Le Derby à la sauce Fish and Chips…


La semaine dernière, le championnat de Premier League était théâtre de deux Derbies bien spéciaux: La victoire en un set par Manchester City sur Manchester United 6-1, et la curieuse défaite d’un Chelsea écoeuré sur la pelouse de leurs petits mais féroces voisins de Queens Park Rangers. Mais au fait, c’est quoi, un derby? Revenons aujourd’hui sur cette notion culte qui fait toute la beauté du football britannique.

Sunderland contre Newcastle. Vaut mieux ne pas être steward...

Mais c’est quoi, un Derby?

Le terme « Derby » (pour faire très british, prononcez « Daaarby ») voit le jour en Angleterre au XVIIIème siècle, lorsque le Comte de Derby créa une célèbre course de chevaux, qu’il nomma « The Derby ». Cette course de chevaux étant l’une des premières compétitions sportives de haute renommée, le nom « Derby » fut conservé pour désigner toute compétition sportive en Grande Bretagne, spécialement celles attirant de grandes foules comme la course de Derby. Avec l’apparition des clubs de football au milieu du XIXème siècle, les matches entre deux clubs proches géographiquement furent donc nommés « The Local Derbies », les affrontements régionaux. Avec le temps, le terme local fut de moins en moins utilisé, et le mot « Derby » seul fut utilisé pour désigner ces matches à enjeu particulier, terme que l’on utilise encore aujourd’hui dans le monde entier.

D’autres supporters de football soutiennent que le terme « Derby » vient de la ville anglaise elle-même, où se disputait chaque année une finale régionale de football, qui se déroulait très souvent de façon houleuse et chaotique. De ce match, on aurait donc nommé toute rencontre tendue : un « Derby ». Cependant, cette théorie tient plus de la légende urbaine que d’un fait purement historique.

Pas toujours facile, le bizutage du derby, demandez à Juan Mata...

Depuis longtemps, les supporters attendaient avec impatience les derbies, car à l’époque, la plupart des supporters de la classe moyenne n’avaient ni l’argent, ni les moyens de transport pour se déplacer et suivre leur club à l’extérieur, les derbies étaient donc l’occasion de suivre leur équipe lors des « Away Games » sans se ruiner.

 Aujourd’hui, dans un pays qui compte pas moins de quatre-vingt-seize clubs professionnels et de nombreux clubs semi-professionnels, il existe donc presque autant de derbies que de clubs. Un seul mot d’ordre: Tous contre tous! Dans un pays où le chambrage est le sport numéro quatre, derrière le football, le rugby, et la tournée des bars, les supporters prennent un malin plaisir à gâcher la semaine des voisins d’en face grâce à une bonne grosse claque lors du derby local.

Au fond, qu’ont-ils de plus que nous, ces Roastbeefs?

Alors qu’en France et en Espagne, on dénombre une petite quinzaine de derbies professionnels, un peu plus du double pour l’Allemagne et l’Italie, qu’est-ce que les Anglais ont à nous apprendre sur les derbies, qu’ont-ils en plus que nous, ces Brittons?

Une explication est que chaque anglais supporte un club. Ou presque. Du premier ministre David Cameron, fervant supporter d’Aston Villa, au prince William, suiveur d’Arsenal, depuis le  Docker faisant tous les déplacements de Millwall jusqu’à la petite grand-mère dans son cottage au fond du Shropshire, qui regarde les résultats de Shrewsbury Town en lisant son journal. Chaque anglais est lié à un club, par la famille, par sa ville, chacun a un petit faible pour un club, même s’il n’est pas supporter acharné. Dans certaines familles, vous grandissez avec des couches Everton Football Club, un biberon Brighton and Hove Albion, ou vous endormez dans un berceau aux draps floqués Bristol City FC.

Ainsi, les fans de football sont partout, il est quasiment impossible que vous ne fréquentiez aucun fan de foot sur les îles britanniques, que ce soit au travail, dans la rue, au restaurant, dans votre quartier ou dans le métro. Lors de ma première visite en Angleterre, portant une écharpe rouge et blanche dans le Tube de Londres, je voyais ébahi des hommes d’affaires en costume remonter légèrement leurs pantalons, en dévoilant des chaussettes avec le logo d’Arsenal en me chantant « C’mon Arsenal! ».

Ainsi, le but ultime du derby, c’est de pouvoir chambrer, le samedi au stade, ou le lundi au travail, les voisins, les collègues, les amis du camp d’en face. Un esprit goguenard et chambreur dont seuls les anglais ont le secret. Et également le sentiment d’appartenir à une famille, à un clan. Promenez vous un dimanche dans le quartier de Shepherd’s Bush avec un maillot de QPR, vous entendrez de toutes parts des « You R’ssss », cri de ralliement des fans des Rangers, qui vous salueront sur votre chemin.

Pour finir, les anglais suivent leur club quoi qu’il arrive, quelque soit la division. Dans quel autre pays au monde pourrez vous observer 9’000 spectateurs pour un match de cinquième division. Un regard aux chiffres d’affluences anglais suffit à démontrer la passion des anglais pour le football: Rien que dans la seule ville de Londres, on compte huit clubs dont la moyenne de spectateurs est plus haute que la moyenne de Ligue 1 Française, et onze qui atteignent les 8’000 spectateurs…

Luton Town, cinquième division...

 Les Rivalités, ça naît de quoi?

 Contrairement à d’autre pays, où les derbies portent des motifs idéologiques ou politiques, les derbies d’Angleterre sont pour la très grande majorité des derbies géographiques, entre deux, trois, voire quatre clubs qui se partagent une ville, ou un comté. Si des rivalités entre deux clubs géographiquement éloignés existent, comme entre Manchester United et Arsenal, par exemple, nous ne leur donnerons pas le qualificatif de « Derby ». Comme exemple type de la rivalité géographique, prenons le « North London Derby », entre Tottenham et Arsenal. Depuis leurs fondations, les Spurs de Tottenham occupaient le quartier de … Tottenham, au nord de Londres, plutôt logique, non? Profitant de la suprématie sur le nord de la capitale difficilement contestée par les petits poucets de Barnet plus à l’ouest, les Spurs pouvaient compter sur le plein support des quartiers environnants. Cependant, cela ne dura pas, l’histoire vous la connaissez tous, en 1913, l’Arsenal Football Club, dont le quartier d’origine se situait aux limites sud-est de la ville, décidèrent de venir poser leurs valises (et leur stade) à Highbury, quelques kilomètres au sud de l’antre des Spurs, qui apprécièrent très moyennement, je vous laisse l’imaginer… De la découla l’une des rivalités les plus tendues d’Angleterre.

Emmanuel Adebayor, de Gunner à Spurs... Demandez aux fans d'Arsenal ce qu'ils en pensent...

Cependant, d’autres Derbies connaissent des causes différentes. Deux exemples quasiment similaires existent en Angleterre. En effet, deux des clubs les plus en vue du royaume doivent leur existence à une discorde. En effet, il y a fort fort longtemps, c’était Everton qui jouait à Anfield Road, jusqu’à ce qu’une discorde entre le président d’Everton et le détenteur du stade mythique ne se fâchent. Everton déménagea de l’autre côté du parc, à Goodison Park, tandis que le tenancier d’Anfield créa son propre club, le Liverpool Football Club. L’histoire est presque similaire pour Chelsea. Au XIXème siècle, alors que Fulham régnait sur South-West London, le propriétaire d’un petit stade nommé Stamford Bridge souhaitait y implanter une équipe de foot. Il demanda à Fulham de venir occuper l’enceinte, mais devant le refus des Cottagers, il forma son propre club, le Chelsea Fc. Il est donc tout naturel que les deux clubs éprouvent des sentiments mitigés l’un envers l’autre, certes bien loin de la haine opposant les clubs de Liverpool, mais pas extrêmement cordiaux.

 

Steven Gerrard, Everton legend! Lisez sur les lèvres des fans des Blues…

 Si les rivalités religieuses sont quasiment inexistantes en Angleterre, contrairement à L’Ecosse, plusieurs clubs sont divisés par des raisons sociales, comme c’est le cas du Steel City Derby entre Sheffield United et Sheffield Wednesday. En effet Sheffield Wednesday, ainsi nommé parce que le mercredi était le jour de libre des employés d’usine, jour où ils se retrouvaient pour jouer au football, est historiquement le club de la classe ouvrière, alors que Sheffield United profitait plutôt du support des classes sociales supérieures, même si cela n’est plus visible aujourd’hui. Les deux clubs ont la particularité de partager les mêmes sponsors, l’un sur le Home shirt de Wednesday et l’Away de United, et l’autre sur le Away shirt des « Owls » et le home shirt des « Blades ».

Zoom sur quelques derbies…

 Certes, tout le monde connait le Merseyside Derby opposant Everton à Liverpool, le Manchester Derby entre City et United ou encore le North London Derby entre Spurs et Gunners, intéressons nous donc à des derbies moins connus, mais non moins savoureux et disputés:

Le Derby à la sauce Hooligan, Millwall contre West Ham:

Lors du West-Ham - Millwall de 2009, le terrain avait été envahi à trois reprises...

 Narré dans le film « Hooligans », la rivalité entre les londoniens de Millwall et de West Ham est un des matches les plus dangereux de Grande-Bretagne, et une des rivalités les plus vieilles. Mais commençons par le commencement. West Ham United et Millwall  furent tous deux fondés par des Dockers, 1895 en et 1885, respectivement sous le nom des Thames Ironworks (Le Fc Métallurgie de la Tamise) et des Millwall Rovers. A l’époque, les deux clubs sont distants de quelques centaines de mètres sur la rive nord de la Tamise, et la plupart des joueurs sont des Dockers, et sont donc rivaux au travail comme sur un terrain. La tension entre fans des deux clubs se fit encore plus sentir, lorsque les fans de Millwall refusèrent de se joindre à une grève des Dockers entamée par des supporters de West Ham, en 1926.

Même si les deux rivaux ne s’affrontaient que très rarement, la rivalité explosa avec la montée du Hooliganisme, avec des affrontements multiples entre les deux crews des clubs de East-London. Même si entre temps, Millwall avait migré vers le sud-ouest, traversant la Tamise, et que West Ham s’était installé à Upton Park, plus au nord, la haine entre les deux clubs ne faiblit pas. En 1976, un supporter de Millwall fut tué par les fans des Lions, et au match suivant, les supporters de Millwall firent passer des billets disant : « Un fan de West Ham doit mourir pour le venger. »

A ce jour encore, les émeutes sont très fréquentes entre les supporters des Hammers et ceux des Lions. En 2009, un match de Carling Cup entre les deux rivaux vit une série de bagarres, provoquant plus de vingt blessés, et voyant le terrain envahi par trois fois…  La saison dernière, lors de la relégation des Hammers de Premier League, des fans de Millwall affrétèrent un avion portant une banderole : « Avram Grant (l’entraîneur de West Ham de l’époque), Millwall Legend » au dessus du stade de West Ham pour les narguer. Cette saison, pour la première fois depuis très longtemps, les deux clubs jouent dans la même division… Bref, vous l’aurez compris, il vaut mieux ne pas traîner dans les quartiers de l’Est de Londres un soir de Derby…

Le Derby né d’un match, entre Crystal Palace et Brighton and Hove Albion:

Moins violent que l’East-London Derby, le dénommé « A23 Derby » d’après la route qui relie Brighton de la banlieue sud de Londres où jouent Crystal Palace, fait partie des derbies les plus chauds d’Angleterre, entre deux clubs ne partageant pas la même région. Cependant, seuls 60km séparent Croydon de Brighton and Hove. L’existence d’une rivalité est assez récente, puisque le premier événement impliquant les deux clubs se déroula en 1975. Dans un pub avant le match entre Brighton et Palace, des supporters de Crystal Palace commencèrent à chanter « Eagles, Eagles », surnom historique des Londoniens. Pour les contrer, les fans de Brighton, dont les surnom étaient « Les Dauphins », chantèrent « Seagulls, Seagulls » (Mouettes), faisant référence à la situation côtière de la ville. Les supporters de Brighton adoptèrent ce surnom, car c’est encore aujourd’hui le surnom donné à Brighton and Hove Albion, alors que le « Dolphin » fut vite abandonné.

La rivalité démarra véritablement l’année suivante, lorsque les deux clubs se rencontrèrent à cinq reprises lors d’une seule saison, dont un match particulièrement houleux, où Brighton se vit refuser un goal valable et dut retirer un penalty (valable aussi) alors que le ballon était rentré. Evidemment, le joueur de Brighton rata son deuxième essai et Crystal Palace gagna 1-0, pour la plus grande fureur du coach de l’époque des Seagulls, Alan Mullery, ennemi public numéro un des fans de Palace, qui à sa sortie du terrain, lui crachèrent dessus et lui lancèrent du thé dessus… So British…

En 1981, quelques chauds derbies plus tard, Mullery démissionna de son poste à Brighton pour reprendre … Crystal Palace, ce qui rendit furieux les fans des Eagles et des Seagulls. Dans les années quatre-vingts, les matches entre les deux clubs furent marrés d’incidents dans le public, et très souvent extrêmement serrés. Puis, plus rien pendant treize ans, les clubs ne se rencontrant plus jusqu’en 2002.

Le dernier derby entre Brighton et Palace fut riche en rebondissements, terminant sur le score de 3-1 pour les londoniens, en jaune.

Même si les derbies entre Crystal Palace et Brighton restent assez chauds, les supportèrent des deux clubs organisèrent un match amical joué par les fans pour célébrer la mémoire d’un fan de Brighton, décédé dans les attentats du Onze Septembre 2001. L’opération permit de récolter près de 40’000 livres sterling, et fut un franc succès. Cette saison, autant Brighton que Palace joue pour la promotion en Premier League, ce qui devrait donner quelques savoureux derbies à l’avenir, d’autant plus après le transfert de la goal-machine d’Albion, Glen Murray, à Crystal Palace…

Le  East-Midlands Derby, entre Derby County et Nottingham Forest.

Brian Clough! Légende à Derby County et Nottingham Forest.

Le East-Midlands Derby par excellence est un des derbies les plus serrés du football anglais. En effet, il oppose deux clubs de taille similaire, les plus grands de leur région, chacun porte drapeau de sa ville, distantes entre elles de moins d’une demi-heure de voiture. Mais à la base, à la fondation des deux clubs, les Rams (Béliers) de Derby et Forest n’étaient pas rivaux, Forest se contentant de haïr l’autre club de la ville, Notts County, alors que Derby County jouait ses « derbies » contre Derby Junction FC. Cependant, avec les années, la disparition de Derby Junction, et les relégations de Notts County, Les Rams et les Reds (autre surnom de Nott’hm) commencèrent à se regarder de plus près, les vingt kilomètres séparant les deux villes se faisant plus ténus que jamais.

Cependant, sans le savoir à l’époque, changea tout à cette rivalité. C’est homme, c’est Brian Clough. Lorsqu’il prend la tête de Derby County en 1967, les Rams occupent le bas de classement de la deuxième division du système anglais.  En quelques mois, Clough changea tout à Derby, leur obtenant la promotion pour la Premier League, et les qualifiant pour la coupe d’europe la saison suivante. Lors de la saison 1972-1973, Brian Clough et son illustre adjoint Peter Taylor amenèrent Derby County jusqu’au titre, battant Liverpool, Leeds United, Manchester City et plein d’autres pour s’adjuger le graal. Cependant, à la suite de nombreuses disputes avec le président du club, Clough et Taylor quittèrent Derby. Le manager haut en couleur et son adjoint trouvèrent de l’embauche à Brighton and Hove Albion, Brian Clough signa à Leeds, sans beaucoup de succès.

Jusqu’à ce qu’en 1975, Clough reprenne Nottigham Forest, qui végétait dans les divisions inférieures. Rejoint à nouveau par Taylor, il obtenu assez rapidement des résultats assez satisfaisants. Le duo magique resta avec Forest jusqu’en 1993, gagnant absoluement tout avec les Reds, notamment un championnat et deux Coupe des Clubs Champions (Champion’s League). Il fut également à la tête de Nottigham lors du désastre d’Hillsbrough.

Brian Clough a donc changé la face du East-Midlands Derby, créant une rivalité acerbe entre Rams  et Reds, se battant pour le titre de Club le plus cher aux yeux de Brian Clough. Les fans de Derby furent également frustrés de voir Clough gagner absolument tout avec leurs rivaux historiques, et constatèrent qu’ils avaient peut-être manqué quelque chose, avec le départ de leur entraîneur favori… Derby s’allia même avec une firme Hooligan de l’autre voisin Leicester pour en faire voir de toutes les couleurs à Nottigham dans les années quatre-vingts.

Il y a des jours où il ne vaut mieux pas être arbitre...

Aujourd’hui encore, les matches opposant les deux clubs sont classés « A très hauts risques » par la FA, et sont souvent théatres de pluie de cartons, d’incidents étranges, et d’échauffourées dans les tribunes. Les supporters de Derby surnomment leurs ennemis « The Trees » (les arbres), et sont surnommés « The Sheeps », (les moutons), ou encore d’autres insultes que la décence m’empêche de retranscrire. Depuis quelques années, les matches de Championnat entre Derby et Nottingham constituent le « Brian Clough Trophy », qui est donc disputé deux fois par saison, et l’autoroute reliant les deux agglomérations a été renommée « The Brian Clough Highway ».

Et pleins d’autres derbies:

Terminons avec une petite liste des indénombrables derbies qui peuplent les championnats anglais. Géographiquement, commençons par la capitale. Londres, ses treize clubs pros, et ces derbies. Hormis les célèbres North-London Derby  et East-London Derby entre respectivement Arsenal et les Spurs, et Millwall et West Ham, on trouve aussi les West-London derbies. Ceux-ci incluent quatre clubs, trois de Premier League, Chelsea, Fulham et Queens Park Rangers, et le petit Brentford (D3), dont les plus chauds entre Fulham et Chelsea, QPR et Chelsea ou Brentford et QPR. Dans les autres confrontations londoniennes, on trouve les Crystal Palace contre Charlton Athletic, les Charlton – Millwall et les West-Ham – Tottenahm. Sinon, peu de haine, trop de clubs.

Personne ne les aime, ils s'en fichent. Millwall

Dans le sud de l’Angleterre, hormis la haine expliquée plus haut entre Brighton et Crystal Palace, Portsmouth et Southampton se livrent un combat à couteaux tirés depuis des années, alors que très loin au sud-ouest, Plymouth Argyle (D4), Torquay (D4), Exeter (D3) et Yeovil (D3) se contestent les West-country derbies. Un peu plus au nord, Bristol City (D2), en attendant une remontée de leurs ennemis les Bristol Rovers (D4), font la guéguerre à Cardiff City (D2), juste de l’autre côté de la frontière galloise, Cardiff, qui est trop occupé à cracher sur leurs voisins de Swansea City pour se préoccuper de leurs voisins anglais. C’est à peu près tout pour le sud du pays.

Au nord de Londres, Southend (D4) et Colchester (D3) se livrent lors du Essex Derby, alors que Norwich (PL) et Ipswich (D2) se contestent un des derbies les plus colorés et intéressants du pays, le « Old-Farm » (renommée ainsi en référence à l’activité agricole dans la région et à l’Old Firm entre Celtic et Rangers).

Au centre de l’Angleterre, dans cette région qu’on appelle les Midlands, s’est développée une passion incroyable pour le football, avec des clubs pas toujours très sexys, comme Derby County, Nottingham Forest et Leicester City, tous trois en deuxième division, mais tous trois avec plus de 25’000 supporters par match. D’ailleurs, ce triangle se dispute des matches très chauds, surtout entre Derby et Forest, alors que Nottingham trouve encore le temps de se mesurer à leurs proches voisins de Notts County, et Leicester à leurs ennemis de Coventry City.

Il parait que lorsque Forest marque au City Ground (en rouge), cela s'entend à Meadow Lane (stade de Notts County en noir). (Photo Teenage Kicks)

Dans les East-Midlands se trouve Birmingham, deuxième ville d’Angleterre, donc l’agglomération est théatre de nombreux derbies, notamment le plus violent entre Birmingham City et Aston Villa, mais aussi entre Wolverhampton et West Bromwich Albion (classé derby le plus violent d’Angleterre). Et si vous aimez la profonde campagne, le derby le plus rural se dispute entre Shrewsbury Town et Hereford (D4). Très dépaysant…

Lorsqu’on remonte la route de Birmingham à Liverpool, à mi-chemin on retrouve Stoke-on-Trent, où les deux clubs, Stoke City (PL) et Port Vale (D4) se partagent le territoire. Port Vale dont la rivalité avec Crewe Alexandra(D4) voit couramment 2’000 « Valliants » envahir les tribunes de Crewe Alex pour les Derbies…

Et enfin, nous arrivons dans le Cheshire, campagne entre Liverpool et Manchester. Les deux villes se disputent le titre de capitale culturelle du nord-ouest de l’Angleterre depuis des décennies. Ainsi les Scousers (habitants de Liverpool) et Mancuniens se portent une affection absolument…inexistante. Lorsque Liverpool et Everton arrêtent de se disputer le Merseyside Derby (l’un des plus beaux à mes yeux), tous deux trouvent encore le temps de détester Manchester United. United dont la rivalité avec Manchester City semble à son paroxysme ces dernières années, avec la montée en puissance de la moitié bleue de Manchester.

À Liverpool, on ne laisse rien au hasard. Quand on vous disait que ça chambrait, entre voisins...

Si vous le permettez, laissons de côté les fades pseudo-derbies entre Bolton et Wigan pour s’attaquer aux derbies déteste-ton-prochain du Lancashire. Lancashire étalé de la mer jusqu’à Bradford, où on retrouve dans l’ordre Blackpool, Preston North End, Blackburn Rovers et Burnley. Blackpool et Preston se détestent, mais Preston hait aussi Blackburn, qui ne peut pas voir Burnley, et c’est réciproque. En fin de compte, ils se détestent tous…

Un peu plus à l’est, Le Steel-City derby entre Sheffield United et Sheffield Wednesday, magnifique opposition qui a ameuté 26’000 personnes à Bramall Lane, pas mal, pour un match de League One (troisième division). Autour de Sheffield, le petit derby entre Chesterfield (D3) et Mansfield (D5) ne fait guère de l’ombre aux Barnsley-Doncaster, et surtout aux Leeds-Huddersfield (D3), Leeds-Bradford (D4), Leeds-Barnsley (D2), Leeds-Doncaster (D2), et surtout à la confrontation historique entre Leeds United et Manchester United. Quand on vous disait que personne n’aimait Leeds…

Sinon, si les matches entre Hull (D2), Scunthorpe (D3) et Grimsby (D5) ne feraient pas bander un nymphomane, cela porte néanmoins le nom de Derby, alors ma fois…

On terminera donc avec les derbies du grand nord, entre les géants du nord, Newcastle United et leurs bêtes noires de Sunderland, très très chaud, et également avec les Teesiders de Middlesbrough (D2). Tout cela sous les yeux de leurs petits voisins d’Hartlepool (D3), dont avouons le, tout le monde se fout…

Bon, il faut l’admettre, ça fait beaucoup de derbies, donc comme dirait un autre observateur du football anglais, en résumé, tout le monde déteste tout le monde. C’est aussi ça, le football anglais, et c’est pas si mal. Laissons le « Stade de l’Amitié » aux allemands de Cottbus, on en veut pas, et après tout, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « Perfide Albion », l’Angleterre, parce que dans un pays où la foi est autant mauvaise que la nourriture, on ne prendra jamais plus de plaisir qu’en chambrant son voisin…

Longue vie aux Derbies!

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6 réflexions sur “Le Derby à la sauce Fish and Chips…

  1. Merci! Oui, sur le Championship Pub, mais je me suis dit que y avait matière à article un peu plus complet, alors…

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