent de lever les bras au ciel, l’homme est de tempéramment calme, et  très appréciée dans les vestiaires.

Mais le véritable atout de l’attaquant, outre son sang-froid, réside dans son jeu de tête. Même si l’islandais ne mesure en réalité que 177 centimètres, cela ne l’a pas empêché de gagner ses duels aériens contre John Terry, Joleon Lescott, Yaya Touré, ou encore Ryan Shawcross, alors tous le  dominent de dix bons centimètres. Dans la forme de sa vie au sein du quatre-quatre-deux des Queens Park Rangers qui lui va si bien, tantôt accompagné de Bothroyd ou de Mackie, Helguson compte bien ne pas s’arrêter à cinq buts cette saison.  Malgré son manque de rapidité, « Iceman » est toujours au coeur de l’action grâce à son sens du placement exceptionnel, et sa capacité à jouer en remiseur, ou à garder le ballon dans la zone adverse. Evidemment, il ne faudra pas lui demander de dribler trois défenseurs adverses, mais Heidar Helguson est lucide, il sait quelles sont ses qualités, et sait en jouer.

Alors à trente-quatre ans, l’homme de glace compte bien mettre le feu aux défenses de Premier League encore une fois, et s’envoler, toujours plus haut, dans les airs où il est si à l’aise, avant de ranger ses ailes une fois pour toute…

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4 commentaires sur “Heidar Helguson, le Viking de Loftus Road

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  1. Cet article tombe du ciel Helvète, grandieu !

    ‘où Robin VanPersie fait mieux’ le meilleur passage 8)

    Très beau portrait (sur un très beau sujet, donc très beau choix… 😀 ), je devrais en prendre de la graine..

  2. Merci à vous deux! Je dois avouer que j’ai jamais vraiment cru en Helguson, et je suis pas le seul. En général, les fans ont toujours étés contents de son travail, mais un peu agacé par son manque de vitesse et de technique. Seul en pointe, il est franchement un peu poussif, d’ailleurs je me souviens de mon dernier match à Loftus Road, malgré qu’HH ait marqué, je me suis dit: « Il est bien sympa cet Helguson, mais c’est vraiment pas un foudre de guerre… » Mais assossié à un autre attaquant, qui apporte sa vitesse comme Mackie, je l’ai adoré!

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