AFC Wimbledon, le football par les fans, pour les fans


Aujourd’hui, MyPremierLeague vous propose de découvrir un des clubs les plus atypiques de la Football League. Créé par des fans à la suite de la relocalisation de leur club, le nouveau Wimbledon a vécu un véritable conte de fée, ayant du succès grâce au cœur et au dévouement de ses supporters à une époque ou le foot-business règne sur la planète du ballon rond. Voici leur incroyable histoire.

La descente aux enfers du Wimbledon Football Club (2001-2002)

Pour vous conter l’histoire de la renaissance de Wimbledon, il se doit de commencer par sa mort. Ainsi, nous sommes le 14 mai 2000, et le Wimbledon FC est relégué en Championship (D2), après quatorze années dans l’élite du football anglais. Habitués aux bons parcours en coupe, qui les vit douze ans auparavant, jour pour jour, remporter la FA Cup, le club du sud de Londres était à la peine depuis deux ans. Cette relégation entraîna, comme pour beaucoup d’équipes, une dégringolade des affluences au stade, un exode de joueurs et surtout, de très graves problèmes financiers.  À un tel point, que début 2002, le président de Wimbledon, Charles Koppel, évoqua même la possibilité d’une relocalisation du club dans la ville-dortoir de Milton Keynes, plus de soixante kilomètres au nord de Selhurst Park, stade que les Dons partageaient avec Crystal Palace. Une aberration pour les supporters fidèles de Wimbledon, qui n’imaginaient pas leur club hors du sud-ouest de Londres, et encore moins à Milton Keynes.

Alors que le doute s’emparait petit à petit des fans du club qui végétait dans les bas fonds du Championship, les bureaux de la FA, qui devait se prononcer sur l’affaire (le déplacement de club étant interdit en Angleterre), furent littéralement assaillis par les Wombles (autre surnom de Wimbledon), qui allèrent jusqu’à faire une liste de présence devant les bureaux de la fédération, pour démontrer l’ampleur de l’opposition. Malgré les protestations des supporters, et la réticence de la Football League à accepter le déplacement du club, la décision tombe le 28 mai. Wimbledon était déplacé à Milton Keynes, étant même renommé « Milton Keynes Dons FC » quelques mois plus tard. Le communiqué de la fédération, comme une gifle, déclara même que « Pour l’intérêt général du football, une relocalisation géographique du Wimbledon FC serait bénéfique et pourrait donc avoir lieu ». Une terrible désillusion pour tous les fans de Wimbledon, qui assistèrent, impuissants, à la mort de leur club bien-aimé.

La victoire en FA Cup semblait bien loin, pour les fans des Dons, à qui on enleva leur club.

Wimbledon renait de ses cendres : La Re-Fondation (2002)

Petit à petit, la dure réalité apparut aux proches du club. Ils ne verraient plus de football à Wimbledon. En tout cas pas l’ancien
Wimbledon FC. Des années à suivre leur club par vents et marrées réduites en cendres, par des hommes d’affaires dans les bureaux de la fédération. Alors que leurs anciens héros trouvèrent refuge dans le National Hockey Stadium de Milton Keynes et abordèrent l’été en se préparant pour évoluer en troisième division, quelques fans à influence tentèrent tant bien que mal de se réunir pour discuter de ce qu’ils allaient faire. Ainsi, dans un bureau de Londres, Ivor Heller, membre de la Dons Trust, Kris Stewart, président de l’association indépendante des supporters (WISA), Trevor Williams, qui deviendrait secrétaire du club et Marc Jones, fan historique, se réunirent pour tenter l’impossible. En effet, les quatre hommes évoquèrent la folle idée, de tout recommencer à zéro, leur propre club de football, avec les fans déçus qui pour la plupart n’avaient évidemment pas suivi leur ancien club à Milton Keynes. Trouvant l’idée séduisante, ils s’empressèrent de contacter la fédération de football de Londres, demandant ce dont ils auraient besoin pour fonder un club. Trois critères majeurs s’imposaient : Le club devrait trouver un domicile, une ligue dans laquelle jouer et remplir les documents officiels de la fédération.

Une fois les documents arrivés, la question du nom du nouveau club se posa. Il était interdit de reprendre le patronyme de Wimbledon FC, mais, voulant continuer à lier le club à sa situation géographique dans le Borough de Merton, le nom « AFC Wimbledon » fut retenu. AFC pour « A fan’s Club », le club des fans. Restait à convaincre les principaux intéressés de se joindre au projet : Les fans. Le 30 mai 2002, une rencontre avec les supporters fut organisée. Plus de mille personnes répondirent présentes, et adhérèrent corps et âme au projet. L’AFC Wimbledon était donc né, dans une salle du Wimbledon Community Centre, ce soir de mai.

Seulement, le plus dur restait à faire. Trouver un stade où jouer, une ligue, des joueurs, des équipements. Tout était à reconstruire. Le problème du stade se régla assez rapidement. Le nouveau comité de direction, organisé sous forme de Supporter’s Trust, avec l’argent de la vente de 800 abonnements (avant même que les supporters ne sachent où leur club allait jouer et dans quelle ligue !), permit d’acquérir le partage du Stade de Kingsmeadow. Contenant presque cinq-milles places, le petit stade se situait à Kingston, quelques kilomètres à l’ouest du quartier de Wimbledon. Alors, le problème de la ligue restait à régler. Une demande fut effectuée auprès de la Ryman League, huitième division du football anglais. Cependant, alors que l’accord de tous les dirigeants de la ligue était nécessaire pour rejoindre la division, la demande n’obtint que 95% des suffrages. C’était donc à l’étage inférieur, dans la Combined County League, neuvième division, que le club serait inscrit. Loin, bien loin des nouveaux Milton Keynes Dons, installés en D3.

Les Dons retrouvèrent enfin une maison, en Kingsmeadow, même s'il s'agit d'une solution provisoire

Le 29 juin 2002, dans le Wimbledon Common, parc central du quartier de Wimbledon, fut tenu un événement défiant tous les codes du foot moderne : Une audition footballistique. Au milieu du parc, une file d’attente avec de nombreux prétendants (plus de 300 !), qui furent castés, les uns après les autres, méticuleusement. Quiconque sachant manier un ballon était le bienvenu. À la fin de l’exercice, l’AFC Wimbledon tenait ses joueurs, tous amateurs bien sûr. Suite à une nouvelle réunion du Supporter’s Trust, un objectif clair et précis fut fixé. Rejoindre la Football League (Quatrième division, et donc cinq divisions plus haut !), et donc le foot professionnel en moins de dix ans. Les choses sérieuses pouvaient alors commencer.

The Great Escape (2002-2011)

Alors que les nouveaux Dons entamaient une pré-saison mitigée, quelques journaux anglais s’intéressèrent à leur projet. Jugés par beaucoup comme naïfs et idéalistes, les supporters de Wimbledon firent beaucoup parler dans le milieu du football. Alors que le football britannique assistait à l’éclosion du foot-business avec la reprise des clubs par des investisseurs étrangers multimilliardaires, l’approche plus champêtre des Dons faisait sourire. Peu intimidé par ce que les autres pensaient de leurs méthodes, l’AFC Wimbledon joua le premier match officiel de son histoire à Sandhurst. Imaginez la tête du caissier du petit club de l’Hampshire, habitué à des affluences comportant entre cinquante et cent supporters, lorsqu’il vit les 2’449 fans de Wimbledon arriver au stade. L’enceinte, composée d’une seule petite pente de gazon en guise de tribune sembla bien petite pour tous ces Wombles acharnés. On était loin des stades de Southampton, Charlton, ou West Ham auxquels les supporters des Dons étaient habitués, mais dans une interview récente, l’un d’eux déclara qu’ils étaient juste heureux de voir à nouveau du foot. L’histoire nous dira que Wimbledon s’imposa 2-1.

La suite de la saison s’avéra plutôt convaincante, le club terminant la première saison de son histoire à la troisième place, manquant la promotion pour pas grand-chose. Une première saison encourageante, avec de nettes améliorations hors du terrain pour le club. En effet, en récoltant plus d’un million de livres sterling grâce à l’aide des supporters, les dirigeants parvinrent à acheter le stade de Kingsmeadow, offrant aux Dons une maison permanente, chose que même le vieux Wimbledon FC n’avait pas connu depuis longtemps (ils occupaient depuis presque dix ans le stade du voisin Crystal Palace). De plus, pendant ce temps-là, une bataille juridique acharnée permit au AFC Wimbledon de récupérer les trophées gagnés par leurs prédécesseurs du « vieux »
Wimbledon, qui avaient injustement été déplacés à Milton Keynes. Autre victoire sur leurs ennemis les « faux Dons » comme ils les appellent, Wimbledon en neuvième division afficha une moyenne de spectateurs plus élevée que les MK Dons en troisième division, avec plus de 3’000 spectateurs par match. Un exploit !

Les deux saisons suivantes virent le petit club de Londres être promus en Ryman Premier League, avant de manquer la marche menant à la septième division lors des barrages. Le manager Terry Brown (encore en poste) fut alors engagé, l’ancien manager d’Aldershot guidant l’équipe à travers une série de soixante-dix-huit (!) matchs sans défaite. Un record national. Ce fut donc sans surprise que Wimbledon gagna son ticket pour la sixième division du système anglais, la Conference-South, déjà plus prestigieuse que les ligues inférieures où les Wombles avaient évolué auparavant. Ainsi en mai 2008, le club avait déjà effectué un incroyable parcours, gagnant trois promotions en un peu moins de six ans, s’inscrivant parfaitement dans les objectifs du « Ten-Year plan » mis en place par les fondateurs du club. De plus, « The Fan’s Club » comme il est surnommé outre-manche, put compter sur le soutien indéfectible de plus de 4’000 supporters dans une ligue où les fans se comptent en petites centaines plutôt qu’en milliers.

L’AFC Wimbledon s’offrit même le luxe de compter un international dans ses rangs, en Shane Smeltz, joueur néo-zélandais (il inscrit le but des Kiwis contre l’Italie en Afrique du Sud l’été dernier). Du côté des dirigeants, ils étaient élus régulièrement par les supporters, au travers du «Supporter’s Trust » mis en place depuis longtemps. Sponsorisé par un jeu électronique de management de football, Wimbledon vivait avec ses moyens, sans faire de folie, grâce notamment aux très nombreux bénévoles s’impliquant dans le club. Alors que les fans des grands d’Angleterre subissaient les décisions de leurs dirigeants capricieux, les supporters de l’AFC Wimbledon étaient maîtres de leurs propres actes. Les supporters de Manchester United, enragés par la façon dont les Glazer’s, leurs dirigeants menaient leur club, s’inspirèrent même par la suite de Wimbledon pour créer leur propre club, le FC United of Manchester. Les fans de Swansea et Exeter suivirent également les pas des Dons, créant des associations de supporters possédant des actions du club (la majorité des actions pour Exeter, les 20% pour Swansea).

Smelz marque pour la Nouvelle-Zélande contre l'Italie en phase finale de Coupe du Monde

Pour leur première saison en Conference South, les Wombles s’ajustèrent rapidement à la nouvelle division, démontrant que leur effectif avait sa place plus haut dans l’échelle des ligues. En remportant la promotion vers la cinquième division lors du dernier match de la saison, l’AFC se retrouva en cinquième division, La Conference, ligue semi-professionnelle, aux portes du paradis, la Football League.

Et là encore, dans la Conference, division où pataugent encore les Luton Town, Darlington, etc., l’AFC Wimbledon se montra encore une fois à la hauteur des espérances, se sauvant confortablement lors de la première saison, avant de jouer la promotion lors de la deuxième. Alors que la ligue ne compte qu’une place directement qualificative pour la Football League, et une autre par les Play-Off, l’arrivée des Nouveaux Riches de Crawley Town frustra beaucoup les Wombles, se voyant obligés de se démener pour rivaliser avec les villes-aéroports que consituent Crawley (Gatwick) et Luton. Alors que les Red Devils de Crawley Town dévastèrent absolument tout sur leur passage, se permettant même de donner une leçon de football à United à Old Trafford en
coupe nationale, Wimbledon attendait son heure, à l’affut.  Nos amis de Wimbledon se qualifièrent sereinement pour les Play-Off, se retrouvant à trois matches de leur rêve de football professionnel. Une fois l’obstacle Fleetwood Town facilement écarté en  demi-finale des Play-Off, le tirage de la finale se révéla à la hauteur des espérances des Dons. Ils iraient  défier Luton Town dans un derby du Grand-Londres à Eastlands (Stade de Manchester City, Wembley étant occupé pour la  finale de la Champions League.)

« It only took nine years!!! »

Le 11 Mai 2011, au Stade d’Eastlands, plus de 18’000 spectateurs répondirent présent. Les huit-mille fans des Dons massés derrière les buts s’égosillaient déjà longtemps avant le coup d’envoi. Dans leur tenue bleue et jaune habituelle, les Wombles savaient que de longues années de travail pouvaient être récompensées aujourd’hui, et comptaient bien être à la hauteur de l’événement. Cependant, Luton n’allait pas se laisser faire aussi facilement, et après 120 minutes crispées et tendues au possible, il restait toujours à décider quel club rejoindrait Crawley en Football League Two (D4).

Le premier penalty fut tiré par Luton, Lawless choisit le côté gauche, mais vit son faible tir repoussé par le jeune gardien Seb Brown. Ensuite, Hatton ne trembla pas, pour donner l’avantage aux Dons. Déjà, les supporters de Luton semblaient défaits… Pilkington pour les Hatters et Moore pour les Wombles transformèrent tous deux magistralement leurs essais, en pleine lucarne droite, tout comme Newton, qui restaurait la parité, vu que Mohammed manquait son penalty pour Wimbledon. 2-2. Par la suite, Seb Brown, lui qui avait été abonné à Kingsmeadow dans son adolescence, lui, fan de Wimbledon depuis toujours, effectuait un arrêt miracle de la main pour relancer Wimbledon. Cet arrêt conjugué au penalty transformé par Yakubu, offrit une balle de
promotion au capitaine Danny Kedwell, qui, si il inscrivait son penalty, permettrait à l’AFC Wimbledon d’effectuer un incroyable retour en quatrième division, dans le foot professionnel anglais. Kedwell s’avança, et vous vous en doutez, propulsa le cuir en lucarne gauche, pour propulser Wimbledon en Football League.

"They've done it!" Wimbledon a à nouveau un club de Football League!

Les tirs au but : http://www.youtube.com/watch?v=bYywGlQHCQs

Ce fut l’hystérie chez les supporters de Wimbledon. Les joueurs se précipitèrent vers les fans. Ensemble, ils avaient réussi, gagnant
cinq promotions en neuf ans. Partout dans le stade, le chant : « Nine years, it only took nine years ! » (Il n’a fallu que neuf ans)
résonnait, comme une réponse à la Fédération, qui les avaient volés de leur club, neuf ans plus tôt, et à tous les sceptiques. Ils avaient réussi… La fête continua longtemps et se poursuivit à Londres, où des milliers de Wombles n’ayant pas pu faire le déplacement attendaient les joueurs. L’incroyable rêve des Dons était devenu réalité…

Projets d’Avenir

L’été s’est annoncé mouvementé pour les Wombles, Danny Kedwell privilégiant un transfert vers le club de son Coeur, Gillingham, alors que Gregory prenait le chemin de Bournemouth. Mais sans faire de folies, les dirigeants de Wimbledon parvinrent à effectuer plusieurs bons coups, notamment l’arrivée de Kieron Djilali depuis Crystal Palace, et de plusieurs jeunes joueurs n’ayant pas percé en professionnel. Il faut dire que le travail était facilité par l’attitude des joueurs en place. Il règne à l’AFC Wimbledon un tel esprit familial, avec les bénévoles travaillant au club, salariés,
joueurs, dirigeants, tous travaillant main dans la main, que cela créait une dynamique permettant à l’équipe première de se surpasser. Le début de championnat confirma cette impression, les Dons occupant après six matches la septième place, qualificative pour les Play-Off pour la promotion. Le public continue à affluer à Kingsmeadow, qui fait le plein chaque week-end, à un tel point que les dirigeants-supporters évaluent à l’heure actuelle la possibilité d’un nouveau stade au centre de Wimbledon, suite à un sondage auprès des supporters. L’enceinte devrait contenir plus de 10’000 places, et les travaux devraient commencer d’ici 2012, si tout va bien.

L'entraîneur Terry Brown et le gardien-supporter Seb Brown espèrent bien faire briller les Dons en League Two

En neuf ans, l’AFC Wimbledon a effectué le chemin depuis le Parc Du Wimbledon Common jusqu’au football professionnel, faisant rêver des milliers de fans en Angleterre. Les Dons ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin, et vont jouer les Play-Off jusqu’au bout cette saison, pour peut-être, un jour, dépasser les ennemis jurés de Milton Keynes. Si les dirigeants ne considèrent pas cela comme un objectif à avoir, ils n’en pensent pas moins. Et au-delà de ça, les Wombles auront amené un peu de poésie au milieu de ce football dirigé par l’argent et dicté par les dettes, avec juste un peu de cœur et énormément d’envie, et cela, ça vaut bien tous les titres du monde, vous en conviendrez…

JoSuperHoops

Publicités

2 réflexions sur “AFC Wimbledon, le football par les fans, pour les fans

  1. Génial oui, pas d’autres mots.
    Au niveau de stransferts, il y a aussi le très bon Jack Midson, recruté à Oxford et absolu la star de cette équipe cette année, il avait d’ailleurs une grosse pression en début de saison.

    Mais vraiment un superbe article, hyper complet. Bravo Jo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s